Directeur : El Atouabi Majdouline           Redacteur en Chef : Ahmed NAJI
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        Economie
 
BAD : « A défis communs, solutions communes : résoudre la question de l’emploi en Europe et en Afrique du Nord »  
Les politiques régionales suivent trop souvent les ensembles régionaux dans lesquels s’inscrivent leur conceptions, même si ces ensembles existent, sont en crise ou n’existent que sous forme de vœu, tout au plus. Il est rare d’avoir une vision pour des ensembles appartenant à des espaces géographiques différents mais complémentaires et offrant des possibilités pour constituer des ensembles économiques plus intégrés et prospères. C’est dans le cadre de cette vision que se situe l’étude de Département Afrique du Nord (ORNA) de la Banque africaine de développement parue tout récemment sous le titre « A défis communs, solutions communes : résoudre la question de l’emploi en Europe et en Afrique du Nord » (septembre 2016). Cette étude a été réalisée par Driss Charrier-Rachidi et Vincent Castel, respectivement Économiste et Économiste Pays en Chef à l’ORNA. L’orientation générale a été reçue de Jacob Kolster Directeur de ce département.

Par Driss Charrier-Rachidi et Vincent Castel (*)

La région englobant les pays du pourtour Méditerranéen, du Nord au Sud, est confrontée au même grave problème du chômage qui constitue une source majeure d’instabilité sociale et économique. La seule réponse à ce défi commun repose sur une amélioration de la croissance dans la région. Cependant, à l’heure actuelle, celle-ci est limitée par deux facteurs : le manque de développement des chaines de valeur et la faiblesse de l’innovation au sud avec un manque de compétitivité hors-prix, des populations vieillissantes et une compétitivité prix qui décline au nord. Des deux côtés de la Méditerranée
les modèles économiques vont devoir évoluer vers des métiers à plus forte valeur ajoutée. En portant un regard neuf sur l’ensemble Afrique du Nord - Europe du Sud, il est possible d’envisager leurs défis de manière complémentaire. Une population vieillissante incitera à trouver de nouveaux moyens pour renforcer la compétitivité européenne, tandis que l’important dividende démographique au sud nécessitera de générer de nouvelles sources d’emploi en nombre et en qualité. C’est dans ce contexte que les opportunités offertes pour la création de valeur à travers les chaines de valeur et leur meilleure intégration offre aujourd’hui des perspectives positives pour répondre aux problèmes nationaux des deux rives.
Ces chaines ont commencé à se créer sur la base d’un environnement propice à la coopération, des avancées en matière d’infrastructures et une ouverture économique progressive au sud qui a permis la constitution d’importants stocks d’investissement. Cette ouverture et ces atouts restent toutefois sous-valorisés, malgré des mesures incitatives à l’investissement et l’existence de modèles de réussite qui illustrent les dynamiques possibles.
Pour réussir sa transformation, l’Afrique du Nord a opté pour une ouverture économique et un rattrapage important en matière d’infrastructures, mais la région peut également compter sur des évolutions démographiques caractéristiques de pays émergents, avec des populations jeunes et plus fortement consommatrices. Conscients de ces enjeux, les investisseurs privés et les pouvoirs publics mettent l’accent sur les réformes visant à améliorer le climat des affaires.
Des modèles récents issus des expériences du sud-est asiatique et de l’Allemagne offrent des perspectives positives à l’Afrique du Nord. Ces exemples illustrent en effet comment bâtir avec succès des chaines de valeur avec ses voisins, et quels ingrédients se révèlent indispensables.
Ainsi, pour que cette dynamique se mette en place, il est également évident que des défis restent à résoudre au Sud de la méditerranée, tels que les niveaux de formation, les écarts de développement et le manque d’intégration sous régionale. Au regard d’une génération, il semblerait que les dynamiques à l’oeuvre plaident largement en faveur d’une action résolue sur ces leviers.

27/9/2016
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Tendance haussière du chômage structurel de longue durée en Europe

Les problématiques d’emploi, de croissance et de productivité sont communes à l’Afrique du Nord et à l’Europe même si leur forme diffère. Au sud, l’Afrique du Nord comptera environ 200 millions d’habitants en 2030 (l’équivalent du Brésil aujourd’hui, 7ième économie mondiale) mais pour accéder au statut de pays émergents, la zone doit élever son niveau de croissance, améliorer la création d’emplois, et réussir à intégrer les cohortes de jeunes qui arriveront sur le marché de l’emploi.


Au Nord, le risque d’une croissance atone pèse sur l’Europe, notamment pour faire face au chômage structurel et rester compétitif face à la concurrence accrue des autres blocs émergents.
Les inégalités de revenus croissants entre nord et sud contribuent également à provoquer des flux migratoires que l’Europe seule ne peut gérer en bloquant physiquement l’entrée sur son territoire. Il n’existe pas d’alternative au développement de la rive sud de la Méditerranée, et cet objectif représente aujourd’hui un défi historique. A bien des égards, le développement des deux rives de la Méditerranée va de pair car les défis communs de la région cachent également des opportunités communes en vue de répondre aux objectifs de développement de la rive sud tout en proposant des solutions aux problématiques économiques et sociales de la rive nord.
Il est paradoxal de constater que l’Afrique du Nord (Mauritanie, Maroc, Algérie, Tunisie, Libye, Egypte) est la région du monde la moins intégrée et en même temps la plus dépendante de l’Europe, premier ensemble économique mondial, avec des écarts de niveau de vie croissant et une ouverture économique sous-valorisée.
Devant ce constat, le fait d›améliorer la compétitivité globale en Méditerranée et de renforcer les chaines de valeurs nord-sud permettrait de dynamiser la croissance dans les deux zones et de contribuer à résoudre en grande partie les problématiques de productivité, de croissance et d’emploi dans les deux ensembles. En effet, l’analyse des faits montre qu’à l’heure actuelle, le potentiel existant et les opportunités ouvertes par les nouvelles réformes en Afrique du Nord devraient être largement plus valorisé pour bénéficier des avantages comparatifs croisés.
Dans ce cadre, le développement des chaines de valeur entre l’Europe et l’Afrique du Nord en est encore aux prémices. L’Europe doit valoriser plus amplement sa proximité géographique avec l’Afrique du Nord pour bâtir et développer des réseaux de fournisseurs d’intrants de qualité, comme cela a pu être possible entre l’Allemagne et les pays d’Europe centrale et orientale, ou entre le Japon et les Dragons asiatiques, avec les résultats très positifs que l’on connait.
L’amélioration des conditions de sécurité représente à bien des égards un aspect incontournable. Le climat sécuritaire influence les décisions d’investissement à moyen et long terme.
De ce fait, l’amélioration des conditions politiques à même de garantir la stabilité en Afrique du Nord figure en trame de fond des changements et des dynamiques économiques à l’œuvre dans la région.
A terme, le renforcement de la compétitivité dans les deux zones à travers des efforts communs permettrait à l’Europe de maintenir son potentiel technologique tout en faisant de l’Afrique du Nord une zone clé entre le premier bloc économique mondial et le prochain pôle de croissance économique mondial : l’Afrique. Ceci contribuerait d’autant plus à positionner la Méditerranée comme la future zone pivot des échanges mondiaux.

Défis et opportunités
communes en méditerranée

La situation de l’emploi en Europe et en Afrique du Nord présente des traits communs, à savoir un chômage des jeunes très élevé et des structures du marché du travail à double vitesse.
L’Afrique du Nord et l’Europe sont confrontés au problème du chômage des jeunes (de moins de 25 ans) dans les
mêmes proportions, avec des niveaux deux à trois fois supérieurs à la moyenne. Alors qu’au niveau mondial
le taux de chômage moyen des jeunes atteignait 13 % en 2013, celui-ci est particulièrement élevé en Europe : Espagne (53 %), Italie (43 %) et France (24 %). L’Allemagne fait figure d’exception en la matière. En Afrique du Nord, ce fléau touche particulièrement l’Egypte (48 %), la Tunisie (31 %), l’Algérie (30 %) et le Maroc (18 %). La situation de ces pays est toutefois plus préoccupante que ne l’indiquent ces chiffres puisque selon les estimations, environ cinquante pour cent de la population ne participe pas au marché du travail formel (BAfD,
PEA 2014). Cette exclusion touche particulièrement les jeunes qui sont moins d’un tiers à participer au marché de l’emploi, privant ces économies d’une population généralement plus dynamique, consommatrice et qui pourrait contribuer davantage à la croissance. En Europe, le chômage structurel de longue durée (d’une année ou plus) est nettement reparti à la hausse avec la crise financière mondiale de 2007 et la crise de la dette qui s’en est suivie. Les perspectives actuelles de croissance en Europe ne suffiront pas à résorber cette tendance qui vient d’autant plus peser sur la soutenabilité des dépenses budgétaires, au regard des fortes demandes qui pèsent sur les systèmes de protection sociale et d’assurance chômage en Europe (Commission européenne, 2014). Force est de constater que l’allongement du temps nécessaire pour retrouver un emploi participe aussi à la dépréciation des compétences professionnelles des travailleurs, d’où l’impératif d’éviter la persistance du chômage à long terme (Pissarides, 2010).

27/9/2016
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Passage tardif à la vie d’adulte pour les jeunes et piège du chômage pour les personnes âgées

En Afrique du Nord, la dualité du marché de l’emploi est marquée par une structure à double vitesse et inéquitable entre le secteur formel et informel. L’analyse montre la structure duale des marchés de l’emploi en Afrique du Nord, avec d’un côté les grandes entreprises et les travailleurs du secteur formel protégés (salaire minimum, protection sociale, etc.) et de l’autre les petites entreprises et la population active soit au chômage, sous-employée ou évoluant dans le secteur informel dans de mauvaises conditions (Subrahmanyam, 2014).


Des barrières systémiques, telles que les discriminations et l’inadéquation des systèmes de formation et d’enseignement compliquent davantage le passage de la première catégorie à la seconde (BAfD, 2014).
En Europe, le marché de l’emploi est également marqué par la hausse relative du travail précaire et du sous-emploi. Un risque réel de paupérisation pèse sur les populations vulnérables du fait de revenus insuffisants et du « sous-emploi » (emplois pour des durées négligeables), avec la multiplication des emplois précaires, à temps-partiel et des contrats à durée déterminée. Les jeunes vivent plus difficilement et tardivement leur passage à la vie d’adulte, et les personnes âgées se retrouvent souvent piégées dans une situation de chômage de longue durée avec peu de perspectives de retrouver un emploi stable. En France, l’Insee note que ce type d’emplois précaires risque de devenir une réelle trappe empêchant la transition vers des emplois stables.
Enfin, la spécificité de l’emploi des femmes en Afrique du Nord, dont le taux d’inactivité est proche de 80 % dans la région, mérité d’être noté. Les femmes sont trois fois moins susceptibles de participer au marché de l’emploi formel, et pourtant deux fois plus sujettes au chômage que les hommes (BAfD, 2014). Par conséquent, celles-ci occupent le plus souvent des emplois informels, faiblement protégés et précaires. Avec des taux de chômage d’environ 20 % en moyenne pendant la période 2008- 2012, soit le décile supérieur des taux de chômage à travers le monde, ceux-ci dépassent largement le taux de chômage moyen des femmes dans le monde, situé autour de 6,4 % en 2012.
Par ailleurs, certaines discriminations persistantes peuvent aussi empêcher l’intégration économique des femmes et exiger des politiques de promotion genre adaptées. En effet, parmi les facteurs socio-culturels qui réduisent la participation et l’autonomisation économique des femmes, on peut citer le harcèlement sexuel au travail. Une étude récente (BAfD, 2015) a démontré que l’existence de sanctions pénales pour harcèlement sexuel tendait à augmenter la proportion de femmes dans des PME appartenant à des hommes. En Afrique du Nord, pour l’instant seuls l’Algérie et le Maroc disposent de sanctions pénales en la matière.
L’impact négatif des niveaux élevés de chômage se retrouve tant au niveau des dépenses publiques que sur le dynamisme économique des deux zones. Le sous-emploi (particulièrement des jeunes) et le développement de l’emploi informel, particulièrement en Afrique du Nord, démobilisent une part importante de la main d’oeuvre et diminuent les gains de productivité qui auraient été possibles avec l’accumulation du progrès technique et du savoir. De plus, la nécessité d’intervenir sur le marché du travail en Europe et en Afrique du Nord pour protéger les populations et apaiser les tensions, notamment à la suite du Printemps arabe (Madariaga, 2013), augmente les contraintes sur les budgets des Etats. En Europe, la priorité donnée au redressement des finances publiques pour redresser la croissance n’a pas eu l’effet positif escompté sur le chômage. Au contraire, sa hausse a davantage sollicité les systèmes de protection sociale et d’assurance chômage.
Enfin, l’hystérèse du chômage en Europe (à l’exception de l’Allemagne) serait aussi dû à une inadéquation qualitative persistante entre l’offre et la demande de travail (Commission européenne, 2014). Partant de ce constat, l’une des solutions envisagées pour recréer de l’emploi serait de rétablir l’adéquation des compétences sur le marché du travail et développer la main-d’oeuvre vers les activités porteuses d’innovation et de valeur ajoutée. Dans un contexte de compétition mondiale accrue, l’Europe possède un atout fort grâce à ses modèles sociaux et de formation capables de soutenir ces changements et d’accompagner l’évolution des compétences (Enderlein, Pisani-Ferry, 2014).

27/9/2016
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Maroc : Faible corrélation entre le chômage des jeunes diplômés et la croissance économique due à l’emploi peu qualifié

La situation de l’emploi en Afrique du Nord ne se résoudra pas sans une croissance qui génère suffisamment d’emplois en nombre et de qualité, pour satisfaire une main d’œuvre considérable. A l’heure actuelle, la croissance en Afrique du Nord est insuffisante et son contenu en emploi trop faible pour absorber les nouveaux arrivants sur le marché du travail, en particulier les jeunes diplômés (AfDB, 2014).

La BAD révèle par ailleurs, dans son diagnostic de croissance du Maroc (AfDB, 2015), la faible corrélation entre l’évolution du chômage des jeunes diplômés et la croissance économique. Ce phénomène serait dû à la prédominance de branches qui emploient une main-d’oeuvre peu qualifiée, telles que l’agriculture et le commerce.
La croissance économique est d’autant plus nécessaire qu’elle seule permettra de répondre à l’important dividende démographique en Afrique du Nord.
Aujourd’hui, le défi historique majeur pour la région est d’avoir une croissance qui soit à la fois inclusive et génératrice d’emplois. Le Printemps arabe est venu accélérer la transition vers une phase d’engagement de réformes en ce sens et intégrer les nouveaux arrivants sur le marché de l’emploi vers des emplois plus qualifiés et à plus forte valeur ajoutée.
Malgré des trajectoires différentes, l’Europe souffre à l’inverse d’une natalité insuffisante pour faire face au vieillissement de la population, impactant négativement les perspectives de croissance à long terme, notamment face à la concurrence accrue des blocs émergents d’Asie et d’Amérique latine. Le taux de fécondité européen est en baisse depuis les années (1,55 enfants par enfants dans l’UE) et sous le niveau de remplacement de la population. La France est une exception en la matière (2 enfants par femme), devant l’Italie (1,43), l’Allemagne (1,38), et l’Espagne (1,32).
Ces tendances structurelles réduisent la capacité de répondre aux défis socio-économiques du continent et militent également pour des politiques d’immigration à long terme.
D’autre part, l’UE est l’une des régions au monde qui présente les meilleurs taux d’espérance de vie. D’après les projections à l’horizon 2060, l’UE aura l’un des ratios de dépendance des personnes âgées les plus élevés au monde, derrière le Japon.
Un ralentissement des taux d’activité est donc à prévoir et à compenser, notamment par l’amélioration de la productivité à travers l’innovation et une meilleure valeur ajoutée si l’Europe souhaite maintenir de hauts niveaux de croissance.
Les perspectives de croissance actuelles en Europe sont moroses, avec le risque d’une croissance atone à long terme.
Ce risque de croissance molle à long terme met à mal les perspectives d’emploi et plus particulièrement l’intégration des jeunes dans l’économie. Selon le récent rapport 2015 sur le vieillissement qui présente les projections économiques et budgétaires pour les 28 États membres de l’UE et la Norvège (2013-2060), la croissance annuelle moyenne du PIB dans l’UE serait seulement de 1,4 % pour la période 2013-2060, ce qui est loin d’être propice à la résorption du chômage structurel de long terme.
Sur la rive sud, l’Afrique du Nord devra parvenir à tirer profit des tendances socio-économiques actuelles. En 2013, les six pays d’Afrique du Nord (Libye et Mauritanie inclus) comptaient une population d’environ 175 millions de personnes, soit 14 % de la population du continent, et la région devrait compter environ 200 millions d’habitants dans les prochaines années, soit l’équivalent du Brésil aujourd’hui (7ième économie mondiale).
Toutefois le potentiel offert par ce dividende démographique ne pourra pas se concrétiser sans niveaux de croissance qui permettent d’absorber ces flux.
L’augmentation de la classe moyenne en Afrique du nord créera une importante source de demande dans les prochaines années.
La région devrait continuer à afficher le revenu par habitant le plus élevé du continent et de bonnes perspectives de croissance. Le produit intérieur brut (PIB) de la région est de l’ordre de 695 Mds USD, soit environ le tiers du PIB du continent.
Ces dernières années, la croissance de la région a été fortement soutenue par la consommation, et la consommation privée intérieure provenant d’une classe moyenne plus importante a largement contribué à compenser la baisse de la demande extérieure liée au ralentissement de l’économie mondiale. Pour l’Europe, ces tendances reflètent aussi le potentiel de sa rive sud.

27/9/2016
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Rive Sud : Améliorer la capacité à rapatrier les compétences nécessaires à la montée en gamme des économies

L’Europe et l’Afrique du Nord sont des économies synchronisées reliés par de nombreux canaux de transmission. La forte proximité des deux zones créé de facto une forte synchronisation de leurs économies, au niveau des échanges commerciaux, des investissements directs étrangers, des transferts de fonds des migrants et du tourisme. Toutefois, cette proximité n’a pour l’instant pas été mise au profit d’une réduction des écarts de revenus entre les deux zones.
Les fortes inégalités de revenus entre l’Europe et l’Afrique du Nord continuent de drainer des populations fuyant des zones d’instabilités ou à la recherche de perspectives meilleures.
Toutefois, l’Afrique du Nord serait devenue ces dernières années davantage un lieu de passage des migrants vers l’Europe (notamment la Libye), plutôt qu’un point de départ. Face à des politiques migratoires plus restrictives (en dehors de l’Allemagne), d’importants flux de retours ont été constatés lors de la crise économique en Europe faisant monter le chômage, comme pour le cas du Maroc. Ces retours sont même ainsi venus s’ajouter aux nouveaux entrants sur le marché du travail.
L’Europe est devenue le premier continent d’immigration, et cette pression devrait continuer à s’accentuer du fait des violences et des conflits qui se poursuivent à ses frontières.
En 2015, le nombre de réfugiés et migrants s’est élevé à près de 400.000 personnes selon l’Agence des Nations Unies pour les Réfugiés (UNHCR). Ces personnes auront emprunté des voies maritimes périlleuses en Méditerranée. En 2016, ce nombre pourrait atteindre jusqu’à 450.000 personnes selon le HCR. A long terme, bloquer et empêcher physiquement ces flux migratoires n’est pas une option viable. L’attention s’est davantage portée sur des réponses à court terme dans le domaine sécuritaire, et pas suffisamment sur la nécessité de réduire les inégalités entre les deux rives.
En particulier, le fossé en termes de PIB par habitant s’est creusé de manière continue entre l’Europe et l’Afrique du Nord depuis les années 1970 . La perspective de meilleurs revenus au nord constitue un facteur important de migration. Ainsi, chaque année l’Europe accueille 1,5 millions de migrants réguliers, contre un nombre estimé autour de 300.000 migrants irréguliers (276.113 en 2014 selon la Commission européenne).
La question migratoire régulière entre l’Afrique du Nord et l’Europe a fait l’objet d’accords mutuels, toutefois ceux-ci risquent de ne plus être adaptés aux objectifs de développement des deux rives. Dans le cadre des accords d’association avec le Maroc, la Tunisie et l’Egypte notamment, l’UE garantit un traitement national aux immigrants en règle au plan des conditions de travail, des salaires et des mises à pied, ainsi que la portabilité des droits de sécurité sociale et de retraite. En contrepartie, des accords de réadmission des citoyens entrés illégalement sont en vigueur, ainsi que la réadmission d’immigrants illégaux originaires d’autres pays ayant transité par le territoire de ces pays signataires (BAD, 2014).
La gestion de la question des migrations n’est pas encore pleinement intégrée aux stratégies de développement économique des pays de la rive sud et les opportunités demeurent sous-exploitées. Les pays de la rive sud auraient tout intérêt à améliorer la capacité à rapatrier les compétences nécessaires à la montée en gamme de leurs économies, particulièrement dans le cadre des chaines de valeur régionales. Jusqu’ici, cette problématique de fond n’a pas reçu l’attention suffisante afin de développer des activités économiques permettant une amélioration notable des revenus.

27/9/2016
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Le renouveau de l’Europe par l’Afrique du Nord: Une stratégie pertinente pour l’industrie manufacturière en baisse

L’avance européenne sur les facteurs d’efficience, d’innovation et de sophistication lui offre un savoir-faire exportable dont l’Afrique du Nord a besoin pour amener plus de valeur ajoutée.
Cette dernière, dotée d’une jeunesse et d’un stock de main d’œuvre importants, de nouveaux écosystèmes industriels et de nouvelles infrastructures, se verrait ainsi renforcée sur les aspects de compétitivité hors-prix qui lui font encore relativement défaut. Cette stratégie permettait en particulier de répondre aux nouveaux entrants sur le marché du travail en Afrique du Nord.
En développant ses chaines de valeur avec l’Afrique du Nord, l’Europe pourrait abaisser les coûts de production en améliorant la compétitivité prix de la chaîne de production et accélérerait sa transition vers des activités à plus haute valeur ajoutée. Face au vieillissement de la population et des taux de croissance structurellement faibles, l’Europe se voit dans l’obligation de soutenir la croissance par des activités à meilleurevaleur ajoutée et d’améliorer sa productivité. Dans ce contexte, le développement des chaines de valeur avec l’Afrique du Nord sont une opportunité supplémentaire de mobiliser les nouveaux atouts du sud en termes de salaires, d’infrastructures et d’environnement des affaires.
Cette stratégie de renouveau par l’Afrique du Nord serait pertinente pour l’industrie manufacturière qui a connu une baisse graduelle en Europe, en touchant particulièrement les emplois en France et en Espagne. Selon la commission européenne, dans son rapport 2013 sur la compétitivité intitulé « sans l’industrie, pas de croissance ni d’emplois », la contribution de l’industrie manufacturière au PIB est passée sous la « taille critique » de 20 % et s’établit désormais autour de 15 %. Ceci est d’autant plus problématique que l’industrie manufacturière a un effet d’entrainement estimé autour de 50 % sur la demande finale dansles autres branches de l’économie.
En Afrique du Nord, le secteur manufacturier est resté relativement stable. Tandis qu’au niveau mondial la part de l’industrie se situait à environ 26,7 % en 2011, le Maroc (29,6 %) et la Tunisie (30,6 %) se situent à des niveaux proches, tandis qu’en Egypte (39,2 %) et en Algérie (48,5 %) l’industrie pétrolière occupe une place toujours très important, comme l’illustre le tableau 6. En termes de volume des échanges, la tendance est à la hausse en Afrique puisque les exportations manufacturières du continent sont passées de 72 Mds en 2002 à 189 Mds USD en 2012, dont les deux tiers ont été le fruit de l’Egypte, du Maroc et de la Tunisie, plus l’Afrique du Sud (PEA, 2014).
Ces dynamiques constituent autant de leviers pour mieux développer la chaine de valeur régionale Europe - Afrique du Nord à travers l’échange de biens et services intermédiaires (PEA, 2014). Le développement des chaines de valeur ne pourra toutefois se faire sans l’impulsion des entreprises internationales puisque les choix de localisation des segments de la chaine sont le résultat des arbitrages entre d’une part les avantages comparatifs des pays partenaires, et d’autre part sur les avantages concurrentiels des fournisseurs de biens et services intermédiaires. En d’autres termes, pour mieux se positionner sur ces chaines, les pays d’Afrique du Nord devront améliorer leurs avantages tout en réduisant les coûts induits par l’externalisation de la production. L’Europe s’est déjà engagée dans ce processus.


27/9/2016
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Europe : Baisse de la compétitivité-prix et hausse du coût unitaire de main d’oeuvre

La compétitivité d’un ensemble économique inclut à la fois des dimensions coût et hors-prix. La compétitivité fait référence à « la latitude dont dispose un pays, évoluant dans des conditions de marché libre et équitable, pour produire des biens et services qui satisfont aux normes internationales du marché tout en maintenant et en augmentant simultanément les revenus réels de ses habitants dans le long terme » (OCDE). Ladite latitude se trouve liée à des éléments quantitatifs : les coûts de production qui traduisent la compétitivité-prix (coûts du travail, du capital et de la disponibilité des ressources naturelles) ; et à des éléments qualitatifs : l’innovation, la productivité et la qualité qui traduisent une compétitivité dite hors-prix.
De nombreuses études ont révélé que l’Europe souffrait d’une baisse de sa compétitivité-prix et d’une hausse du coût unitaire de main d’oeuvre. Dans la zone euro, la hausse du coût du travail de 2000 à 2014 a été importante, de l’ordre de +30 % dans l’industrie manufacturière et de +29 % dans l’industrie et les services marchands. Cette hausse a été contenue en Allemagne où la « dévaluation interne » résultant de la modération salariale (lois « Hartz » du début des années 2000) et la réduction des coûts de production ont permis au modèle allemand de maintenir une avance de compétitivité et de renforcer sa compétitivité hors-prix, tout en préservant des marges dédiées au financement de l’innovation.
La perte de compétitivité-prix en Europe est également due à une augmentation des salaires plus rapide que celle de la productivité. De 2001 à 2013, le taux de croissance annuel moyen de la productivité totale du travail était de moins d’1 %, contre environ 3,5 % dans les années 1970. La croissance de la productivité du travail a faiblement augmenté en raison de l’insuffisance des gains de productivité multifactorielle, selon l’OCDE. Cette baisse a concerné l’ensemble des secteurs marchands et non marchands et a touché dans une proportion similaire la France et l’Allemagne, l’Espagne, et dans une plus large mesure l’Italie (OCDE, 2014). Ce désavantage compétitif en termes de coûts a eu pour conséquence, hormis en Allemagne, de dégrader la rentabilité et de diminuer les marges des entreprises, qui seraient tentées de réduire les investissements au profit de l’innovation (McKinsey, 2012, 2013).
En revanche, les mesures de compétitivité hors-prix en Europe font ressortir ces aspects comme des avantages. Pour mesurer la compétitivité hors-prix de facteurs qualitatifs tels que la qualité, le degré d’innovation, le design, Coe-Rexecode mène des enquêtes sectorielles micro-économiques annuelles auprès de responsables d’achat des grands pays européens. Sur ce plan, les principaux pays européens sont classés relativement en bonne position sur les critères de qualité, l’Allemagne et la France occupent les premières places.
De manière générale, les atouts de compétitivité hors-prix de l’Europe ont trait à la sophistication des affaires, à l’innovation et à la qualité des infrastructures. Selon le classement de compétitivité mondiale établi chaque année par le Forum économique mondial (WEF), la sophistication des affaires, basée sur des critères tels que la qualité des fournisseurs et l’étendue des chaines de valeur, ainsi que les capacités d’innovation et la disponibilité des scientifiques et ingénieurs, affichent des scores proches entre l’Allemagne, la France, l’Espagne et l’Italie, avec toutefois une relative avance pour l’Allemagne (figure 5). Le niveau de qualité des infrastructures globales en Europe se situe parmi les meilleurs du monde. Trois pays se situent parmi les dix premiers dans le classement du WEF sur ce critère, à savoir l’Allemagne 7ième, la France 8ième, l’Espagne 9ième alors que l’Italie arrive à la 26ième place.
Parmi les facteurs qui participent à l’amélioration de l’efficacité économique, les résultats sont plus contrastés. En matière d’éducation supérieure et de formation, sur le critère de qualité des systèmes d’éducation, l’Allemagne arrive au 12ième rang mondial, la France 34ième, l’Italie 67ième et l’Espagne 88ième. En termes de
relation salaire productivité, les indicateurs du WEF placent l’Allemagne au 40ième rang, la France 77ième, l’Espagne 127ième et l’Italie 139ième. En revanche, les résultats sont meilleurs concernant la disponibilité des dernières technologies, l’Allemagne se plaçant au 17ième rang, juste devant la France 19ième, l’Espagne 37ième et l’Italie 64ième.

27/9/2016
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Afrique du Nord : La problématique d’innovation au coeur du défi de compétitivité hors-prix

En Afrique du Nord, la bonne compétitivité-prix de la zone a tout d’abord permis d’attirer l’implantation de firmes internationales et de favoriser l’ouverture progressive des économies. Les trois pays (Maroc, Tunisie, Egypte) peu ou faiblement dotés en ressources naturelles ont commencé par attirer des firmes multinationales principalement venues valoriser des opportunités de sous-traitance et de production de biens en fin de cycle pour renforcer leur compétitivité-prix (Mezouaghi, 2010). Sur la base d’une segmentation internationale de leurs chaines de production, ces firmes ont ainsi pu localiser et segmenter leurs activités selon les avantages de coûts incluant notamment le travail, mais aussi la proximité géographique et linguistique.
Toutefois, la spécialisation sectorielle à faible valeur ajoutée et la rigidité des avantages comparatifs en comparaison à d’autres ensembles économiques participent à l’érosion de la compétitivité-prix. Face aux pays émergents, notamment d’Asie, venus concurrencer l’Afrique du Nord, les avantages liés à de faibles coûts salariaux et à la flexibilité de la main-d’oeuvre risquent d’être mis à mal. Malgré leurs différences, les pays d’Afrique du Nord partagent des caractéristiques communes concernant les contraintes qui pèsent sur la productivité, telles que la qualité des systèmes d’éducation, le rapport entre salaires et productivité et encore la capacité d’innovation.
Les pays d’Afrique du Nord ont pris la mesure de développer une compétitivité hors-prix pour renforcer leur compétitivité coûts. Plusieurs rapports sur la compétitivité en Afrique ont fait le bilan de réformes prometteuses engagées ces dernières années sur ce plan. A ce titre, le classement 2015 du WEF sur la compétitivité place le Maroc au 4ième rang en Afrique, grâce notamment aux efforts déployés ces dernières années pour améliorer l’environnement des affaires. L’Algérie a également vu son rang progresser, alors que l’Egypte et la Tunisie ont été marquées par des déséquilibres conjoncturels.
Plusieurs obstacles demeurent pour pouvoir réaliser des affaires en Afrique du Nord, notamment l’accès au
financement, la corruption et la disponibilité encore insuffisante des infrastructures. L’enquête de 2015 du WEF démontre que
les dirigeants d’entreprises de la région sont plus préoccupés par une main-d’oeuvre mal instruite, indiquant des niveaux d’éducation insuffisants, ainsi que par une certaine inadéquation des compétences avec les besoins du marché (cf. section V). En revanche, alors que le rapport 2013 sur la compétitivité en Afrique relevait qu’une bureaucratie inefficace était considérée comme le deuxième obstacle le plus important en Afrique du Nord, les préoccupations à ce sujet se sont quelque peu atténuées.
Enfin, il faut souligner que la problématique d’innovation est au coeur du défi de compétitivité hors-prix de l’Afrique du Nord. Selon l’indice mondial de l’innovation 2015, les pays d’Afrique du Nord progressent, notamment grâce à la Tunisie (76ème place), et au Maroc (78ème) qui affiche une amélioration notable en particulier sur le plan de la gestion des dépenses publiques. En revanche, l’Egypte (100ème) et l’Algérie (126ème) affichent un retard plus important. Parmi les facteurs critiques qui expliquent ces positions en matière d’innovation se trouvent les infrastructures, le capital humain et la sophistication des marchés. L’ensemble de ces éléments impactent directement la productivité de la zone

(Femise, 2013).

27/9/2016
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