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Brésil : L’Etat reprend le contrôle après l'assaut des bolsonaristes


Rédigé par L'Opinion Lundi 9 Janvier 2023

Après plusieurs heures d'un chaos qui a rappelé l'invasion du Capitole à Washington il y a deux ans, les forces de l'ordre ont repris le contrôle du palais présidentiel, du Congrès et de la Cour suprême.



Les autorités judiciaires au Brésil ont lancé les premières investigations pour déterminer les responsabilités de la prise d'assaut de plusieurs bâtiments officiels dimanche par des partisans de l'ex-président d'extrême droite Jair Bolsonaro à Brasilia, où est revenu l'actuel chef état Luiz Inacio Lula da Silva qui a dénoncé l'œuvre de "putschistes".
 
Après plusieurs heures d'un chaos qui a rappelé l'invasion du Capitole à Washington il y a deux ans, les forces de l'ordre ont repris le contrôle du palais présidentiel, du Congrès et de la Cour suprême envahis dimanche par des centaines de manifestants anti-Lula, selon le ministre de la Justice et de la Sécurité Flavio Dino.
 
"Les putschistes qui ont promu la destruction des propriétés publiques à Brasilia sont en train d'être identifiés et seront punis. Demain nous reprenons le travail au palais de Planalto. Démocratie toujours", a tweeté le président de gauche, qui a inspecté les bâtiments saccagés à son retour à Brasilia tard dimanche soir.
 
Plus de 300 personnes ont été interpellées et le parquet général a demandé l'ouverture immédiate d'investigations pour établir "la responsabilité des personnes impliquées" dans l'attaque des bâtiments officiels.
 
La zone avait été bouclée par les autorités. Mais les bolsonaristes, pour beaucoup habillés du maillot jaune de la Seleçao, la sélection de football du Brésil, un symbole qu'ils se sont approprié, sont parvenus à forcer les cordons de sécurité.
 
Des dégâts considérables
 
Ils ont provoqué des dégâts considérables dans les trois immenses palais, qui sont des trésors de l'architecture moderne et regorgent d'œuvres d'art.
 
Des tableaux d'une valeur inestimable ont été endommagés, dont "Les mulâtres", du peintre moderniste Di Cavalcanti, exposé au Palais présidentiel et percé de plusieurs trous, selon des photos circulant sur les réseaux sociaux.
 
Sur les réseaux sociaux ont également circulé des vidéos montrant des bureaux de parlementaires saccagés. Un manifestant s'est assis sur le siège du président du Sénat, un mimétisme saisissant avec les émeutiers partisans de l'ex-président américain Donald Trump qui avaient envahi le Capitole il y a deux ans.
 
Selon la chaîne CNN, des manifestants ont mis le feu au tapis d'un salon du Congrès, qui a dû être inondé pour éteindre l'incendie.
 
Un syndicat de presse a fait état de l'agression de cinq journalistes. Parmi eux, un photographe de l'AFP a été frappé et s'est fait voler tout son matériel.
 
"Nous ne reconnaissons pas ce gouvernement parce qu'il est illégitime", a déclaré à l'AFP Victor Rodrigues. "Nous ne reculons pas, nous allons partir d'ici mais nous reviendrons", a-t-il promis.
 
De "vrais vandales" et de "vrais terroristes"
 
Le cri de ralliement des manifestants "intervention militaire" (pour chasser M. Lula du pouvoir) a continué de s'élever de la foule restée aux abords du Congrès des heures durant, malgré les fumées des gaz lacrymogènes ou les canons à eau de la police.
 
Jair Bolsonaro, lui, se trouve aux Etats-Unis, où il est parti deux jours avant l'investiture de Lula, se refusant à remettre l'écharpe présidentielle à celui qui l'a défait d'une courte tête à la présidentielle d'octobre.
 
Dans une série de tweets, il a condamné sans fermeté "les déprédations et invasions de bâtiments publics". Mais il a aussi "rejeté les accusations, sans preuve" de son successeur selon qui il aurait encouragé les violences.
 
Plusieurs de ses alliés se sont désolidarisés des violences de dimanche, dont Valdemar Costa Neto, président du Parti libéral (PL), le parti de Bolsonaro, qui a regretté "un jour triste pour la nation brésilienne".
 
Le gouverneur du district fédéral de Brasilia, Ibaneis Rocha, un autre allié de Jair Bolsonaro, a présenté ses excuses au président Lula dans une vidéo. Il a qualifié les responsables des déprédations des bâtiments publics de "vrais vandales" et de "vrais terroristes".
 
"On surveillait avec le ministre (de la Justice) Flavio Dino tous ces mouvements (...) A aucun moment on n'a pensé que ces manifestations prendraient de telles proportions", a-t-il affirmé.

Les réactions à l'étranger
 
L’assaut et les saccages qui ont frappé des institutions du pouvoir brésilien, ont provoqué une avalanche de réactions outrées dans le monde.
 
D'un seul mot lancé aux journalistes, le président américain Joe Biden a jugé "scandaleuses" les violences des manifestants bolsonaristes, dans une réaction directe lors d'un déplacement au Texas (sud), avant de partir au Mexique.
 
Dans un tweet, il a ensuite "condamné" cette "attaque contre la démocratie et le transfert paisible du pouvoir au Brésil. Les institutions démocratiques du Brésil ont tout notre soutien et la volonté du peuple brésilien ne doit pas être sapée", a ajouté Joe Biden, se disant "impatient" de travailler avec le président Lula.
 
Le président du Mexique Andres Manuel Lepez Obrador a qualifié de "Répréhensible et antidémocratique, la tentative de coup d'Etat des conservateurs au Brésil".
 
Le Premier ministre canadien Justin Trudeau a souligné dans un tweet que "le respect du droit démocratique des gens est primordial dans toute démocratie - y compris au Brésil".
Le président argentin Alberto Fernandez a insisté, lui aussi sur Twitter, sur "son soutien inconditionnel et celui du peuple argentin à @LulaOficial face à cette tentative de coup d'Etat".
 
Le président cubain Miguel Diaz-Canel a condamné ces actes destinés à "générer le chaos et à bafouer la volonté populaire".
 
"Le gouvernement brésilien a tout notre soutien face à cette attaque lâche et vile contre la démocratie", a commenté sur Twitter le président chilien Gabriel Boric.
 
Le président du Conseil européen Charles Michel a exprimé sur Twitter sa "condamnation absolue" de cet assaut et son "soutien total au président Lula da Silva, démocratiquement élu par des millions de Brésiliens à l'issue d'élections équitables et libres".
 
Même soutien exprimé par le chef de la diplomatie de l'UE, Josep Borrell, qui s'est dit "consterné" par les actes d'"extrémistes violents".



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