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International

Afghanistan : L’Université interdite aux filles


Rédigé par L'Opinion Mercredi 21 Décembre 2022

Les Talibans ont annoncé mardi que les Universités afghanes étaient désormais interdites aux filles, déjà privées d'enseignement secondaire en Afghanistan, depuis leur retour au pouvoir.



"Vous êtes tous informés de l'entrée en vigueur de l'ordre mentionné qui suspend l'éducation des femmes jusqu'à nouvel ordre", a indiqué le ministre de l'Enseignement supérieur, Neda Mohammad Nadeem, dans une lettre adressée à toutes les universités gouvernementales et privées du pays.

Le porte-parole du ministère, Ziaullah Hashimi, qui a tweeté la lettre, a également confirmé l'ordre de fermeture des facultés aux filles pour une durée indéterminée, auprès de l'AFP. Aucune explication n'a été fournie pour le moment pour justifier cette décision.

Les universités sont fermées en raison des vacances d'hiver et devraient rouvrir leurs portes en mars.

"Non seulement moi, mais tous mes amis sont sans voix. Nous n'avons pas de mots pour exprimer nos sentiments. Tout le monde pense à l'avenir inconnu qui l'attend", a réagi Madina, une étudiante sous couvert d'anonymat.

"L'espoir nous a été enlevé. Ils ont enterré nos rêves", a commenté désespérée l'étudiante auprès de l'AFP.

Après la prise de contrôle du pays par les Talibans en août 2021, les universités ont été contraintes de mettre en œuvre de nouvelles règles, notamment pour séparer filles et garçons pendant les heures de classe.

La gent féminine était autorisée à recevoir des cours, mais seulement s'ils étaient enseignés par des femmes ou des hommes âgés.

Cette nouvelle interdiction intervient moins de trois mois après que des milliers de filles et de femmes ont passé les examens d'entrée à l'université dans tout le pays.

Nombre d'entre elles aspiraient à choisir entre des carrières d'ingénieur ou de médecin, bien que privées d'accès aux écoles secondaires.

A leur retour au pouvoir après 20 ans de guerre avec les Américains et les forces de l'Otan, les Talibans avaient promis de se montrer plus souples, mais ils sont largement revenus à l'interprétation ultra-rigoriste de l'islam qui avait marqué leur premier passage au pouvoir (1996-2001).

« Nous sommes condamnées chaque jour »

Entre les deux règnes des Talibans, les filles ont été autorisées à aller à l'école et les femmes ont pu chercher un emploi dans tous les secteurs, même si le pays est resté socialement conservateur.

Mais depuis seize mois, les mesures liberticides se sont multipliées en particulier à l'encontre des femmes qui ont été progressivement écartées de la vie publique et exclues des collèges et lycées.

"Nous sommes condamnées, chaque jour. Alors que nous espérions progresser, on nous met à l'écart de la société", a déploré mardi Reha, une autre étudiante.

Dans une volte-face inattendue, le 23 mars, les Talibans avaient refermé les écoles secondaires quelques heures à peine après leur réouverture annoncée de longue date. Le chef suprême des Talibans, Haibatullah Akhundzada, est lui-même intervenu dans cette décision, selon un haut responsable taliban.

Divers membres du pouvoir avaient déclaré qu'il n'y avait pas assez d'enseignants ou d'argent mais aussi que les écoles rouvriraient une fois qu'un programme d'enseignement islamique aurait été élaboré.

« Les nouvelles restrictions sont tragiques »

En dépit de leur exclusion des collèges et lycées, à Kaboul, de nombreuses jeunes femmes s'étaient déplacées début décembre pour passer leur examen de fin d'études secondaires, nécessaire pour pouvoir prétendre entrer à l'université, avaient constaté des journalistes de l'AFP.

En plus d'être privées d'étudier, les femmes sont également bannies de la plupart des emplois publics ou payées une misère pour rester à la maison.

Elles n'ont pas le droit non plus de voyager sans être accompagnées d'un parent masculin et doivent se couvrir d'une burqa ou d'un hijab lorsqu'elles sortent de chez elles.

En novembre, les Talibans leur ont également interdit d'entrer dans les parcs, jardins, salles de sport et bains publics.

Les manifestations de femmes contre ces mesures, qui rassemblent rarement plus d'une quarantaine de personnes, sont devenues risquées. De nombreuses manifestantes ont été arrêtées et les journalistes sont de plus en plus empêchés de couvrir ces rassemblements.

"Les nouvelles restrictions étendues à l'éducation des femmes en Afghanistan sont tragiques", a dénoncé l'ex-ministre des Finances sous l'ancien gouvernement, Omar Zakhilwal.

"Cette interdiction n'a aucun fondement religieux, culturel ou logistique. Il s'agit non seulement d'une grave violation des droits des femmes à l'éducation, mais aussi d'une profonde anomalie pour notre pays !", a-t-il ajouté dans son tweet.

 


L’ONU : Un revirement des Talibans "très préoccupant"
 
L'ONU a dénoncé, mardi, la décision des Talibans, l'autorité de facto en Afghanistan, d'interdire pour une durée indéterminée l'enseignement universitaire aux femmes afghanes.

''Il s'agit clairement d'une autre promesse non tenue par les Talibans'', a déclaré aux journalistes Stéphane Dujarric, porte-parole de l'ONU, ajoutant : "C'est une autre mesure très préoccupante".

Le ministère de l'Enseignement supérieur des Talibans a annoncé l'interdiction de l'éducation des femmes avec effet immédiat et ce, jusqu’à nouvel ordre, excluant encore davantage les femmes de la vie publique.

Les femmes et les jeunes filles ont été privées de leurs droits, notamment du droit à l'éducation, et ont disparu de la vie publique depuis que les Talibans ont repris le pouvoir le 15 août 2021, après que les responsables de l'administration de Kaboul, soutenue par les États-Unis, ont fui le pays et que les forces étrangères se sont retirées.

Des milliers de femmes ont, depuis, perdu leur emploi ou ont été contraintes de démissionner des institutions gouvernementales et du secteur privé, alors que les jeunes filles se sont vues empêchées de fréquenter les collèges et les lycées.

En descendant dans la rue, en manifestant et en organisant des campagnes, de nombreuses femmes réclament aujourd'hui le recouvrement de leurs droits.

"Il est difficile d'imaginer comment un pays peut se développer, peut faire face à tous les défis auxquels il est confronté sans la participation active des femmes et sans l'éducation des femmes", a déclaré Stéphane Dujarric.

 



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