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        Economie
 Convertibilité du Dirham, les clefs pour mieux comprendre
Risque d’inflation, de fuites de capitaux et d’aggravation du chômage

Propos recueillis par Nadia NACIRI

Le dirham marocain est la monnaie officielle du Maroc depuis 1958, date à laquelle il a remplacé le franc marocain (dont la valeur était fixée par rapport au franc français). Le dirham a été l’unité monétaire principale du Maroc, jusqu’en 1912. Le traité de Fès du 30 mars 1912, dans son article premier, ouvre l’opportunité du protectorat de changer la devise marocaine, pour l’adapter à ses besoins, on parle des : « …réformes administratives, judiciaires, scolaires, économiques, financières et militaires … ».
Le professeur Aziz Lahlou, ancien maître-assistant à l’Université de Paris I – Panthéon-Sorbonne, docteur d’Etat en analyse économique de cette même université, annonce la couleur.
Son analyse de la convertibilité du dirham est celle d’un universitaire engagé et celle d’un pédagogue.

L’Opinion : Il y a une remise en question des valeurs économiques dans votre livre « Faits et problèmes économiques ». Qu’est-ce que cela signifie en matière d’analyse économique, pour ce qui concerne la convertibilité du dirham 
Pr Aziza Lahlou : Du point de vue de la gestion quotidienne, la seule question qui compte est de savoir si les Marocains, nos compatriotes, paieront les dégâts causés par ceux qui décideront pour eux. Les B.A – BA, les premiers rudiments de l’économie monétaire, exige de nous une balance commerciale excédentaire, et une réserve importante en devises, ceci n’est pas notre cas, au niveau de la balance commerciale déficitaire depuis 1975.
Personnellement, je n’ai rien contre la convertibilité partielle ou totale du dirham, et je ne suis prisonnier d’aucune orthodoxie économique, seuls les intérêts de mon pays comptent en premier lieu. Nous avons en face de nous un tableau économique qui va nous faire plonger dans le vide, avec un risque d’inflation, et encore plus de chômage (10% aujourd'hui) et des fuites de capitaux, vers Sebta, Mellilia et Gibraltar (des paradis fiscaux préférés des Marocains, pour cause de proximité géographique).
Pour rappel, le dirham fut indexé à 80% sur l’euro et 20% sur le dollar. Mais, depuis le 13 avril 2015, le dirham est indexé par rapport à un panier de monnaies, basé à 40% sur le dollar et à 60% sur l’euro, ceci est, bien entendu, en fonction des importations et des exportations du pays.

L’Opinion : Pouvez-vous donner un exemple pratique de l’importance et des enjeux de la stratégie d’une convertibilité de notre monnaie nationale 
Pr Aziz Lahlou : Depuis plusieurs années, nous avons eu beaucoup de mal, nous les Marocains, à payer nos factures et nos importations de nos produits alimentaires et de matières premières et également à payer les intérêts de notre dette extérieure. D’autant plus que le coût élevé de nos produits manufacturés, la médiocrité de leur qualité et la longueur de leurs délais de livraison les mettaient dans une position très défavorable face à la concurrence étrangère, notamment espagnole. Avant que la baisse du dirham des dernières années ait pu porter ses fruits en stimulant les exportations, elle avait fait monter les prix des produits importés et aggravé le coût de la vie.
Notre pays contracta de gros emprunts auprès du Fonds Monétaire International et des autres institutions financières étrangères. Pour satisfaire aux conditions de ces institutions monétaires, le Maroc dut alors procéder à des réductions sévères de son programme de dépenses publiques. Le freinage de la profession des salaires et des prix fut l’amorce du redressement. Les exportations équilibrèrent petit à petit les importations. Des portefeuilles des devises étrangères s’accumulèrent à Bank Al- Mahgrib et il devient possible de rembourser des emprunts. Vous le savez bien, une chose est sûre, c’est que le FMI n’offre pas de traitement permanent contre l’instabilité du marché des changes. Il faut en chercher le remède dans la maîtrise de l’inflation des principaux partenaires du Maroc. La dette publique représente aujourd’hui près de 80% du P.I.B., soit à peu près 80 milliards de dollars pour un P.I.B. qui est de près de 121 milliards de dollars. Nous exportons pour près de 220 milliards de dollars, et nous importons pour près de 400 milliards de dollars.

L’Opinion : Le Maroc suit sa propre voie pour sortir de la crise. Mais tant que des disparités subsisteront entre nous et nos partenaires économiques, peut-on, d’après votre analyse, espérer une amélioration de la situation 
Pr Aziz Lahlou : Oui et non, car l’instabilité des changes persistera. Le cours de l’euro, c’est-à-dire la monnaie de notre premier partenaire – l’Europe – à faible taux d’inflation continuera à monter. Et le dirham, harcelé par l’inflation, ou la mise en œuvre de la politique d’ensemble des revenus et des prix, rencontrera plus d’obstacles et assistera, vis-à-vis de l’euro, impuissant au dérapage de sa valeur.
Oui, sans aucun doute, le Maghreb se porterait beaucoup mieux, si notre région, forte et véritablement unie, était capable de mettre au point et d’appliquer une politique efficace commune en matière de prix et d’emploi. Il est toujours préférable d’avoir le contre-poids d’un autre pôle d’influence. Nous sommes lucides, ici, pour aujourd’hui, c’est l’Europe, notre assurance-vie, notre meilleur allié, n’est-ce pas  Près de 3 millions de Marocains vivent en Europe, ils aiment leur pays d’origine et le font savoir par leurs transferts d’argent et leurs investissements au Maroc. Les transferts des Marocains résidant à l’étranger ont atteint près de 5 milliards de dollars, dont 2 milliards en provenance de France.

L’Opinion : En attendant, il y a un degré minimal de coopération indispensable 
Pr Aziz Lahlou : Pour le moment, nous sommes dans un « wait and see ! ». Malgré les bonnes intentions, le Maghreb est loin d’avoir réalisé son unité. L’unité implique, pour moi, une politique fiscale et monétaire commune et des mesures de contrôle identiques sur les prix, les salaires et les revenus.
C’est seulement une fois que toutes ces conditions seront réunies qu’il sera possible de créer une monnaie maghrébine. Mais, nous en sommes encore très loin ! En matière monétaire, il faut être très prudent. L’Egypte, en novembre dernier, sa « livre » a connu une dévaluation de 60% en quelques jours, pour un passage au régime de change flottant, c’est de l’irresponsabilité vis-à-vis du peuple égyptien. Avec un P.I.B. de 806 milliards de dollars, la Turquie est la première puissance économique du Moyen-Orient, devant l’Iran et l’Arabie Saoudite, 15ème puissance économique mondiale, la « livre » turque est au plus bas face au dollar et à l’euro, et valeur d’aujourd’hui, elle continue son plongeon, et ceci pour les mêmes raisons que l’Egypte.

L’Opinion : Les prix imposés par l’Europe ne constituent-ils pas une source d’instabilité permanente pour le dirham 
Pr Aziz Lahlou : Oui, mais la prééminence de l’Europe ne doit pas donner au Maroc un alibi pour baisser les bras. Je m’explique : par exemple, la politique d’ensemble des revenus et des prix serait plus aisément réalisable si tous les pays du Maghreb comprenaient son enjeu et humanisaient leurs efforts pour en appliquer les dispositions. Ainsi, chacun de nous pourrait mieux se protéger des effets des mouvements de prix en dehors de ses frontières.

L’Opinion : Aurions-nous pu nous prémunir contre cette situation 
Pr Aziz Lahlou : Bien sûr, une situation fâcheuse mais pas désespérée. On parlera d’extension de délai, de report, de refinancement, de moratoire, etc. Et l’esprit d’entreprendre, chez nous, démontrera de nouveau sa merveilleuse souplesse. C’est une précaution élémentaire, si nous voulons sauvegarder notre indépendance économique et être prêts à affronter les défis du troisième millénaire pour l’ensemble des peuples de la région…Mais, entendons-nous bien, rien ne se fera au détriment de notre intégrité territoriale, cette question, pour nous et pour tous les Marocains, est une question de vie ou de mort ! Un point, c’es tout !


Propos recueillis par Nadia NACIRI

10/1/2018
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Le dirham perd du terrain face à l’euro

Les réserves internationales nettes ont enregistré, au 29 décembre 2017, une hausse de 0,7% pour s’établir à 240,9 milliards de dirhams. C’est ce qu’affirme Bank Al-Maghrib dans une note d’information, ajoutant qu’en glissement annuel, leur baisse s’est atténuée à 3,3%.
Sur le marché de change, BAM souligne que le dirham s’est déprécié, durant la semaine allant du 28 décembre au 3 janvier 2018, de 0,13% par rapport à l’euro et s’est apprécié de 0,21% vis-à-vis du dollar.
Autre fait marquant de la semaine : Bank Al-Maghrib (BAM) a injecté sur le marché monétaire
un montant de 39milliards de dirhams sous forme d’avances à 7 jours sur appel d’offres. Tenant compte d’un montant de 3,2milliards de dirhams accordé dans le cadre du programme de soutien au financement de la TPME (Très Petites et Moyennes Entreprises), le montant total des interventions ressort à 42,2 milliards de dirhams.
Durant cette période, le taux interbancaire s’est situé ainsi à 2,30% et le volume des échanges est revenu de 6,5 milliards de dirhams à 5,8 milliards.
Dans ce registre, BAM fait rappeler, que les taux de rémunération des dépôts n’ont pas connu, en octobre 2017, de variation significative s’établissant à2,74% pour les dépôts à 6 mois et à 3,11% pour ceux à 1 an.
Pour ce qui est du taux minimum de la rémunération des comptes sur carnet, il a été fixé pour le deuxième semestre de l’année 2017 à 1,86%, en augmentation de 5points de base par rapport au semestre précédent.
S’agissant des taux débiteurs, le taux moyen pondéré global a augmenté de 34 points de base au troisième trimestre 2017 pour s’établir à 5,60%, reflétant des hausses de 46 points du taux des facilités de trésorerie à 5,69%et de 25 points de celui des prêts à l’équipement à 5,14%.
En revanche, les taux ont diminué de 16 points de base à 5,09% pour les crédits immobiliers et de 7 points à 6,60% pour les crédits à la consommation.
Les données de la banque centrale font ressortir, en outre, que le Trésor, lors de l’adjudication du 2 janvier 2018, a retenu 1,9 milliard de dirhams sur un montant proposé de 3,2 milliards.
Les souscriptions ont porté sur des bons à 52 semaines au taux de 2,40% et à 2 ans au taux de 2,57%. En l’absence de remboursements, durant la période allant du 4 au 10 janvier 2018, l’encours des bons du Trésor devrait s’élever à 524,4 milliards au 10 janvier 2018 en hausse de 0,46% par rapport à fin 2017.
Autre fait marquant de la période en question : appréciation de l’indice boursier MASI de 1,6%. Sa performance annuelle s’est établie ainsi à 1%. Selon Bank Al-Maghrib, l’évolution hebdomadaire de l’indice de référence reflète essentiellement les appréciations des indices sectoriels des « télécommunications » de 1,5%, des « bâtiments et matériaux de construction » de 2,6% et de l’« immobilier » de 8,2%.
Pour ce qui est du volume des échanges, il s’est établi à 2 milliards de dirhams contre 5,8 milliards une semaine auparavant. Sur le marché central, le montant quotidien moyen des échanges s’est établi à 311,4 millions après 382,5 millions la semaine dernière et les opérations de blocs ont totalisé 775,1 millions contre un montant de 3,7milliards de dirhams.
A.CHANNAJE

9/1/2018
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 Le Bitcoin
L’eldorado numérique ou la grande illusion

Le Bitcoin, la crypto monnaie, le Blockchain, des mots en vogue qui reviennent souvent face à l’ascension fulgurante des monnaies virtuelles. Méconnus du grand public il y a trois ans, les rouages du Bitcoin défraient aujourd’hui la chronique et ne cessent de susciter l'intérêt d'internautes, d'entreprises du monde entier, tout comme les inquiétudes de nombreuses autorités financières. 
Pour les adeptes des monnaies virtuelles, cet "or numérique" que représente le Bitcoin fait des émules et annonce un monde de demain, tandis que pour les plus sceptiques, ses bons erratiques font craindre une bulle spéculative au sein des milieux financiers. 
Créé en 2009 par plusieurs informaticiens dissimulés derrière le pseudonyme de Satashi Nakamoto, le Bitcoin se présente comme une monnaie numérique, privée et décentralisée. Il est le fruit d’une innovation qui implique deux domaines modernes d’activités, la finance et les nouvelles technologies de l’information et de la communication. 
Cette crypto monnaie circule dans des réseaux informatiques de pair à pair qui fonctionnent en réseau "Blockchain", un registre de données décentralisé partagé entre des milliers de machines dans le monde, a expliqué Mohammed Akaaboune, professeur d'économie monétaire à l’université Mohammed V de Rabat. 
"Il s’agit donc d’un système autonome, qui ne passe pas par le système bancaire pour traiter les transactions et qui n’a pas besoin d’une banque centrale pour son émission", a-t-il fait savoir. 
Pour cet universitaire, l’absence d’une instance responsable de l’émission des Bitcoins et d’un cadre officiel et légal fait que l’indispensable degré de confiance que requiert toute monnaie soit faible voire fragile pour la monnaie cryptographique.
Sur ce point, l’expert rejoint parfaitement la position de Bank Al Maghrib qui a mis en garde contre les risques inhérents au Bitcoin et à la forte volatilité de son cours de change. En effet, en une année, le cours de cette monnaie digitale a été multiplié par 20 passant de 1.000 dollars début 2017 à 20.000 dollars à la mi-décembre, avant de subir une forte érosion. 
Risque
Le risque engendré par le Bitcoin émane aussi des interventions d’acteurs non régulés ainsi que de son éventuelle utilisation dans des activités illicites, explique la Banque centrale, qui fait observer que l’absence de sécurité des "coffres-forts" permettant le stockage de la monnaie digitale présente aussi un risque opérationnel pour ses utilisateurs.
Si les transactions en Bitcoins, protégées par la cryptographie, ne peuvent pas être falsifiées, les portefeuilles numériques où ils sont stockés peuvent en revanche être dérobés, mettent en garde les experts.
Les Bitcoins présentent également un risque d’illiquidité, renchérit M. Akaaboune, notant que contrairement aux comptes en banques, en cas de cessation de paiements, l’absence de supervision de la part des autorités financières et de fonds de garantie expose les détenteurs de cette monnaie virtuelle au risque de perte sèche.
Cependant, les partisans du Bitcoin ne partagent pas cet avis et voient en la crypto-monnaie une parade contre la rapacité des banques dans la mesure où ce système permet d'effectuer des transactions dans le monde entier, sans aucun intermédiaire et avec moins de frais.
M. Akaaboune a aussi pointé du doigt le caractère spéculatif du Bitcoin, notant que ses créateurs ont fixé dès le départ sa masse globale à 21 millions chose qui confère à cette monnaie une certaine rareté et partant de la valeur.
Il a en outre fait remarquer que dans un cadre économique où les mouvements de capitaux sont contrôlés, le Bitcoin semble présenter une solution informelle de paiement et une opportunité pour les spéculateurs à la recherche de profit rapide.
Une révolution monétaire qui bouleverse le monde de la finance
Nonobstant, certains États ont décidé de fortement limiter, voire de totalement interdire l’utilisation du Bitcoin. À titre d’illustration, la France, la Chine, la Corée du Sud ainsi que le Maroc mettent en garde contre les risques qu’engendre cette monnaie virtuelle.
En revanche, certains pays comme l’Allemagne et les Etats-Unis ont prôné l’encadrement et la régulation de l’utilisation des monnaies virtuelles. Car si l'émission d'une monnaie virtuelle ne peut pas être régulée, son contrôle peut par contre être renforcé.
Le Venezuela est allé même jusqu’à lancer de façon officielle, légale et réglementée le "Petro", une monnaie virtuelle basée sur les réserves de pétrole du pays, a fait observer M. Akaaboune qui pense que les monnaies cryptographiques portent, notamment pour les pays en voie de développement, l’espoir d’une nouvelle voie pour échapper à la domination des principales devises sur l’économie mondiale. 
Tout compte fait, le développement du Bitcoin n'est pas exempt de risques. Comme toute idée novatrice, elle soulève des interrogations et fait parfois l’objet de critiques virulentes. Pour autant, le Bitcoin demeure incontestablement le précurseur d’une révolution monétaire qui a bouleversé le monde de la finance.
Par Sara Ouzian(MAP)

9/1/2018
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Naissance et permanence de la « culture de l’échec »

  
 
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Par Brahim Makni
 
   
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