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        Culture
 
Festival International du Film de l´Etudiant : Hommage vibrant aux acteurs du cinéma

Ahmed Tarek


Sous le signe « Je est un autre », l’Association « Arts et Métiers » a organise récemment au cinéma ABC la cérémonie d’ouverture de la septième édition du Festival International du Film de l´Etudiant qui se poursuivra jusqu’au 10 mai à Casablanca (l’Institut Cervantès, L’Institut Français, Ecole Supérieur des Beaux Arts).
Lors de cette cérémonie conviviale, un hommage émouvant a été rendu à des vétérans des arts dramatiques et cinématographiques d’ici et d’ailleurs : feu Hamidou Benmassoud, l’acteur marocain à la carrière internationale, Ghada Mohamed Said Houssain Jebara, doyenne de l’Institut Supérieure du cinéma en Egypte, le comédien et réalisateur Abdelilah Ajil.
Ces hommages, comme l’indiquent les intervenant( le réalisateur Krimo Darkaoui, la comédienne Noujoum Zhour et Mohamed Barakat, conseiller culturel à l’Ambassade d’Egypte), est une reconnaissance de leur génie et leur parcours artistique riche  en aventures et en expériences créatives.  En effet, ces acteurs   de renom ont été honorés lors de la cérémonie d’ouverture et des tableaux leur a été remis par Said Raji, Mounia Amor Cheikh Lahlou et Mohammed Haji, et ce en présence de plusieurs personnalités officielles, civiles et culturelles. Lors de cet hommage, le film «  une place au soleil » de Rachid Boutounes a été projeté en hommage à Hamidou Benmassoud : le réalisateur de ce film a confié aux organisateurs le témoignage suivant  présenté par Krimo Darkaoui : « Permettez moi de présenter mes sincères condoléances à la famille de Amidou, son épouse Fatema et ses filles Souad et Nejma et à ses proches et enfin à sa grande famille artistique. J’ai rencontré Amidou pour la première fois à son domicile dans le 15eme arrondissement de Paris pour lui remettre le scénario du court métrage intitulé Une Place au soleil que vous allez voir ce soir. Il a voulu faire ce film parce qu’il aimait le personnage, à partir de là, a débuté une belle expérience professionnelle et humaine, surtout pour moi. J’ai découvert un homme sensible, généreux qui s’intéressait aux autres, aimant sa famille et attaché à ses racines marocaines. Il a déclaré un jour « Lorsqu’on parle de Amidou à l’étranger, on dit Amidou le Marocain, je pense que c’est une preuve suffisante que je n’ai jamais oublié mon pays et que ce que j’ai fait ici et ailleurs, c’est le Marocain en moi qui l’a fait. Tenir à sa citoyenneté ne veut pas dire ne jouer que dans son pays, ne parler que sa langue, ne traiter qu’avec ses compatriotes, pas du tout, j’ai fait beaucoup pour mon pays même en étant loin » fin de citation. Aussi j’ai découvert le comédien exceptionnel toujours disponible, il était toujours à la recherche de la justesse du moment joué. Avec lui, j’ai assisté à ces rares moments où le comédien se métamorphose pour devenir le personnage. Claude Lelouch avec qui Amidou a débuté au cinéma et avec qui il a collaboré dans une dizaine de films a dit de lui «  Je lui confiais dans mes films des rôles importants, il ne m’a jamais déçu et a été toujours à la hauteur de mes rêves. Il restera pour les Marocains un bel exemple de réussite » fin de citation. Dans le cinéma marocain actuel, Amidou restera une valeur d’exemple en tant que professionnel et en tant qu’homme. Il fait partie du patrimoine marocain que nous devrions partager. Ce partage de patrimoine doit se concrétiser par un investissement volontaire de chaînes de télévision marocaine. ».
La cérémonie d’ouverture a été également animé par la projection du film «  l’écran noir » de Nourreddine Khmari ainsi par la présentation des membres du jury dont les président sont : Oumar Salim, Vincent Gilot et Ghada Mohamed Said Houssain Jebara .
Il est à rappeler que cette nouvelle édition placée sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI se veut un événement artistique et créatif qui œuvre pour la promotion des films conçus et réalisés par les étudiants lauréats des écoles de cinéma (Documentaire, fiction, expérimental, animation 2D et 3D, clip vidéo) et ce dans un esprit d’ouverture, de retrouvaille et d’échange.
Il s’agit d’ une plate-forme promotionnelle rehaussée par la participation des étudiants représentants plusieurs pays, en l’occurrence Allemagne, Albanie, Belgique, Bulgarie, Burkina Faso, Chine, Egypte, Espagne, Etats Unis, France, Liban, Tchad, Tunisie, Turquie, Syrie et le Maroc pays organisateur.

9/5/2014
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« La Valée du Rakime » de Mohamed Makrame : Le conte d’une « belle tragédie »

Par ABOULAILA

Bouleversant, triste et en même temps marrant. Une incroyable histoire d’amour et de haine accompagnée par l’auteur, avec une splendide simplicité qui ne manquera pas d’être appréciée à sa juste valeur. L’œuvre de Mohamed Makrame, boostée par un culot pas comme les autres, est une grande valeur ajoutée aux réalisations littéraires. « La Valée du Rakime » sera bientôt entre les mains des lecteurs et de critiques en Egypte.
Sommes- nous tous coupables d’avoir regardé sans rien dire, d’avoir assisté sans dénoncer, d’avoir détesté sans aimer, d’être auteurs et en même temps victimes  Sommes nous tous des je-m’en-foutistes, des hors -la -loi jamais poursuivis par les instances judiciaires 
Devons-nous réellement se poser des questions sur notre citoyenneté et le devoir que cela impose  Les professeurs, les éducateurs, les hommes politiques, les artistes, les députés, les journalistes, les architectes, les braves citoyens, les flics, les ingénieurs, les assistantes sociales, l’Etat et les plus hautes personnalités de la nation, tout un pays qui regarde, qui décide et qui laisse faire !
Dans « la Valée du Rakime », nous sommes face à une amère réalité qui vous fait couper le souffle,mais qui aussi vous fait mourir de rire. L‘émotion de toute une génération à la recherche du diamant vert, la déception des morts-vivants qui se sont inclinés devant le destin tragique de leur chienne de vie, le courage et la grande volonté de tout un chacun afin de réussir; représentent le cadre de l›œuvre. Mais Mohamed Makrame ne cache pas ses mots pour mettre tout le monde en déséquilibre avec soi même. Certes, en lisant « la Valée du Rakime », dès les premières pages on est embarqué dans une aventure de haine exprimée dans un langage d›amour et d›estime. Comme si l›objectif du bien est celui de faire du mal et la bonté des êtres humains n›étant qu›une belle tragédie.
L›exode rural généré par la famine, avait obligé de nombreux jeunes à quitter leur bled afin d›embrasser la civilisation. Un départ obligé, forcé, infligé par la sècheresse qui avait pendant de longues années frappé l›ensemble du territoire marocain. La brutalité de la nature avait chassé les hommes de leur terre pour les jeter face au choc de la ville. Tout un train de vie plein d›obstacles qui ne dépendait pas du mécontentement spirituel. Echapper à la malédiction de Dieu pour affronter celle des voyous et des ingrats, est un combat illégal. Lorsqu›un « primaire » affronte un multirécidiviste et l›expérimenté s›attaque à un débutant, le déséquilibre de la confrontation n›est pas juste.
Garage Allal à Casablanca, station de voyageurs venus de tous les coins du Maroc, ancien lieu de prédilection pour les délinquants de tout bord, a connu son époque de gloire scandaleuse. Une époque de grande organisation de malfrats. Chacun a sa spécialité et gare à celui et celle qui tombent entre leurs mains.
« La Valée du Rakime » est l›histoire d›une aventure obscure qui commence dans un petit patelin. Les acteurs savent d›où ils viennent. Mais ils se sont engagés sans avoir la moindre idée sur leur destination.
Mohamed Makrame, qui est appelé dans toutes les villes du Royaume pour
la signature et la présentation de son œuvre, sera bientôt en Egypte devant une commission des grandes plûmes arabes, un nouveau parcours signe de bonne continuité !

9/5/2014
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Faouzi Skali, Directeur du Festival de Fès des Musiques Sacrées du Monde : Toutes les cultures convergent vers la quête de l’Universel

Propos recueillis par Dr. Abdellah Cheikh

A l’image de ses 20 dernières années, riches de révélations artistiques et de rencontres, la Fondation Esprit de Fès nous invite à découvrir un florilège d’expressions musicales des différentes traditions et cultures du monde tout au long de la semaine, du 13 au 21 juin.
Placé sous le Haut Patronage de sa Majesté le Roi Mohammed VI, ce festival de grande ampleur, célèbre cette année, sous la thématique « Conférences des Oiseaux : Lorsque les Cultures voyagent...», 20 ans de voyages musical, chorégraphique, artistique à travers les cultures et traditions du monde, qui se sont révélées dans leur profondeur, le temps d’un concert, d’une exposition ou encore d’une conférence. Entretien avec Faouzi Skali, Fondateur et Directeur du Festival de Fès des Musiques Sacrées du Monde et de son Forum.
*Dans quel contexte cognitif voire symbolique
s’inscrit cette nouvelle édition

Nous avons choisi cette année un conte symbolique du 13 ème siècle, celui de Attâr, intitulé « Mantiq Ettayr », que l›on pourrait traduire par  le langage ou la conférence des oiseaux, pour évoquer cette expérience du voyage des cultures vers une même quête spirituelle, telle qu›elle s›exprime dans le projet même du Festival de Fès et en célébrer la vingtième édition. 
Dans le conte originel les oiseaux représentent les âmes humaines en quête de connaissance divine, nous avons voulu évoquer le fait que cela concerne aussi les «âmes collectives « que sont les cultures et la façon dont celles- ci, à travers leurs pensées , leur spiritualité , leurs arts et en particulier leur musiques participent de cette même quête . 
Comme depuis quatre ans maintenant le concert de la soirée inaugurale sera une création originale du Festival de Fès. Ce concert inaugural introduit chaque année la thématique de la nouvelle édition. 
Tenter de rendre compte de ce conte symbolique de Attâr dans ce concert d’ouverture et dans l’esprit de la thématique de cette année en y faisant participer des chants et des cultures du monde entier est une entreprise d’organisation encore plus délicate que le Festival lui- même !
*Comment approchez-vous le dialogue des cultures
L’expression « Dialogue des Cultures » qui vient d›un anglicisme est quelque galvaudée. Disons que cela émane de l›idée que les cultures doivent être ouvertes à la connaissance des autres cultures et la possibilité de s›en enrichir d›une façon positive. 
Une culture figée n’a plus de vitalité et a tendance à se replier sur elle- même et à n’exister que par réaction aux autres et à leur exclusion. 
Le défi donc pour chaque culture est celui  de pouvoir puiser dans ses racines les plus profondes pour précisément recevoir avec sérénité toutes les influences de l’air libre. C’est une image. Une autre image consiste à considérer que toute culture n’est pas donnée une fois pour toutes mais est en quête perpétuelle d’elle même.
Elle ne cesse de se transformer et de se découvrir. Et ceci précisément dans la confrontation  d’idées et les échanges  qu’elle entretient avec les autres

cultures. C’est la métaphore de Attâr. Étant entendu que toutes les cultures convergent finalement vers un même but qui est la quête de l’Universel. 
*Qui fait la particularité de cette nouvelle édition en termes de programmation et d’animation 

Nous avons voulu rendre hommage à cette vingtième édition par une riche et belle programmation. D’abord  évidemment ce qui fait en quelque sorte une marque de fabrique du Festival en ayant non seulement une diversité des cultures du monde mais aussi des approches musicales en passant par des registres traditionnels, à des formes artistiques contemporaines , mais toutes traversées par une quête du spirituel et un certain sens du Sacré. 
Outre la création et les formes traditionnelles du Sacré qui constituent l’esprit profond du Festival ce voyage va s’accomplir à travers des artistes tels que Roberto Alagna, Youssou N’Dour, Johnny Clegg,  Rokayyia Traoré, Kadem Essaher ou Buddy  Guy. 
Cette année un hommage particulièrement important cela rendu tout au fil de la programmation à l’Afrique. 
*Cette édition rendra hommage à l’ancien président sud-africain Nelson Mandela qui s’est éteint dernièrement à l’âge de 95 ans.
Oui, c’est l’un des aspects à cet hommage à l’Afrique. Les marocains sont devenus de plus en plus conscients de leur richesse et leur enracinement africain depuis les voyages d’un type tout à fait inédits accomplis par Sa Majesté dans ce continent. Outre les dimensions politiques et économiques de ces voyages et qui font naturellement partie de l’agenda d’un chef d’Etat ce qui est inédit est leur dimension spirituelle et culturelle et l’approche en somme holistique qui englobe tous ces aspects. Nous découvrons ainsi l’Afrique sous un autre visage,  dans sa richesse humaine et sa créativité. L’un des grands symboles de cette dernière dimension est évidemment Mandela. Orient  .

9/5/2014
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Tanger rend hommage à Mohamed Chabaa

Par Abderrafie GUEDDALI

Tanger avait abrité du 12 au 19 avril une grande exposition posthume comme un témoignage et une reconnaissance à l’âme de l’un des fondateurs du patrimoine pictural moderne au Maroc, feu Mohamed Chabaa.

Témoignage est le slogan attribué aux journées organisées par le Forum pour la Pensée, la Culture et la Création à Tanger du 12 au 19 avril à la mémoire du plasticien marocain feu Mohamed Chabaa. Pour célébrer le peintre et glorifier son œuvre, le Forum avait organisé une exposition posthume aux cimaises de la galerie d’Art Contemporain Mohamed Drissi, comprenant des peintures, des sérigraphies, des lithographies et des gravures signées Mohamed Chabaa, prêtées par des collectionneurs locaux. Deux anciennes peintures du défunt peintre datées de 1957 et exposées pour la première fois et dont la composition et la configuration rappellent le principe pictural de Paul Klee, avaient attiré le plus la curiosité et l’estime des visiteurs. Onze plasticiens de générations différentes ont voulu s’associer à cette manifestation en exposant des toiles inspirées de l’œuvre du défunt artiste réalisées spécialement pour cette événement. Il s’agit d’Ahmed Al Barrak, Ahmed Azouz, Abdelbassite Ben Dahmane, Aziz Benza, Abderrafie Gueddali, Abdelkader Melehi, Abdelmajide Laroussi, Ahmed Hayani, Amirouche Benyounes Hassan Gueddali et Mouad Jebari.
De même, le catalogue dédié à la mémoire du défunt, contenant des témoignages émanant de confrères du peintre de ses amis de ses étudiants et des critiques d’art qui l’ont côtoyé était une convenance saisie par le Forum pour exprimer le respect et l’estime que nous portons tous à son égard, et mettre en particulier à l’intention des futures générations notre entière reconnaissance à sa personne et à son riche parcours artistique, intellectuel et pédagogique.
En parallèle à l’exposition une table ronde s’était tenu au même lieu pour discuter les multiples actions et les diverses prestations artistiques accomplies par feu Chabaa. Les critiques d’art Amirouche Benyounes et Ahmed Fassi, et les plasticiens Ahmed Hayani et Aziz Benja, lauréat de l’Institut National des Beaux Arts ainsi que la nièce du défunt Noufissa Azalai ont tous attesté du rôle et de l’efficience du défunt artiste dans l’essor des arts plastique au Maroc et ont convoité avec l’entier accord du public présent que l’œuvre les idées et les démarches artistiques et pédagogiques de Chabaa restent à jamais gravé dans l’annales de l’histoire de l’art marocain moderne, comme référence et modèle de lutte et de persévérance pour nous tous et notamment pour les futurs artistes plasticiens.

9/5/2014
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Rencontre à El Jadida avec Tahar Benjelloun autour du thème « Que peut la littérature   »: Donner une certaine conscience au monde

Par Abdellah HANBALI

Tahar Benjelloun n’a nul besoin d’être présenté. Depuis plus d’une quarantaine d’années et avec sa « sa parole vive » comme seule et unique arme, cet écrivain  continue  à interroger le monde et à combattre  barbarie et infamie.
 « Que peut la littérature  Peu de choses, selon Benjelloun, car l’écriture est incapable à elle seule de changer le monde. Cependant, elle lui donne une certaine conscience, et ne serait-ce  que pour cette valeur, on ne devra  jamais  nous taire, sous peine de voir les choses empirer. »
La littérature arabe  ne vaut, en grande partie,  qu’à travers sa poésie et non encore par ses romans. Parce qu’un  romancier, quelqu’un qui  doit fouiller dans les tréfonds de la société, « soulever les tapis », pour nous sortir les vérités qui dérangent. Balzac disait à ce propos : « Pourquoi écrire, si c’est pour dire que tout va bien   ». Et Jean-Paul Sartre, comme pour lui donner raison, d’écrire dans  « La nausée » : « En face d’un enfant qui meurt, la nausée ne pèse rien». Il faisait allusion aux malheureux gosses Africains victimes de la guerre du Biafra. Ce à quoi rétorqua Claude Simon : « Depuis quand pèse t-on nausée et littérature   »
« Que peut la littérature   » est  une question d’une grande acuité, et les écrivains, les grands du moins, se doivent d’être des empêcheurs de tourner en rond.
Garcia Marquez, dans « Cent ans de solitude » parle des problèmes et des souffrances des villageois de Macondo, dont il a partagé le quotidien. De la grandeur et de la décadence de ce village, de sa plus illustre famille de pionniers, aux prises avec l’histoire cruelle et dérisoire d’une de ces républiques latino-américaines tellement invraisemblables qu’elles nous paraissent encore en marge de l’Histoire. Un théâtre géant où les mythes engendrent les hommes qui, à leur tour, engendrent les mythes, comme chez Homère, Cervantès ou Rabelais.  Une fabuleuse genèse, avec l’histoire de sa dynastie, ses fléaux et ses guerres, ses constructions et ses destructions, son apocalypse aussi. « Une boucle de temps » refermée dans un livre.  Une histoire de faits réels et auxquels personne ne croit plus, mais qui avaient si bien affecté la vie de ce village qu’il s’est trouvé à la dérive,  d’un monde révolu  et dont ne subsistait plus que la nostalgie.
 Gabriel Garcia Marquez a atteint dans « Cent ans de solitude », l’expression la plus parfaite et la plus pathétique de la solitude de l’homme sud-américain.  C’est un livre fait à partir de choses constatées, vécues, écoutées, confiées… et qui ont fini par le marquer. 
Pour écrire ce chef d’œuvre, Garcia Marquez  s’est inspiré  de Juan Rulfo, un mexicain peu connu, ayant  écrit « El llano en llamas » (1953), et qui traite de la vie des paysans de la région de Jalisco dans une nature aride et hostile. Suivi de son unique roman, « Pedro Páramo » (1955), qui parle de la confusion entre le monde des morts et des vivants. Un roman qui a eu une répercussion mondiale, reflétant  la fascination qu›entretiennent les mexicains avec la mort. Mais curieusement, après ces deux succès, Juan Rulfo s›est éloigné de l›écriture.
Mais à côté  des écrivains de cette envergure, l’on trouve une catégorie  occupée à se regarder le nombril. Une espèce tournant le dos au monde, ne s›occupant que d›elle-même et ne se préoccupant aucunement des autres. Se croyant le centre du monde, elle se focalise principalement sur une littérature d’autofiction. 
 Toute œuvre littéraire comporte, en réalité, des  passages autobiographiques, sauf que les auteurs font généralement des exceptions et évitent des détails  jugés  réducteurs. Mais l’autofiction absolue et délibérée suppose que son auteur a  une haute estime de soi et ignore tout ce qui se passe autour de lui.
 Parler du peuple dans la littérature arabe,  c’est traduire ses sentiments et ses perceptions.
Dans les œuvres  d’un Abdellatif Laâbi ou d’un Driss Chraïbi, le lecteur est si profondément  plongé dans leur quotidien qu’il croit  entendre leurs clameurs.
Kateb Yassine raconta un jour cette anecdote. « Après une longue absence d’Algérie, je suis retourné un jour à Sidi Bel abbés. Dès que je me suis attablé à la terrasse d’un café, un vieux monsieur est venu vers  moi et m’accosta : - « Kateb   » (Ce qui dans le cas présent, revêt une double connotation). « Je répondis, que oui ». L’homme pris une chaise, s’assis  près de moi, puis se mit à parler de l’Algérie, de Sidi Bel Abbes….sans que je ne le en lui  fasse la demande ».
Cette anecdote souligne qu’un écrivain raconte à travers les autres. Ecrire c’est écouter pour traduire l’invisible.  Et c’est pour cette raison que les pièces de théâtre de Kateb Yassine traduisent avec acuité la réalité algérienne.
Et que dire aujourd’hui,  face  aux massacres
des peuples syrien, irakien, libyen… 

 Quel rôle peut jouer l’écriture et quelle en sera
son efficacité immédiate 
C’est pour répondre à ces questions qu’un écrivain se doit d’analyser chaque situation, avec l’intelligence requise.  Bergson parle  d’ «Une compréhension naturelle de la vie. », et André Gide  l’appelle «  Une compréhension naturelle du monde».
Pourquoi l’un et l’autre parlent de la vie et du monde 
Parce que celui qui n’a que des certitudes sur la vie et sur le monde est quelqu’un de  dangereux.
La vie est incompréhensible, compliquée, difficile à décortiquer… Comment peut-on se montrer si certain 
Ecrire, c’est aller au-delà de cette incompréhension,  déblayer le terrain et essayer de voir ce qui se cache et se trame loin des regards. Ecrire, c’est  analyser ce qui se passe autour de nous et c’est  comprendre les raisons qui ont  engendré les Bachar, Moubarak, Zine-El Abidine, Kaddafi 
C’est pour ces raisons et bien d’autres qu’il faut continuer à écrire sans se lasser, se décourager, se résigner, pour finir par se taire.  Il faut continuer parce que l’homme a été, est et sera encore et toujours un loup pour l’homme, comme le disait Thomas Hobbes 
Tahar Benjelloun préfère l’expression: « l’homme est un… homme pour l’homme.». Sans doute que l’homme est  plus terrible que le loup 
Continuons à écrire et à espérer (le rêve est légitime)  qu’un jour l’homme sera… le remède de l’homme. Que l’écriture changera le monde et le rendra plus beau et plus juste. Rappelons-nous pour cela de l’affaire Dreyfus et le « J’accuse »  d’Emile Zola.
 Tahar Benjelloun, écrivain et poète marocain de langue française de notoriété internationale, obtint le prix Goncourt en 1987 pour « La nuit sacrée ». Il devint membre de cette prestigieuse Académie en 2008. Il est l›auteur d’une cinquantaine d’ouvrages traduits, pour la plupart, dans plus de quarante langues. Parmi ses romans et récits « L’Enfant de sable », « L’Auberge des pauvres », « Cette aveuglante absence de lumière », « Sur ma mère », « Au pays », « Par le feu », « Le racisme expliqué à ma fille », « L’Ablation »… Parmi ces recueils de poèmes « Hommes sous linceul de silence », « Les Amandiers sont morts de leurs blessures », « Que la blessure se ferme »…

9/5/2014
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