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Bachelor : La tutelle adopte une approche graduelle

Enseignement supérieur


Rédigé par Amine ATER le Mardi 26 Janvier 2021

Le système LMD vient de se voir accorder un sursis, après une année universitaire marquée par le COVID-19 et une levée de bouclier des syndicats. Le ministre de l’Éducation nationale, Saïd Amzazi, vient d’annoncer une introduction en douceur du système Bachelor.



Bachelor : La tutelle adopte une approche graduelle
Prévue pour cette année universitaire, l’introduction du système Bachelor dans l’enseignement supérieur ne sera finalement pas mise en œuvre. Censé remplacer le système LMD actuellement en vigueur, cette réforme était portée à bout de bras par le ministre de tutelle, Saïd Amzazi qui, en février dernier, comptait adopter une approche musclée pour la faire appliquer. 

Consensus au lieu de l’entrée en force
Depuis, face à la levée de boucliers des syndicats et aux effets de la crise sanitaire sur le système d’enseignement, la tutelle semble avoir mis de l’eau dans son vin et annonce une réforme « progressive et graduelle ». La nouvelle mouture du ministère prévoit une mise en œuvre effective dès la prochaine année universitaire. Toutefois, le Bachelor ne devrait être introduit que dans un nombre limité d’universités et ne sera effectif que pour quelques branches.

Nous sommes loin de la volonté initiale de la tutelle de faire table rase, d’un seul coup, du système LMD. Aujourd’hui, le ministère évoque une réforme graduelle, basée sur le principe de volontariat des universités. Une nouvelle approche qui fait éloigner la crainte d’un électrochoc à l’image de celui qui a suivi l’introduction du système « Licence-MasterDoctorat » en 2002, qui avait pour rappel entraîné une série de grève d’étudiants, dont certaines ont même conduit à des années blanches dans certaines facultés.

Un système qui malgré ses 19 ans, n’a toujours pas atteint ses objectifs premiers, se révélant comme un socle de connaissance théorique, dénuée de toute rigueur méthodologique, de capacité critiques ou d’esprit de synthèse. D’un autre côté, le système Bachelor défendu par Amzazi vise à renforcer le développement de Soft Skills ou compétences transversales chez les étudiants, alors que le système actuel était également censé développer ces aptitudes devenus un préalable pour l’employabilité. 

L’entrée en vigueur de ce nouveau modèle importé, devra par ailleurs composer avec des facultés surpeuplées et aux moyens limités. Des universités qui, par ailleurs, enregistrent d’importants taux de déperdition, 16,5 % des étudiants abandonnent leurs cursus avant même de passer l’examen de la première année, alors que la moyenne d’obtention de la licence varie entre 4,5 et 5 ans contre les 3 ans réglementaires. En effet, seuls 13,3% des étudiants décrochent leur licence en 3 ans, alors que près de 47,2% des étudiants jettent l’éponge sans avoir décrocher de diplômes après un minimum de 2 à 3 ans d’études. 

Une énième réforme à réajuster ?
Des chiffres effarants qui montrent certes les limites du système LMD, mais également les dommages collatéraux d’une mise en application musclée, sans préparation en amont ni prise en compte des spécificités du système éducatif marocain. En effet, là où l’élève marocain étudiait la majeure partie de ses matières en arabe et sous un modèle « pédagogique » dirigiste, rigide et ne laissant aucune place à la créativité. Ces mêmes élèves, une fois le bac en poche se retrouvaient face à un système francophone et qui, conformément à la philosophie LMD, devait adopter le principe d’autoformation. 

Ceci sans oublier que certaines disciplines, à l’image du Droit, n’ont jamais réellement assimilé ce système, se bornant à saucissonner les cours autrefois dispensés en une année, sur un semestre. Autre facteur expliquant « l’échec » du système en cours, le recours à l’université comme un « safe deposit » pour les étudiants n’ayant pu s’inscrire à leurs premiers choix de formation et craignant une péremption de leurs baccalauréats. Bien que la tutelle défende son projet de réforme avec l’introduction d’un système de certification de langues étrangères et un reboot du système d’orientation. S’y ajoutent la mise en place de nouvelles filières et la refonte du cahier pédagogique. Des mesures qui risquent de suivre la même voie de garage que les réformes qui l’ont précédées, si elles ne s’intègrent pas dans une vision globale allant du primaire au supérieur. Si les universités ne sont pas impliquées dans l’application de ses réformes sur le terrain en calibrant leurs offres en fonction des spécificités propres à chaque région. En attendant que la tutelle ne propose une piste de réforme maroco-marocaine, au lieu de se contenter d’importer des systèmes pensés pour des pays occidentaux aux mœurs, valeurs et systèmes complètement différents du modèle marocain.  
Amine ATER

  


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