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Actu Maroc

Achoura et pétards : Le risque d’un énième épisode de violences et de vandalisme


Rédigé par Safaa KSAANI le Mercredi 18 Août 2021

On se rappelle tous des images de la guérilla urbaine et des scènes insolites de vandalisme dans lesquelles les forces de l’ordre ont été gravement prises à partie, l’année dernière à Rabat, durant les festivités de la nuit de l’Achoura. Un épisode cauchemardesque qui a remis sur la table l’épineuse question des articles pyrotechniques qui continuent à inonder le marché national, même en période de Covid. Une polémique toujours d’actualité, puisque les jets de pétards et de feux d’artifice trouvent toujours un moyen de s’installer dans le marché noir, et ce, malgré la campagne d’assainissement engagée par les forces de l’ordre. Détails d’un phénomène qui trouble le bien-être des Marocains.



Les pétards en amusent certains, mais pas tous. Depuis plus de deux semaines, Ali et les autres membres de sa famille connaissent une peur bleue, matin et soir. Ils s’en sont d’ailleurs émus sur les réseaux sociaux, se demandant bien ce qui se passait. Feux d’artifice ? Tirs au fusil ? Tapage nocturne ? La faute à des pétards lancés par des « vagabonds » du quartier.

« Les détonations entendues ces derniers jours n’ont pas manqué d’effrayer les voisins et nos familles, à Meknès, Rabat et Casablanca, également excédés par les nuisances, malgré le couvre-feu nocturne », déplore Ali, père de famille, habitant à Témara. Un phénomène qui n’est pas nouveau, et dont les formes de manifestation n’ont pas changé au fil des années.

« On s’attend à la même rengaine chaque année à l’approche de Achoura. Certes, les jets de pétards et de feux d’artifice se font depuis des années, mais c’était sans incidents graves, comme c’est le cas dernièrement. Nous constatons que ces objets explosifs deviennent de plus en plus effrayants. Ce qui est inadmissible », admet Ouadie Madih, président de la Fédération Nationale des Associations du Consommateur (FNAC).

Le profil des jeteurs de pétards est dressé. « Ce sont des enfants, inconscients de la dangerosité de ces objets, avançant un argument de plaisir et de divertissement », nous explique-t-il.

D’où proviennent ces produits ? Secret de polichinelle !

Leur source n’est un secret pour personne. Vaille que vaille, ces objets sont accessibles et vendus sous la table. De manière illégale à Derb Omar ou chez des vendeurs à la sauvette, tout un chacun peut se procurer des pétards ou autres feux d’artifice. « Malheureusement, tous les objets qui sont sur le marché sont issus de contrebande, qui proviennent d’une manière illicite. Leur découlement sur le marché se fait à travers un réseau de fournisseurs insouciants de la protection du citoyen de ces bombes », regrette Ouadie Madih.

Toutefois, la loi 22-16 portant sur la réglementation des produits explosifs à usage civil, des artifices destinés au divertissement et des matériels contenant des substances pyrotechniques, est claire.

En effet, ladite loi indique clairement que les personnes impliquées dans l’importation ou la fabrication clandestine de matériaux pyrotechniques, ou en possession de produits explosifs ou de feux d’artifices, sans y être légalement habilitées, peuvent être sujets d’une peine d’emprisonnement de 2 à 5 ans, en plus d’une amende variant entre 50.000 et 500.000 dirhams.

Cette loi concerne les explosifs à usage civil. Elle vise, entre autres, à réglementer la fabrication, l’importation, la commercialisation et la détention des matériels contenant des substances pyrotechniques, y compris les artifices destinés au divertissement (les pétards).

Ces artifices de divertissement sont classés en quatre catégories. D’abord ceux qui présentent un danger très faible et un niveau sonore négligeable. Ceux qui présentent un danger faible et un faible niveau sonore. Ils sont destinés à être utilisés, à l’air libre, dans des zones confinées. La troisième catégorie concerne ceux qui présentent un danger moyen. Ils sont destinés à être utilisés, à l’air libre, dans de grands espaces ouverts. Tandis que les explosifs de la quatrième et dernière catégorie sont ceux qui présentent un danger élevé.

« Il ne suffit pas d’avoir des lois et les garder dans les tiroirs. Elles doivent avoir leurs outils de déploiement sur le terrain, ainsi que des agents de contrôle », tient à souligner notre interlocuteur.

Silence Radio

Comment les marchandises sont contrôlées, quel circuit suivent-elles avant de fuiter sur le marché marocain ? … Autant de questions restées en suspens. Pour y répondre, nous avons essayé de joindre l’Administration des Douanes et Impôts Indirects (ADII), ainsi que la Direction Générale de la Sûreté Nationale (DGSN). Les autorités concernées semblent y prêter une sourde oreille.

A qui profite cette situation ?

« Elle profite aux contrebandiers, un certain groupe de personnes, qui ont un esprit de gain, qui s’enrichissent sur le dos des citoyens ». « Malheureusement, les instances de contrôle de la vente de ces objets explosifs sont inexistantes. Ce qui rend ce problème récurrent. Rien n’est fait par les autorités concernées pour prévenir la vente, mis à part les efforts déployés par la société civile qui organise des campagnes de sensibilisation sur le danger de ces substances dangereuses.

Les efforts de la société civile restent insuffisants face au manque d’une réelle politique pour endiguer ce phénomène », explique le président de la FNAC, avant de relativiser que les citoyens ont leur part de responsabilité dans la propagation de cette « guerre » sans fin.
 
Safaa KSAANI


Achoura, un symbole culturel pour les Marocains
 
Au fil des années, Achoura est devenue un symbole culturel pour les Marocains puisque plusieurs festivités, dont Zemzem, des carnavals, sont apparues. « Ce jour est célébré par l’ensemble des Musulmans par le jeûne et l’invocation, comme l’a fait le Prophète à Médine, mais c’est vraiment navrant de voir au Maroc, et dans d’autres pays musulmans, des manifestations de joie inspirées par les courants wahhabites, historiquement pro-Mouaouiya et anti-Ali et sa descendance. Aujourd’hui persistent juste les séquelles et certains symboles culturels comme le jeu avec le feu, les jets d’eau », nous explique le Dr Abdellah Cherif Ouazzani, enseignant-chercheur en pensée islamique et sciences de l’éducation.