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        Culture
  Une Nouvelle de Abdejabbar Shimi
«Lfargonette»*

Saïd AFOULOUS

Le vrombissement de la voiture troublait le silence nocturne. Elle s’était arrêtée de rouler tout à fait mais le ronflement du moteur continuait de troubler le silence. La femme tendit la main pour remuer l’homme qui dormait à ses côtés. Ce dernier lui dit : « Je ne dors pas ». Elle lui demanda : « Tu as entendu   » Il répondit : « Ça doit être mon tour alors»
Cela se passait au cœur de la nuit. Ils effectuaient des visites éclair et détalaient en vitesse. Mais ils laissaient toujours des traces. Maintenant tous les habitants étaient réveillés par le vrombissement de la voiture. Ils semblaient avoir deviné de quoi il retournait. Ils voyaient venir ce qui allait arriver.
La femme dit à l’homme couché à ses côtés : « Est-ce qu’ils vont défoncer la porte   ». Il lui répondit : « Si on ne leur ouvre pas la porte ils la défonceront, c’est clair ». Elle lui demanda : « Pourquoi ils ne viennent pas de jour  Pourquoi ils se cachent toujours dans les ténèbres pour de pareilles opérations   »
Le bruit du moteur de la voiture réveilla le garçon de sept ans. Il ouvrit les yeux dans l’obscurité de la chambre et demeura inerte. Leur vacarme dehors portait à croire qu’ils s’apprêtaient à se mettre en branle maintenant. Le vrombissement de la voiture s’arrêta net. Ceux qui avaient jeté un regard furtif, à travers les ténèbres, dans le boulevard aperçurent la grande voiture qui éteignit ses lumières. Dans la petite chambre, le souffle des trois garda sa cadence. L’homme commença à réfléchir à ce qu’il allait entreprendre. Dehors le vacarme se poursuivait de plus belle. Ceux qui regardaient par l’ouverture de leur fenêtre virent une cigarette que l’un des passagers de la voiture allumait.
Maintenant tout le monde sut qu’ils s’ébranlèrent. C’est qu’on entendait le bruit des lourdes chaussures martelant l’asphalte. Ceux qui regardaient par les fentes des volets fermés en se tenant cachés à la faveur des ténèbres, virent les passagers de la grosse voiture qui s’étaient scindés en deux groupes : quatre allant à l’assaut de l’immeuble et trois autres demeurant à l’intérieur de la voiture dont deux étaient en train de fumer.
L’homme dit : « Le mieux serait que je mette une jellaba ». L’épouse dit : « Mets en dessous une veste en laine ». Le petit garçon dit : « Prends avec toi tous mes pistolets. Je n’en veux pas maintenant ». Le père dit : « Non, garde tes pistolets ! ». Le garçon dit : « Tu m’en achèteras d’autres à Achoura ». La femme dit : « Ils s’amènent, ils sont en chemin. Habille-toi en vitesse ». Le garçon dit : « Ils nous racontent des mensonges à l’école ». La femme dit « Est-ce qu’ils vont te torturer   ». L’homme dit : « Ils ne nous demandent pas notre avis pour ce genre de chose »
Maintenant les quatre individus étaient arrêtés devant la porte de l’immeuble. Ils levèrent les yeux vers les fenêtres. L’un d’eux débita quelques mots. Les trois autres s’esclaffèrent. Le petit enfant sanglota. L’homme dit : « Tu m’as dit que tu n’allais pas pleurer ». La femme garda le silence. Elle s’était assise au bord du lit. L’obscurité de la chambre cachait ses yeux. Ceux qui regardaient par la fenêtre virent que les quatre s’étaient avancés vers l’immeuble. Les voilà qui pénétraient à présent à l’intérieur. L’écho de leurs pas lourds sur les escaliers commença à se faire entendre. L’homme jeta un regard. Il dit à son épouse : « C’est lfargonette ». Le garçon dit : « J’en vois beaucoup près de notre école ». La femme dit : « Est-ce que tu vas leur ouvrir la porte   ». Il répondit « Oui ». Elle demande encore : « Est-ce que tu vas exiger d’eux un mandat d’arrêt   » Il répondit : « D’habitude ils ne fournissent aucun rapport sur leur besogne ». Le garçon demanda : « Est-ce que je vais aller à l’école demain matin   » L’homme répondit : « Bien sûr que oui ». La femme demanda : « Est-ce que je les avertis au travail   ». L’homme répondit : « Bien entendu, tu peux avertir Latif et Hassan et n’essaie jamais de constituer un avocat pour me défendre. Ça ne sert à rien ». La femme demanda : « Est-ce qu’ils vont me permettre de te rendre visite   » Il répondit : « Ils vont encore dire qu’ils ne savent rien »
Les pas sur les escaliers produisaient un tel boucan. L’homme avait maintenant achevé de mettre tous ses vêtements. Il alluma une cigarette dans l’obscurité de la chambre. La femme lui demande d’une voix étouffée : « Faut-il que j’allume la lumière   ». L’homme répondit : « Il vaut mieux pas, pas avant qu’ils frappent à la porte ». L’enfant dit d’une voix étouffée : « J’ai peur ! ». L’homme se rapprocha de lui, le prit à bout de bras de son petit lit et le déposa tout près de sa mère. Il sembla à tous les habitants de l’immeuble qu’on cognait à leur porte dans un tintamarre de tous les diables. Désormais on n’entendait plus les bruits de pas. Mais le silence de la nuit faisait ressortir l’intensité du bruit de voix qu’on devinait accompagnées de gestes violents…
Ceux qui regardaient par les fenêtres virent un ivrogne s’amener titubant. L’ivrogne commença à chanter : « Le tapis marocain est célèbre de par le monde… » Avec sa démarche titubante l’ivrogne dépassa la voiture de police tous feux éteints… Il ne remarqua pas que trois s’y trouvaient tapis à l’intérieur. Il s’arrêta près du mur et reprit le même refrain : « Le tapis marocain est célèbre de par le monde… ». Le bruit de pas sur les escaliers reprit à nouveau. Dans le boulevard les chiens fouillant dans les poubelles entendirent le bruit des pas et entamèrent un concert d’aboiements.
La femme dit en soupirant : « Mon Dieu rétablis-nous dans tous nos droits contre ces gens» L’homme dit : « Tais-toi, les pas ne sont plus tellement loin de la porte ! ». L’enfant dit : « Je parlerai aux enfants à l’école. Aziz nous a dit qu’ils avaient pris son père aussi ». La femme dit : « Est-ce tu vas le rencontrer   »
La voiture vrombit à nouveau. A présent cinq hommes sont montés à bord, les quatre qui étaient montés dans l’immeuble et un autre homme avec eux. Ceux qui regardaient par la fenêtre de l’immeuble d’en face avaient vu ça. La lumière s’alluma dans un appartement de l’immeuble… L’homme revint s’asseoir au bord du lit près de sa femme et son fils. Son épouse lui dit : « J’entends des sanglots venant d’en haut » Il lui répondit : « Oui, debout ! va voir Amina… ils viennent de prendre son mari Abdallah. C’était donc son tour cette fois-ci »
Lfargonette démarra en trombe, tous feux éteints.
24 mars 1972

Nouvelle de Abdeljabbar SHIMI traduite de l’arabe par Saïd AFOULOUS

* Lfargonette, appropriation en darija du mot fourgonnette. Au simple sens du véhicule utilitaire, la darija greffe au mot français un deuxième sens qui enveloppe le premier en désignant précisément le fourgon de police en ronde la nuit pour des rafles, le mot entré dans la mémoire populaire dans les années de plomb incarnant un instrument particulier de la répression policière.


* Lfargonette, appropriation en darija du mot fourgonnette. Au simple sens du véhicule utilitaire, la darija greffe au mot français un deuxième sens qui enveloppe le premier en désignant précisément le fourgon de police en ronde la nuit pour des rafles, le mot entré dans la mémoire populaire dans les années de plomb incarnant un instrument particulier de la répression policière.

25/2/2010
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  0PINIONS :
Pour anticiper le changement des mentalités à l’égard de l’art au Maroc…

Par Ahmed HARROUZ (Chercheur, artiste)

L’art contemporaine au Maroc, ce n’est pas le joli tableau qu’on accrocherait (il y’en a des millions), ou des noms de « galeries » dissimulant de nouveaux bazars, ou des écoles spécialisées, mais plutôt « l’œuvre d’art » dont on peut découvrir l’originalité esthétique au fond de ce qu’elle porte comme dimension humaine, ou philosophique ou spirituelle, si elle en a une. Au Maroc, l’art (la peinture, la sculpture, le design, la vidéo, l’installation ou la performance), ne se définit pas, abstraction faite des mentalités (socialement) dominantes. Parce qu’en fin de compte, c’est les attitudes générales -relevant des ces mentalités- qui déterminent « l’état des lieux » (ou le processus global) dans ce domaine, concernant la production artistique, ou l’information ou la critique, ou le marché de l’art, ou le statut de tout cela dans la communication médiatique, dans l’éducation ou dans l’entendement général de la culture.

Au Maroc, en général (avec des singularités régionales), la recherche picturale s’inscrit dans le cadre de l’expression d’un patrimoine artistique et culturel ressentit et construit dans un espace -de culture musulmane- afro-judéo-arabe et amazighe ; mais ceci n’est qu’une identification qui touche la forme, la technique ou la spécificité sociétale de l’entendement artistique, car au fond, les artistes Marocains sont autant dotés de sensibilité universelle de l’Etre, vis-à-vis de la Nature, de l’Univers ou du Cosmos, de la Vie ou de la Mort, du Bonheur ou du Malheur, de la Laideur ou de la Beauté, du Matériel ou du Spirituel. Ceci, pour écarter la vision simpliste (et mercantile) qui veut présenter l’Art contemporain au Maroc comme « naïf » ou simplement d’expression graphique ou calligraphique, tout en sachant que certaines expressions de ces genres sont autant originales. A noter aussi, qu’en quelque décennies (de travail de chevalet ou de sculpture) les artistes Marocains ont pu faire exprimer en différents styles ce qui a demandé (plus ou moins en qualité, non en quantité) des siècles à d’autres artistes dans d’autres régions du monde et à travers l’Histoire  Cependant, l’authenticité de l’expression et de la recherche ou de l’interprétation artistique au Maroc (en peinture, en sculpture, en design, vidéo ou autre) est relevée dans la forme et la lumière d’un réalisme (non orientaliste), ou dans l’expression d’un abstrait (non intellectualisant), ou dans la position du symbole ou de l’objet (non meublant), dans l’esthétique (non exhibitionniste) ou dans la thématique (non simplement académique).
Mais la peinture qui reprend au Maroc l’entendement et la tradition picturale d’autres cultures, exprime aussi un droit légitime, à condition qu’elle réussisse cette reprise au lieu de n’en faire qu’un « ridicule plagiat », ou un « adoucissant » d’aliénation culturelle, ou de confusion entre l’Art et le marketing de la déco (connu en Europe). L’identité du vrai travail d’art au Maroc fait exprimer l’universalité artistique à travers l’authenticité et la diversité d’une chaleur culturelle (et non d’une culture d’ensoleillement). Ici on ne peint pas le contexte mais on l’utilise singulièrement pour faire exprimer le message qu’on « peint » ; on ne propose pas l’exhibition ou la discussion d’un « thème » mais on le prend comme « socle discret » pour une spiritualité méditative. Dans cette expression il y’a le silence expressif d’un langage subtil. Ce genre d’expression et de recherche sérieuse existe au Maroc chez beaucoup d’artistes (connus ou pas connus), même si ce n’est pas courant sur l’avant-scène, et c’est ici que réside la recherche picturale, d’autant plus qu’elle exprime aussi un grand soucis de recherche humaine et d’épanouissement spirituel. Ceci n’a rien à voir avec la tendance (bien courante aussi) qui consiste à « décider » d’être « artiste » ou « critique d’art » simplement après un bon petit déjeuner, dans un beau matin !

« Abolir »
la complaisance

Car, L’inspiration artistique, ce n’est pas une question de tempérament personnel ou d’état d’âme passager ou de conditions matérielles ; c’est une dimension de perception à laquelle on arrive -ou on arrive pas- quand on engage l’effort de transcender la vision quotidienne ou intellectuelle, pour passer à un autre langage d’expression en art (dessin ou peinture, sculpture, ou design,..) ; le reste serait le produit de circonstance d’humeur exceptionnelle, qui se ferait répéter de différentes manières techniques (le plagia, des autres ou de soi-même..), ou alors c’est « un faux semblant » fabriqué avec préméditation pour être lancé dans le marché ( et on dirait que ça réussit pas mal de fois !..). Ceci, parce que dans la réelle dimension de l’inspiration (et de l’originalité de sa trace), on engage singulièrement l’effort de maîtrise à chaque fois pour exprimer ce qui sensibilise, ou ce qui touche l’univers global de l’imaginaire. De grands artistes Marocains ont bel et bien fait exprimer la profondeur à ce niveau (et qui sont célèbres au niveau mondial), tel que Benyessef, Habbouli, Belkahia, Rabie, Fatima Hassan,.. ou de regrettés tels que Kacimi, Lakhdar, Saladi, ou encore des critiques et chercheurs en esthétique, comme le défunt Khatibi, Amran Elmaleh, Laaroussi, Achefri, Cheikh, Adib Slaoui, Amirouch et d’autres. Tout en sachant qu’il y’a aussi au Maroc d’autres qui sont morts à l’ombre, en laissant seulement des traces qu’on reconnaîtra un jour peut-être. Et dans tout cela, l’originalité serait alors la formulation d’une expression distinguée (ne reformulant pas d’autres expressions), tout comme elle serait une chanson non chantée déjà et qui sortirait d’un rêve non revu.
Apres ces quelques décennies de pratique continue et diversifiée, les arts plastiques au Maroc commencent à affirmer à travers certains travaux et tendances une certaine identité d’expression picturale contemporaine, bien considérée à l’échelle internationale. Cependant, c’est le développement de la critique d’art (et « l’abolition » de la complaisance) qui permettra plus un jour de remettre chaque chose et chaque niveau à sa place : Présenter ou étudier le travail d’un artiste ayant un authentique parcours, ne se confond pas avec la formule de présentation et d’encouragement d’un autre qui cherche -à peine- sa voie. La même lucidité de considération s’appliquerait à des galeries (ou de galeristes), pour nuancer entre travail professionnel (avec ses intérêts mérités) et « marketing d’esprit mercantile », ne distinguant pas la spécificité du produit d’art, ni l’identité spécifiée de l’authentique artiste, qui ne passerait pas nécessairement par des liens de familles (ou de lobbys !). Et puisque les mentalités du féodalisme n’initient pas leur propre changement, il serait bien utile que la « culture de la démocratie » soit appliquée et expliquée -particulièrement- dans le domaine de l’art. Cela aurait aussi un bon accompagnement si les penseurs, les philosophes et les écrivains journalistes au Maroc se mêlent plus (en toute responsabilité) de ce que nous prétendons présenter comme « Art », pour voir s’il en est ainsi, pour ne pas laisser ceci aux jugements des « actionnaires » ou spéculateurs entre eux.
Une nouvelle gestion
de la Culture

C’est bien aussi si la nouvelle gestion du Ministère de la Culture permet d’élever la réflexion sur les arts plastiques au Maroc, ainsi que sur les moyens à mettre à la disposition de leur épanouissement et le soutien des jeunes artistes (pour maintenant et pour l’avenir), et c’est bien aussi si le privé au Maroc appuie l’art et la culture si on veut retraduire la « Trace » de notre « acte civilisationnel », au lieu d’enfoncer continuellement dans la consommation de la bouffe, du béton armé et des voitures de luxe !. Et suite à la tenue (et réussite) d’une foire internationale de l’art -récemment à Casablanca-, pourquoi ne pas initier aussi des foires régionales, ainsi que des ventes aux enchères (à la même échelle), pour la proximité de la découverte et de l’appui, et pour généraliser cette culture d’appréciation, si ce n’est pas de placement dans les œuvres artistiques. En fin, d’une manière spéciale, comment stimuler les conduites générales pour faire de la consommation d’une œuvre d’art, un penchant quotidien (ou ne serait-ce qu’annuel !..), traduisant une considération de « la création » et appuyant réellement l’intégration du « produit culturel » -peint ou écrit- dans la dynamique économique globale  Comment alors changer une atmosphère situationnelle dans laquelle un grand -ou moyen- cadre (ou commerçant) n’achète pas une œuvre une seule fois par an, ou celle dans laquelle on relève qu’un « investisseur » Marocain (particulièrement dans le tourisme) ouvre une résidence hôtelière qui lui coûte pas moins de cinq millions de dirhams, sans réserver -ne serait-ce que- vingt milles dirhams pour des oeuvres d’artistes locaux, à mettre dans cet espace où il prétend accueillir « avec culture », et colle aux murs des « aquarelles de bazars copiées à cinquante dirhams »  !.. Et en fin, comment mettre en valeur (dans l’esprit du citoyen en général) la vraie importance d’une vraie galerie d’art, ou d’un espace d’exposition artistique 
Néanmoins (et au milieu de tout cela), il faut reconnaître les efforts de certaines institutions, ou de particuliers ou d’associations -et de ceux qui les soutiennent- pour faire valoriser effectivement la question culturelle et artistique ; tout comme il faut reconnaître aussi ce que cela demande réellement aux décideurs politiques et aux Communes (dans cette nouvelle ère de régionalisation !..) pour faire repasser en revue le degré -réel- de considération du culturel et des moyens qu’il faut mettre à la disposition de cela. Mais aussi -sociologiquement parlant-, il faut rappeler que l’opportunisme qui affecte certains milieux politiques (ou parfois simplement et purement commerciaux !..), doit être sérieusement contourné, à cause du « virus féodal » qu’ils portent constamment et qui menace continuellement le travail commun de développement socioculturel et artistique -aspiré- au Maroc, pour une bonne affirmation participative à l’échange international.
Boujemaa Lakhdar
Abbas Saladi

25/2/2010
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 Les médias et les biens culturels
La culture des cultivés

Par Ahmed Idrissi (chercheur universitaire)

La question cruciale que se pose Remy Rieffel : « La mondialisation de la culture à laquelle nous assistons conduit-elle cependant à l’uniformisation   » (voir p71 de « Sociologie des médias ». Ce qui nous pousse à nous demander si nous « consommons » les biens culturels (films, livres, disques, journaux...) d’une manière identique. Rieffel s’interroge alors que la possibilité des médias à contribuer à la médiocrité de ces biens, mais il ne tranche pas la réponse. Pour lui le consommateur a la possibilité de choisir. Il peut donc opter entre différents produits.
A cet égard, Edgar Morin, dans son livre « L’Esprit du temps », paru en 1962, fait la distinction entre « la culture des cultivés » et « la culture des masses ». La première est celle qui valorise et fait l’éloge des grands maîtres de la création littéraire et artistique tels Picasso, Stravinski, Joyce... C’est une culture d’initiés, qui incite à éterniser les chefs-d’œuvres qui ont marqué l’humanité et qui resteront éternelles. Cette culture refute celle diffusée par les médias, qu’elle considère comme « un nouvel opium du peuple.
Au contraire, « la culture des masses «  est plutôt terre à terre car elle insiste sur la quantité au détriment de la qualité, la production en série plutôt que la création originale et pure, elle privilégie le côté matérialiste à la spiritualité à l’esthétique profondes. Cette culture s’appuie sur le spectacle. On remarque le même phénomène dans le domaine de la politique. Donc, « c’est une culture sans racines, sans rites ». Elle cherche ses thèmes dans la vie privée des stars du cinéma et du sport. Cependant Edgar Morin remarque que les jeunes la préfèrent au détriment de la culture des cultivés », qu’ils contestent puisqu’ils la trouvent sans fondements !
De son côté, le philosophe allemand Herbert Marcuse dans son livre « L’homme unidimensionnel » (1964) dénonce toute forme de société de consommation et rejette la culture matérialiste ou celles des masses qu’il oppose à la culture supérieure, qui appartient, selon lui, à l’Occident. Cette culture qui transcende le Réel et plonge le récepteur dans un univers féerique, ce qui lui procure un bonheur infini. Il illustre ses idées en donnant comme exemples le célèbre roman de Flaubert, à savoir, « Madame Bovary » et la non moins célèbre poésie de Charles Baudelaire. Par contre, pour lui, « la culture des masses » appauvrit l’âme, efface la saveur et l’originalité de toute œuvre et lui fait perdre « toute forme  de sublimation ». Cette culture procure une jouissance vulgaire » et un plaisir médiocre. « Les moyens de consommation de masse, une fois de plus, sont incriminés, ils sont les vecteurs dominants de cette culture offerte à la consommation du plus grand nombre selon les normes industrielles de la reproduction en série ».
Dans les années 80 on a remplacé la culture des masses par celle du déclin et de la décadence. Ce qui a conduit à l’amalgame du grain et de l’ivraie, on ne distingue plus une bande dessinée d’un bon match de football d’un ballet, un couturier d’une toile de Picasso.
L’industrie est en train de détruire les œuvres de grande valeur. La télévision reste le moyen le plus puissant qui participe à cette destruction. C’est pourquoi des intellectuels, dont Regis Debray, appellent à la réhabilitation de la culture de l’écrit (du livre) car les médias ne peuvent que diffuser une culture lacunaire.
A ce propos il faudrait revoir le livre de Debray intitulé « Cours de médiologie générale » paru en 1991. De toutes les manières la culture médiatique est partout présente, elle est propagée par le cinéma, la télévision, la radio... C’est une culture mosaïque car nous la recevons continuellement par bribes. C’est pourquoi elle reste superficielle et le consommateur est appelé à l’approfondir par le biais de lecture des réformes et d’ouvrages de base, qui eux, traitent avec sérieux les thèmes diffusés par les nouvelles technologies. Ainsi , le livre en papier, à notre sens, est immortel et a devant lui des décennies et des décennies à vivre. Il restera incontournable.
Ce qui nous a ébahi vraiment c’est cette affirmation à la page 76 de « Sociologie des médias » à savoir que la culture audiovisuelle occupe une place plus importante que « celle du travail dans l’emploi du temps des personnes ayant un emploi » (p76).
A ce propos nous revoyons le lecteur à l’ouvrage d’Olivier Donnat intitulé «Les pratiques culturelles des Français » paru en 1997.
C’est pourquoi Rieffel observe que désormais, les frontières s’amenuisent entre la culture et les loisirs. On peut dire qu’ils se sont mélangés et que le monde de l’art et celui du divertissement se sont confondus.

25/2/2010
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Les écrits de Bouchaïb Bouaziz sous la loupe

Par le prof. Mohamed Chahlaoui

Par ce froid d’hier, B. Bouaziz vient de mettre des bûches dans les cheminées afin de rechauffer le zèle des lecteurs par ce vide intellectuel gelant les âmes de la ville. Le détenant de la boutique du coin du quartier me fit signe avec un sourire malicieux. Tout d’abord, j’ai cru qu’il avait touché un gros lot et vint m’annoncer la bonne nouvelle.
Il tira un petit bouquin des rayons du kiosque et me le mit dans les mains. Etonné, je lui fis savoir que j’étais à la retraite et que seulement les quotidiens de la presse m’intéressaient. Avec un air plein de fierté, il me confia qu’on lui a appris que son kiosque a connu une célébrité grâce au nouveau roman de B. Douib alias B. Bouaziz. Je lui coupais la parole et lui fis savoir que je venais de rentrer de voyage.
Le marchand savait que je m’intéressais tout particulièrement à la littérature maghrébine d’expression française et en particulier tout ce qui a rapport avec la région et la culture. Evidemment, je me procurai le roman lequel me fut réservé avec un grand merci et reconnaissance.
La lecture dudit roman m’a casé pour une semaine à la maison. Bouchaïb Douib est pour moi un ami d’enfance et un de mes proches voisins du quartier, je détiens donc les bouts de ficelle de l’écrit. Dans sa préface, l’auteur déclara : « Mirage, est en quelque sorte une plainte agonisante de tout vieillard qui n’a pas eu le droit d’être enfant ». Le roman ne pourrait être qu’une rétrospective d’une existence perturbée par les aléas du destin. L’auteur conçut le monde par les yeux de Brin de paille selon les différentes étapes de son évolution. Ce fut en quelque sorte une genèse vue par un psychologue.
10 étapes, 10 histoires, 10 facettes et on se retrouvait avec 10 chapitres le long desquels « Brin de paille » allait prendre le bâton de pèlerin pour secouer la conscience des générations. Orphelin de père, il allait subir les plus vils sévices et dire à la fin à la manière des grands qu’il était toujours debout malgré les couteaux qui ont déchiré sa chaire et tout cela grâce à la bonté divine et la protection de la mère ne disposant que de son souffle de bénédiction.
Brin de paille déteste de Bison que fut le mari de sa mère. Celle-ci, à son tour, fut victime de la décision du patriarche qui n’a pas hésité à livrer sa fille à un bourreau que fut le Bison, alors qu’elle ne manquait de rien et ne désirait que la protection de son fils.
En fin de compte le Bison a toujours été la cause de plusieurs malheurs et de la famille de Brin de paille et des gens avoisinants l’atelier et des clients non-satisfait.
Il a été puni avant terme car il allait perdre une jambe dans un accident de circulation par excès de vitesse en roulant sur un gros cylindré. Brin de paille croyait bien que la fatalité s’est exécutée pour punir l’oppresseur.
Sur le plan stylistique, l’écrit de B . Douib à l’instar de « Mirages » est un amalgame de résidus heureux de circonstance pour former un chef-d’œuvre. Mots, phrases simples, sens direct frappant et le message passe facilement sans aucune complication. Ainsi, nous pouvons affirmer que l’auteur est pressé de faire passer le message de communiquer de vider son cœur.
Plusieurs facettes rebondissent le long du récit.. L’auteur fait preuve de bitextualité et du récit et de la description à la manière d’un peintre sage et fou et de quelle manière ! Le récit garde son enchaînement chronologique du début jusqu’à la fin. Les 10 parties du roman ont un seul fil conducteur commun les reliant pour en faire une seule partie. Tous les faits pivotent autour de Brin de paille pour faire de lui un autre Gavroche. Il s’agit là bien sûr d’un mazaganais.
Bouchaïb Douib nous donne l’occasion de revivre l’aube de l’indépendance. Son œuvre dévoile les souffrances et démystifie les démons de l’injustice à savoir les souillons, les fagotés, les dépravés… et les pervers.
Ces énergumènes n’ont fait que rendre la vie d’autrui plus pénible et plus misérable sans pitié.
L’auteur a fait jaillir le marbre à coups de marteau pour réveiller les démons de la plume.
Les retraités sont invités à nous faire part de leurs expériences personnelles…, tout simplement par un écrit, une œuvre et à chacun selon ses moyens par respects à la mémoire collective.

25/2/2010
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Jbile revisite la mémoire des monnaies

Abdellah CHEIKH (Crique d’art)

Jbile El Yazid, peintre de la monnaie, expose ses œuvres récentes au club du Groupe Banque Populaire àCasablanca. Un évènement pictural qui « revisite la mémoire des monnaies marocaines », en révélant d’une manière plus crue la lumière, les couleurs et les matières insolites : ce que le langage conventionnel ne dit pas...
On connaît Jbile et son obstination à saisir les formes en relief. Il a peint tant de toile afin que son art puisse conduire le regardant au cœur de son passé, au cœur de ces éléments constituant la véritable culture populaire et savante. Les énergies de la toile- corps, les traces et les effets, les intrigues et les mystères qui les alimentent. Jbile a choisi la plus moderne des techniques picturales, l’approche matiériste à l’état brut.
L’artiste interprète à sa manière les vieilles pièces de monnaie marocaine, en exploitant un langage plastique brut et matiériste : relief, opacité, texture recherchée, lumière abondante, alchimie chromatique, touches tactiles, arrière-fond pour mettre en avant le motif graphique de la monnaie, la mise en abîme de la rondeur relative à la forme circulaire, le rythme visuel qui transcende la platitude de la toile dont le support nous fait penser à la peau voire au parchemin, aspect doré faisant allusion au passé glorifiant.
Le travail de Jbile ne s’élabore pas à partir d’une forme précise, mais à partir de signes graphiques. Il se laisse aller au gré de la propre logique de la peinture connotative et sa faculté imaginative. Lorsqu’il engage son travail, il n’a pas de procédés préétablis. Il se laisse surprendre par sa pratique et les surprises qu’il provoque. Le signe en relief est un format qu’il affectionne particulièrement. L’inspiration des signes monétaires reflète une époque, un lieu historique et illustre si bien un devoir de mémoire collective. Il se fait miroir pour capter les reflets de notre ère.
Les traces qui habitent ses œuvres renvoient tel un miroir aux images reconnaissables et mémorisables de l’artiste, passionné par la recherche à travers ses propres racines, qui révèle aussi un côté migrateur, empreint d’une mystérieuse alchimie de l’imaginaire, c’est comme un appel de mémoire. Il y a tant de recherche à travers des symboles, des signes où le contraste des couleurs reste dominant et soulignant la portée symbolique des traces en question.
Les pinceaux de Jbile rendent avec un égal extase , non seulement les effets de la matière mixte mais aussi la sérénité des couleurs dégradées où l’éclat et la richesse des lumières, témoignent d’une technique magistrale sur le formidable pouvoir des couleurs.
On sent aussi le métissage de ces œuvres si originales les unes que les autres, une rhétorique qui délivre les clés pour une meilleure assimilation de certains tracés graphiques , illustrés des signes monétaires , c’est l’accès à la pratique créative de l’artiste qui nous invite à contribuer à la diffusion d’un savoir technique rare et si précieusement élaboré par un travail acharné et obstiné même dans l’inachèvement….C’est une sorte d’exposé historique et éloquent destiné à cerner la spécificité de l’art monétaire, qui réuni aussi bien le graphisme, le référent historique que le fond esthétique qui met en toile la matière la plus approfondie de toutes les œuvres de Jbile dont le langage iconique évoque mystères, nostalgies et espoirs, aussi bien que les circonstances exceptionnelles qui ont forgé le destin de l’artiste.

25/2/2010
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