Directeur : Jamal HAJJAM           Redacteur en Chef : Ahmed NAJI
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 Les conclusions de l’enquête parlementaire sur le prix et la concurrence dans le secteur des hydrocarbures sont-elles vraiment pertinentes 
L’Etat engrange 35 milliards dhs par an grâce à la décompensation

A. CHANNAJE

Le premier bénéficiaire du processus de libéralisation du secteur des produits pétroliers est l'Etat, qui a ainsi bénéficié de plus de 35 milliards de dirhams par an, qui constituaient les charges de compensation.
Ces enveloppes financières ont été reprogrammées pour servir les secteurs sociaux et orienter le soutien direct vers les couches les plus nécessiteuses. C'est l'une des conclusions tirées du rapport de la commission des Finances de la Chambre des Représentants sur l'évaluation de la détermination des prix de vente, et la réalité et les conditions de concurrence dans le secteur des hydrocarbures qui sera examiné, ce mardi 15 mai, devant le Parlement. Une initiative prise en cette période difficile marquée par la campagne de boycott de certains produits de consommation, dont les carburants.
Autre conclusion du rapport : A travers l'analyse du système de prix, il est apparu que ce dernier comporte deux parties: une partie fixe relative à la taxe intérieure sur la consommation (TIC) et la TVA, et une autre variable relative au prix du produit global et aux coûts d'importation et de distribution. Cette formule est évidente dans la plupart des pays non producteurs de pétrole….
Il ressort aussi du rapport que, indépendamment du niveau des taxes perçues, les prix appliqués au Maroc après la libération restent parmi les prix les plus bas par rapport à leurs homologues dans les pays non producteurs de pétrole.
Il en résulte également que la variation du prix du pétrole brut au niveau international se reflète dans le prix au Maroc de façon directe, mais principalement dans la partie variable de la structure des prix de façon inégale.
Le secteur des carburants au Maroc se caractérise également par l'absence de procédures associées pour la libéralisation du marché, surtout l'absence d'un système de suivi du mouvement exact des prix au niveau international et son impact sur le plan interne, et d'intervenir en cas de besoin, comme cela est le cas dans les denrées alimentaires de base libérés.
Le secteur se marque aussi par une convergence entre les prix de vente appliqués aux matières combustibles entre les différentes sociétés et stations dans différentes régions et entités, notamment au début de libéralisation…
Le rapport conclue, en outre, qu’au début de la mise en œuvre de la libéralisation les prix de vente au public se changent le 1er et le 16de chaque mois, et tous les dix jours par certaines entreprises et récemment chaque semaine par un certain nombre de sociétés.
Autres conclusions tirées du rapport : création considérable des stations de carburant à un rythme élevé par rapport à la phase de pré-libération; différence d'enregistrement et écart entre le prix résultant de l'application de la structure de prix (approuvée avant la libération) et le prix de vente au public approuvé par les sociétés.
De même, le rapport conclue que les propriétaires et les gestionnaires de stations-service maintiennent les mêmes marges bénéficiaires après le processus de libéralisation du secteur des carburants.
Il conclue, néanmoins, que c’est le secteur bancaire qui a profité de la période de compensation en raison de sa couverture de l'endettement de l'État auprès des entreprises ayant des taux d'intérêt élevés.

Le Conseil de la concurrence, seul habilité à assurer le respect des règles de concurrence dans le marché
Le rapport tient à préciser, en revanche, que le Conseil de la concurrence reste l'institution constitutionnelle habilitée à assurer le respect des règles de concurrence entre les différents acteurs du marché. « La Constitution de 2011 lui donne de larges pouvoirs sur le terrain, car il jouit de l'autorité de l'auto-saisine, s'il n'observe pas de pratiques incompatibles avec les conditions de concurrence. Mais l'institution est devenue paralysée en raison de l'échec de la nomination de son président et du nouveau bureau, conformément à la loi modifiée régissant les travaux du Conseil. Bien que certaines associations de consommateurs aient soumis des demandes d'étude au Bureau, celles-ci sont toujours dans les rayons jusqu'à ce que la structure de l'institution soit terminée », indique-t-on.
Compte tenu de ce qui précède, la commission parlementaire appelle les professionnels du secteur à poursuivre et à intensifier leur activité d'investissement afin de diversifier l'offre et améliorer la disponibilité de stocks adéquats, et le gouvernement à encourager cette activité.
Il recommande aussi de revoir les conditions de financement du secteur bancaire aux entreprises afin de réaliser l'expansion des investissements et ainsi réduire la pression sur leur financement, ce qui pourrait entraîner une réduction indirecte des prix.
Ladite commission exhorte également le gouvernement de se penser sur un moyen d’examiner le système fiscal et étudier les expériences relatives à la taxe sur la consommation intérieure, afin, entre autre, de protéger le pouvoir d'achat des citoyens. « En 2016, la Haut-Commissariat au Plan a révélé que la structure du revenu total des ménages a augmenté de 2,1% à 665,1 milliards de dirhams dont 87,6% ont été affectés aux dépenses de consommation finale, contre 86,4% en 2015. Dans une note sur les comptes nationaux des secteurs institutionnels, le HCP a noté que le taux d'épargne des ménages avait baissé de 1,2 point à 12,9% en 2016. Le revenu disponible par habitant était de 19.286 dirhams en 2016, en hausse de 1% à 1,6%, ce qui entraîne une baisse du pouvoir d'achat des ménages de 0,6%. D’où, l'impact direct des prix élevés du carburant sur le pouvoir d'achat des citoyens », ajoute-t-on.
Toujours au niveau des mesures recommandées par le comité parlementaire, le gouvernement devrait aussi intensifier ses efforts pour surveiller de près le secteur des hydrocarbures et combattre toutes les pratiques suspectes.
Le gouvernement, les autorités locales et les conseils élus doivent développer des mécanismes pour encourager les transports collectifs et publics afin de réduire la demande de combustibles liquides conformément aux recommandations des sommets sur le climat… 
Le Conseil de la concurrence, de son côté, est appelé à jouer son rôle pour garantir l'existence de droits exclusifs ou de pratiques cohérentes en ce qui concerne les prix ou les conditions de vente; à analyser et contrôler l'état de la concurrence sur le marché des hydrocarbures, et à surveiller les contre-pratiques, les concentrations et les monopoles.
Le rapport préconise aussi de mettre en place un mécanisme gouvernemental pour suivre et surveiller les prix aux niveaux international et national, et pour diffuser leurs actions et prendre les mesures appropriées et nécessaires pour protéger les consommateurs.
De même, poursuit la même source, il faut réviser les lois qui encadrent la création de compagnies pétrolières afin de faciliter l'entrée de nouveaux acteurs sur le marché de la distribution de carburant afin d'encourager la concurrence; et œuvrer pour modifier de façon radicale la carte de la distribution du carburant afin de suivre la libéralisation du secteur.

A. CHANNAJE

14/5/2018
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 Marche à Rabat de soutien au peuple palestinien pour la protection de la ville sainte d’Al Qods
Non à la judaïsation forcée, oui au droit de retour des réfugiés

Al’appel du Parti de l’Istiqlal (PI) et du syndicat Union Générale des Travailleurs du Maroc (UGTM), des milliers de marocains ont participé, hier à Rabat, à la marche de soutien du peuple palestinien pour la protection de la ville sainte d’Al Qods, organisée par l’Association marocaine de soutien à la lutte du peuple palestinien et le Groupe d’action national pour le soutien à la Palestine, et ce la veille de l’inauguration, tant décriée, de l’ambassade des Etats-Unis dans la ville sainte occupée par les Sionistes et en commémoration du 70ème anniversaire de la Nakba palestinienne.
Les marcheurs, parmi lesquels Chiba Maaelainain, président du Conseil national du Parti de l’Istiqlal, ainsi que MM. Abdelwahed El Fassi et Abdeljabar Rachdi, tous membres du Comité exécutif du PI, ont scandé des slogans ou ils ont exprimé leur solidarité avec le peuple palestinien frère et leur rejet de la décision du président américain, Donald Trump, de déplacer l’ambassade de son pays de Tel Aviv à Al Qods, réduisant à néant les efforts diplomatiques pour apporter une solution négociée à la question palestinienne, en général, et le statut de la ville sainte d’Al Qods, en particulier, dans le cadre du processus de paix initié par les accords d’Oslo.
Le contexte international dans lequel s’est déroulée la marche de Rabat en soutien au peuple palestinien, dans sa lutte pour la protection de la ville sainte d’Al Qods, est on ne peut plus particulier. La machine de répression sioniste tourne actuellement, en effet, à plein régime, aux frontières de la bande de Gaza, contre les manifestants palestiniens qui réclament le droit de retour des réfugiés sur leurs terres spoliées par les colons sionistes, la tension dans la région du Moyen Orient étant, par ailleurs, à son paroxysme. Enhardi par les prises de position franchement pro-sionistes du président américain, Donal Trump, le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, semble vouloir exploiter la situation pour continuer les provocations contre les Palestiniens et accroître la pression sur leurs dirigeants, afin de les amener à se plier aux conditions scandaleuses d’Israël.
Toujours fidèles à la cause palestinienne et n’ayant jamais manqué l’occasion d’exprimer leur soutien au peuple frère de Palestine, les Marocains, ont, donc, tenu, hier, à sortir à nouveau dans la rue dans une marche de protestation, afin de rappeler à la communauté internationale que l’injustice flagrante envers les Palestiniens n’a que trop duré et leur opposition aux décisions contestables du président des Etats-Unis, qui ne font qu’aggraver les choses. La solidarité du peuple marocain envers le peuple palestinien demeure toujours aussi forte et agissante, encore plus en ces moments critiques ou les sionistes, avec l’appui de leurs alliés américains, tentent d’imposer une judaïsation forcée de la ville sainte d’Al Qods, de manière à entériner son annexion en dehors de toute solution négociée de son statut, dans le cadre du processus de paix.

14/5/2018
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 Forces Armées Royales
62 ans de dévouement sans faille
Le peuple marocain célèbre lundi le 62ème anniversaire
de la création des Forces Armées Royales (FAR), l'occasion de revenir sur les étapes marquantes, les grands exploits et les immenses sacrifices consentis par cette vaillante institution au service des intérêts suprêmes de la Nation.

Il s’agit également du moment idoine pour rendre un vibrant hommage aux hommes et femmes des FAR qui ont œuvré sans relâche, depuis leur création le 14 mai 1956, à défendre l’intégrité territoriale du Royaume, à renforcer la solidarité nationale et internationale et à préserver la paix dans le monde. 
Au lendemain de l'indépendance du Royaume, feu SM Mohammed V a tenu à doter le Royaume d'une armée moderne et professionnelle, mission qui a été parachevée par son successeur Feu SM Hassan II, dont le souci était de perfectionner l'organisation des FAR et de renforcer son armement et leurs équipements.
En digne successeur de Ses glorieux ancêtres, SM le Roi Mohammed VI, Chef Suprême et Chef d'Etat-major général des Forces armées Royales, a veillé, depuis son accession au Trône alaouite, à développer davantage cette institution, à moderniser ses équipements et à promouvoir ses ressources humaines et ses capacités d’intervention, en vue de la mettre au diapason des armées les plus développées du monde. 
Aujourd’hui, les FAR constituent un motif de fierté pour tous les Marocains, un maillon essentiel de l'unité nationale et un digne ambassadeur des valeurs authentiques du Royaume partout où le devoir appelle ses membres. "La noble et honorable mission aux dimensions humaine et solidaire menées par Nos Forces Armées Royales en matière de gestion des risques et des catastrophes tire son essence et sa signification de la vision de Notre Majesté tendant à consacrer des traditions solides dans Notre institution militaire solide en terme d’interaction avec son entourage national, une institution qui ne cesse de se renforcer à la faveur de vos interventions sur le terrain pour atteindre les objectifs idéaux en termes d’expertise, d’efficacité et de bonne organisation", avait souligné le Souverain dans l’ordre du jour qu'Il a adressé aux FAR à l’occasion du 61è anniversaire de leur création.
La défense de l'intégrité territoriale a été jalonnée de hauts faits marquants, notamment la contribution à l’encadrement des participants à la Marche Verte et à l’édification de la ceinture de sécurité en vue d’assurer la sécurité et la quiétude des habitants des provinces du Sud du Maroc. 
Le champ d’intervention des FAR va au-delà des frontières nationales pour contribuer entre autres à des opérations onusiennes de maintien de la paix et de la sécurité, comme l’a fait observer SM le Roi dans ce même ordre du jour.
"L’adhésion du Royaume du Maroc, depuis la création de Nos forces armées royales, aux efforts onusiens pour le maintien de la stabilité et l’instauration des valeurs de cohabitation pacifique entre les peuples, en particulier en Afrique, est un autre modèle de Notre attachement à ces valeurs dont le flambeau est porté par nos contingents militaires participant aux opérations de maintien de la paix au Congo Démocratique et en Centrafrique", avait indiqué SM le Roi. 
En effet, nul ne peut nier les sacrifices inouïs consentis par les Casques bleus marocains dans le cadre des efforts de l’ONU, notamment leur action courageuse au sein de la Mission Multidimensionnelle de Stabilisation des Nations Unies (MINUSCA) en Centrafrique.
Le 22 septembre 2017, un militaire du contingent des FAR de la MINUSCA avait été grièvement blessé, lors d'un échange de tirs avec un groupe armé anti-Balaka.
Début avril 2017, ces même Casques bleus marocains s’étaient hautement distingués lorsqu’ils ont mené avec succès au village de Koumbou (Est) une opération de libération de quinze otages des mains d'un groupe armé présumé être de la rébellion ougandaise.
Plusieurs contingents ont été dépêchés dans différentes régions du monde pour participer notamment, en juillet 1960, au corps expéditionnaire des Nations Unies qui devait assurer la paix au Zaïre (actuelle RD Congo), théâtre à l’époque d'une guerre civile, puis en 1977 et 1978, dans ce pays où le gouvernement de l’époque était en proie à une rébellion dans sa province méridionale du Shaba. 
Le Maroc a aussi déployé dans le cadre de l’ONU des contingents en Bosnie Herzégovine (1996) et au Kosovo (1999), avant de prendre part à la Mission de stabilisation des Nations Unies en Haïti (MINUSTAH), chargée de rétablir la légalité internationale dans ce pays. 
Autant d’exemples s’il en fallait du professionnalisme indéniable du dévouement sans pareil des casques bleus marocains déployés dans le cadre de missions onusiennes à l’étranger, notamment en Afrique, qui ont été salués par les plus hautes autorités de l’ONU, notamment le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix de l'ONU et le Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU pour la Côte d’Ivoire et le chef de l'opération de maintien de la paix de l'ONU dans ce pays (ONUCI).

14/5/2018
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 Dans les administrations publiques et les collectivités locales 
Horaire continu 9H00 à 15H00 pendant le Ramadan

Les horaires de travail dans les administrations publiques et les collectivités locales seront aménagés durant le mois sacré de Ramadan, soit de 09h00 à 15h00, de lundi à vendredi, annonce le ministère de la Fonction publique et de la modernisation de l'administration.
Les facilités nécessaires seront accordées aux fonctionnaires et agents pour l’accomplissement de la prière du vendredi, ajoute le ministère dans un communiqué.

14/5/2018
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 Genèse virtuelle et impact réel du boycott de produits de large consommation
La multitude qui fait sens

Ahmed NAJI

Le mouvement de boycott de quelques marques de produits de large consommation achève sa deuxième semaine d’affilée, sans montrer le moindre signe d’essoufflement. Les états-majors des entreprises touchées et leurs médiocres préposés à la communication donnent l’image d’un tireur aveugle qui ne sait de quel côté pointer le canon de son arme et gaspille vainement ses munitions, qui finissent même par lui retourner par ricochet. Pire fût le silence assourdissant du gouvernement, ponctué de quelques sorties individuelles médiatisées aussi hasardeuses que malheureuses. L’opinion des consommateurs marocains, qui renforce sans se substituer à l’opinion des citoyens, d’une génération (peut-être pas tellement) spontanée, vient de fêter le baptême de prise de conscience de son existence, donc de son influence.
La tempête déclenchée par le mouvement de boycott de trois marques de produits de large consommation, né dans les limbes d’un monde virtuel façonné par la révolution digitale, provoque des dégâts pourtant bien tangibles dans le monde réel. Le Maroc est en train de connaître un profond changement de paradigmes sociopolitiques, une mutation qui s’opère d’une manière inaccoutumée, avec son lot de lutteurs anonymes et de cibles parfaitement identifiées. Il serait impertinent de prétendre déjà cerner les contours dudit mouvement de boycott, dans toutes les ramifications de ses enchaînements, mais il est déjà possible d’en dégager quelques pistes de réflexions, en en soulignant les faits saillants, tels que surmédiatisés.
Quel tournant aurait pris la campagne de boycott sans les dérapages verbaux et autres sorties médiatiques ratées du responsable d’une entreprise touchée de plein fouet, il est vrai, par le boycott, de l’homme politique qui assume pourtant la lourde et honorable responsabilité d’argentier du Royaume, d’un ministre et richissime homme d’affaires qui dirige également un parti politique et d’une députée aux engagements politiques versatiles  Il est légitime de se demander s’ils n’ont pas versé de l’huile sur le feu, sachant que le mouvement de boycott s’est amplifié en se nourrissant desdites erreurs de communication. Ils ont, en tout cas, conforté leurs détracteurs dans leurs accusations de mépris envers leurs concitoyens-boycotteurs.
Lamentable gestion de crise
Ainsi, ce qui aurait pu être contenu en un simple désaccord à régler entre les fournisseurs des produits boycottés et leurs consommateurs a donc fini par tourner en un affrontement verbal sur la place publique, un camp usant de son accès privilégié aux médias classiques, l’autre trouvant largement écho sur les réseaux sociaux. Comme tout affrontement est synonyme de radicalisation, les salves de propos désobligeants tirés sur les boycotteurs par des personnalités distinguées, dont on est normalement en droit d’attendre un minimum de tact, n’ont eu pour autre effet que de renforcer la volonté des boycotteurs de persister dans leur mouvement, voire stimuler l’élargissement du boycott, par solidarité de classe.
Ce n’est pas sans rappeler que l’origine du mot boycott est celle de l’histoire de l’entêtement arrogant d’un Comte anglais, propriétaire de terres agricoles en Irlande, et de la déconvenue d’un ancien capitaine de l’armée britannique, Charles Cunningham Boycott, administrateur des terres dudit Comte anglais. Ce dernier fût chargé de soumettre des fermiers irlandais à la volonté de son employeur, en procédant à l’expulsion des plus récalcitrants, quand ceux-ci réclamèrent une réduction temporaire du loyer, et ce, en raison de piètres récoltes dues à une mauvaise saison agricole. M. Boycott fût, alors, mis en quarantaine par la population et, en conséquence de quoi, ruiné. Le Comte anglais autant que la population furent privés de toute une moisson, que ces derniers avaient choisi de sacrifier plutôt que de plier. Comme quoi, prendre les petites gens de haut et s’imaginer qu’on peut les contraindre peut s’avérer absolument contre-productif.
Echec des communicateurs
Bien des professionnels de « la com’ », aux services semble-t-il aussi forts onéreux qu’improductifs, devraient profondément méditer sur leur degré de déconnexion par rapport au vécu quotidien du commun des citoyens. Ceux en charge de prendre soin de l’image de marque des entreprises aux produits boycottés viennent d’étaler au grand jour leur tragique incompétence, et ce, par incapacité de comprendre les boycotteurs et se mettre dans leurs peaux, d’une profonde méconnaissance de leurs modes de vie et de pensée, éventuellement aussi par mépris. Bardés de diplômes et gavés de gros salaires, ils ne s’en sont pas moins révélés totalement détachés des réalités, dédaigneux envers les académiquement moins titrés et/ou socialement moins bien lotis, convaincus de pouvoir leur faire passer des vessies pour des lanternes grâce aux dernières techniques de storytelling (méthode de communication basée sur la technique d’une histoire à raconter).
L’interaction entre les mondes virtuel et réel, élargie aux champs du militantisme civil et politique, offre, cependant, autant de perspectives d’action dans le sens du progrès qu’elle est porteuse de graves menaces à la cohésion de la société, inhérentes à la logique propre à un monde artificiel construit en briques de logarithmes. Le storytelling (la narration d’un conte) finit par prendre plus de poids que les faits avérés, que l’on ne cherche même plus à connaître.
Cette grave psychopathologie ne devient suffisamment perceptible, malheureusement, qu’une fois son stade final atteint, c’est à dire quand les conteurs finissent par croire en leurs propres contes et réagissent violemment quand la réalité vient frapper à leurs portes. Le cas des communicateurs ne sachant pas communiquer et des ministres qui ne savent pas tourner leurs langues sept fois avant de parler en est une parfaite manifestation. Les boycotteurs, grisés par leur succès, peuvent également en être affectés, s’ils viennent aussi à en oublier les réalités. Quand on se rend compte de son état de dé-corporation avancé, il est déjà trop tard pour rentrer dans son corps en remettant pieds sur terre.
Limites du journalisme dans sa conception classique
Les réseaux sociaux et plates-formes de partage vidéo, en tant que vecteurs privilégiés des médias alternatifs, constituent les sources dominantes auprès desquels s’informent les boycotteurs. Le sujet du présent article n’est pas de s’attarder sur la véracité ou pas des « nouvelles » diffusées, mais plutôt d’en questionner la crédibilité auprès de leurs usagers. Tout citoyen militant pour le boycott a pu s’ériger, de la sorte, en journaliste-reporter occasionnel, alimentant réseaux sociaux et plates-formes de partage vidéo en « nouvelles » et « reportages » sur le déroulement du mouvement. Les faits vérifiés côtoient les rumeurs les plus farfelues sur les réseaux sociaux, les unes chassant les autres sans grande gêne apparente des usagers, qui se contentent de « liker », « partager » ou même « disliker » au gré de leur humeur du moment et de la narration qui conforte le plus leur croyance.
Les médias classiques, tenus par la loi de présenter les preuves de ce qu’ils publient, n’ont pas accompagné le mouvement du boycott depuis son lancement, mais l’ont plutôt suivi tardivement, une fois qu’il était bien évident que ce qui a émergé dans le monde virtuel des réseaux sociaux avait bel et bien impacté le monde réel.
Mea-culpa d’un journaliste professionnel, non seulement pour avoir failli à voir venir cette déferlante populaire, tout en étant pourtant parfaitement conscient que sa substance était en train de se densifier jusqu’à atteindre la masse critique, mais également pour avoir peiné à en assurer le suivi, le mode d’action adopté par les boycotteurs ne correspondant pas au schéma de pensée et d’action classiques.
Absence d’épicentre du mouvement de boycott ou de localisation quelconque, pas de structures et de leaders clairement identifiés, pas de communiqués (les commentaires et autres posts sur tweeter ne pouvant être considérés comme tels), pour un journaliste à l’esprit formaté par les cinq questions-clés (qui, quoi, où, quand et comment), essayer de cerner ce mouvement de boycott pour un écrit journalistique respectant les règles de la déontologie, c’est comme tenter de naviguer en haute mer sans boussole, ni compas. Répercuter des rumeurs n’est sûrement pas professionnel, mais ignorer un mouvement populaire d’une telle ampleur est un manquement au devoir. Il va falloir s’adapter aux nouvelles formes d’interactions sociales pour pouvoir assurer au mieux la mission de s’informer pour informer et une reformulation des règles déontologiques qui encadrent la profession de journaliste.
Attaque en essaim d’abeille
Gene Sharp, politologue américain auteur d’ouvrages de référence traduits en plusieurs langues, également surnommé le Machiavel de l’action non-violente, n’aurait pas manqué d’applaudir la stratégie adoptée par les boycotteurs marocains. Deux comptes facebook anonymes lancent un appel au boycott de trois produits de large consommation, dont les prix ont été dénoncés comme surévalués, l’onde de propagation s’est amplifiée sur les réseaux sociaux, en gagnant en intensité, et voilà un séisme de forte magnitude sur l’échelle des valeurs de la Bourse de Casablanca qui fait vaciller chiffres d’affaires et cours des actions des grandes entreprises dont les produits ont été ciblés.
Imaginez la scène. Des facebookeurs et youtubeurs militants pour le boycott, chacun confortablement installé devant son écran d’ordinateur ou de smartphone, décochent leurs flèches, à distance de sécurité, contre les grandes entreprises dont les produits ont été boycottés et leurs dirigeants, assurés de porter préjudice à leurs cibles sans avoir à en subir les conséquences. Chacun pris tout seul ayant peu de chance de se faire entendre, ils font bloc. « Faire bloc pour se faire entendre » ne se fait plus, toutefois, comme avant, quand il fallait s’exposer physiquement et massivement dans la rue. C’est, désormais, possible d’y parvenir sans crainte de se faire rosser par les forces de l’ordre pour troubles à l’ordre public. Federico Mayor, ancien directeur général de l’UNESCO, a appelé ce nouveau genre de manifestation « la participation sans présence ».
Forme pensée collective
Le boycott, qui a germé en tant qu’idée dans l’esprit de quelques personnes, bien ou malintentionnées, on n’en sait pour l’instant strictement rien, a commencé à prendre consistance dans le monde virtuel grâce à tous ceux qui ont cru au mouvement et l’ont porté, en diffusant l’appel autant sur les réseaux sociaux que dans leur entourage « palpable ». En chercher les initiateurs ne sert plus à rien. Devenu une forme de pensée collective, le boycott a acquis, désormais, son autonomie existentielle, et ce, dans le monde réel. Un égrégore auquel on adhère ou que l’on dénigre, qui a ses règles, ses défenseurs, ses adversaires et ses traîtres. « On » l’a créé de toutes pièces et l’on s’y réfère, désormais.
Il traduit, néanmoins, une double prise de conscience. Celle des citoyens de leurs poids en tant que consommateurs, celle des consommateurs de leur poids en tant que citoyens. L’appel au boycott (réaction de consommateurs de dénonciation de la cherté des produits boycottés) ayant été lancé au nom du « peuple » (expression d’affirmation des droits des citoyens). C’est une prise de conscience de classe, dans un sens marxiste dévoyé, les consommateurs remplaçant désormais les travailleurs à l’avant-garde de la dynamique de transformation sociale. Le boycott regroupe dans un même élan classe moyenne inférieure, grande consommatrice des produits boycottés, et classe défavorisée, qui espère bien ainsi devenir également consommatrice régulière desdits produits, par réduction de leurs prix.
Alliés des boycotteurs tout aussi inattendus que le boycott lui- même, les MRE, qui participent à la campagne par solidarité et à leur manière, stimulant la campagne par la comparaison des prix pratiqués au Maroc à ceux dans leurs pays d’accueil.
Too big to fail
Même la théologie a été appelée à la rescousse de la campagne de boycott. Si le Prophète (Salut et Paix sur Lui) a été on ne peut plus clair concernant la fixation des prix, dans un hadith rapporté par Tirmidhi, qualifié d’authentique, « C’est Allah qui le fait », a-t-il répondu à ses compagnons qui lui demandaient de tarifier les produits, dans un contexte similaire de cherté du coût de la vie, il a également enjoint, et pas ordonné, de boycotter les produits que les gens trouvent trop chers, dans un autre hadith, rapporté par Abou Daoud et Tirmidhi, authentifié par Al Albani. Il s’agit, tout simplement, de faire jouer la loi de l’offre et de la demande, toute restriction de cette dernière face à une profusion de la première ne pouvant qu’entraîner, à terme, un recul des prix. La liberté de marché, c’est autant en faveur du vendeur que de l’acheteur.
Face à l’argument de la préservation de l’emploi des salariés des entreprises ciblées, tout à fait légitime soi dit en passant, avancé par les pourfendeurs du boycott, ses défenseurs tiennent le même langage que certains responsables d’entreprises affectés à la gestion des ressources humaines et formés aux techniques managériales anglo-saxonnes ; « on ne fait pas d’omelettes sans casser d’œufs » ! De mauvaises langues rappellent, sur un ton docte, qu’il en est ainsi dans un système libéral, des entreprises réussissent et accroissent leurs parts de marché, pendant que d’autres périclitent et disparaissent, faute d’avoir su s’adapter aux changements et nouvelles attentes du marché, que tout compte fait, c’est dans l’ordre naturel des choses.
Il en est même pour rappeler que le principe du « too big to fail » (trop gros pour faire faillite), appliqué par les autorités américaines à leurs grands établissements bancaires gavés de produits financiers « toxiques », sauvés sur fonds publics suite au crash de 2008, est contraire à la doxa libérale et relève plutôt du capitalisme de connivence. Il faut croire que l’américanisation du mode de penser et la baisse du sentiment d’empathie qui lui est subséquente a non seulement reconfiguré les stratégies de pouvoir d’une bonne partie des élites économiques et politiques, mais également impacté la psychologie collective des autres classes de la société. Singulière manifestation de l’effet boomerang, après accumulation exponentielle de l’énergie de la frustration.
La question du pouvoir
Au-delà des considérations précitées se pose, suite à ce mouvement à finalité socioéconomique, la question du pouvoir.
Une entreprise qui détient une position quasi-monopolistique sur un marché n’a, en fin de compte, pas plus de pouvoir sur ce marché que celui que lui accordent les consommateurs qui acquièrent volontairement son ou ses produits. Qu’ils viennent à s’en détourner et ce pouvoir disparaît, instantanément, tel un mirage, ce qui prouve d’ailleurs sa nature intrinsèquement illusoire. Il en est de même d’un gouvernement, qui ne doit jamais oublier qu’il a été porté à la tête du pouvoir exécutif par les citoyens, pour les servir et non les asservir. Des citoyens qui n’exercent pas le pouvoir politique mais n’en possèdent pas moins les clés de sa légitimité.
De toute évidence, il est temps de procéder à un renouvellement dans la manière de concevoir et mener l’action politique, tenant compte de la nouvelle dimension créée par le cyberespace, qui a profondément modifié la perception des notions du temps (accélération de la célérité de diffusion de l’information) et de l’espace (ce qui se passe ailleurs, on peut l’apprendre et même le voir en instantané, comme si on y est). La contraction de l’espace-temps est une révolution dans les affaires sociales, économiques, culturelles qui ne manque pas de remodeler l’action et le champ politiques.
De toute manière, avec des hommes politiques sourds-muets ou malpolis qui squattent au gouvernement, des responsables d’entités privées qui éructent en plein écran leur mépris des consommateurs mécontents des prix de leurs produits, avant de présenter leurs plates excuses, le lait a toute les chances de cailler en attendant qu’une solution acceptable pour tous soit trouvée.
Ahmed NAJI

10/5/2018
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 Message royal au Forum national de la Haute fonction publique
La réforme globale et intégrée de l’Administration publique s’impose sans délai

SM le Roi Mohammed VI a adressé un message aux participants au Forum national de la haute fonction publique, qui a ouvert ses travaux mardi à Skhirate, sous le thème de la restructuration du système de la haute fonction publique. Voici le texte intégral du message royal dont lecture a été donnée par le Conseiller de SM le Roi, M. Abdeltif Manouni:
"Louange à Dieu,
Paix et Salut sur le Prophète, Sa Famille et Ses Compagnons.

Mesdames, Messieurs, 
Le Forum national de la Haute Fonction publique, qui tient aujourd'hui ses assises, coïncide avec le soixantième anniversaire de la promulgation du Statut général de la Fonction publique. A cette occasion, Il Nous plaît de vous adresser ce message, eu égard aux hautes responsabilités que vous assumez et qui font de vous une élite engagée directement dans la gestion de la chose publique.
Nous avons tenu à conférer Notre Haut Patronage à cette importante manifestation, en reconnaissance du rôle clé dont s’acquitte, depuis l’Indépendance, l’Administration publique. En effet, partie prenante à l’action menée au service de la Nation et des citoyens, elle accompagne également le processus de développement économique et social engagé dans notre pays. Des missions assidûment remplies en dépit des difficultés auxquelles elle fait parfois face et des dysfonctionnements qui peuvent survenir conjoncturellement. 
Nous nous réjouissons que vous ayez pris l’initiative d’organiser ce forum, laquelle vient traduire votre engagement à mettre en œuvre Nos orientations qui visent à réformer l’Administration publique et à valoriser ses ressources humaines. 
Nous vous félicitons également d’avoir choisi le thème de la restructuration du système de la haute fonction publique. Notre souhait est que vos assises soient l’occasion d’une réflexion sereine sur les transformations que connaissent toutes les composantes du système de la Fonction publique, ainsi que sur les insuffisances inhérentes à son fonctionnement. Nous espérons aussi qu’à l’occasion de ce forum, vous examinerez les mesures législatives et réglementaires qu’il convient de prendre pour améliorer le rendement des services et des établissements de l’Etat.

Mesdames, Messieurs,
L’Administration marocaine, qu’elle soit centrale ou locale, aborde aujourd’hui un tournant majeur, qui exige que ses responsables s’impliquent avec vigueur dans la dynamique de changement économique et social à l’œuvre dans notre pays; un tournant qui suppose également un accompagnement conséquent des politiques publiques menées et des chantiers de développement lancés. 
La mise en œuvre de mégaprojets structurants, notamment dans les domaines de l’industrie, de l’agriculture, des infrastructures et des énergies renouvelables, nous a permis, dans un premier temps, d’engranger d’importants acquis. Néanmoins, tel qu’il a été initialement conçu, notre modèle de développement a atteint ses limites et se révèle, désormais, inapte à générer des bénéfices en termes de développement global. S’il ne répond plus aux attentes des citoyens, c’est qu’il se heurte à de multiples carences, notamment le rendement insuffisant de l’Administration, son faible potentiel en compétence et en créativité et l’absence d’une bonne gouvernance administrative. 
Nous avons appelé précédemment à l’élaboration d’un nouveau modèle de développement pour appréhender les défis présents et à venir. Aujourd’hui, Nous lançons un appel pour que la notion de service public soit inscrite au cœur de ce modèle grâce à une réforme globale et profonde de l’Administration marocaine. 
Nos observations critiques sur le rendement et l’efficacité de l’Administration publique sont parfois sévères. Mais ceci ne veut nullement suggérer que cette Administration ne remplit pas son rôle. Le but n’est pas non plus de dévaloriser les compétences apportées par ceux qui y travaillent, ni de déprécier les efforts consentis pour accroître sa performance. Nous savons parfaitement que l’appareil administratif de notre pays connait, depuis des années, une évolution significative. En outre, Nous avons connaissance des remarquables réalisations dont il peut se prévaloir, des grands chantiers qu’il a contribué à faire aboutir. 
En définitive, ce que Nous voulons, c’est hisser la productivité de l’Administration à des niveaux supérieurs et l’infléchir pour qu’elle s’adapte aux changements intervenus à l’échelle nationale, qu’elle assimile les dynamiques d’évolution à l’œuvre au niveau mondial, et qu’elle contribue à relever les défis de développement auxquels est confronté notre pays. 
C’est pour ces raisons que Nous avons constamment insisté sur la nécessité de réformer l’Administration et de mettre à niveau les ressources humaines dont elle dispose. Pour notre pays, le choix est stratégique dans la mesure où une telle orientation permettra indéniablement d’asseoir les fondements du modèle de développement que Nous appelons de nos vœux. Ainsi, l’Administration pourra élaborer et développer, dans des domaines variés, des politiques publiques efficaces et efficientes. 
En effet, dès Notre Accession au Trône de Nos Glorieux Ancêtres, Nous avons œuvré avec célérité à la mise en place du nouveau concept d’autorité car Nous considérons qu’il constitue un préalable essentiel pour développer la performance de l’Administration et conforter son attachement aux règles de bonne gouvernance. Il s’agit, in fine, de satisfaire les demandes croissantes des citoyens, d’appuyer l’action dédiée à la réalisation de la justice sociale et de préserver la dignité humaine. 
Nous avons également veillé à ce que le principe de bonne gouvernance soit inscrit au cœur de la Constitution comme une condition préalable à l’organisation et à la gestion du service public. En effet, la bonne gouvernance implique nécessairement primauté du mérite, intégrité, transparence et égalité des chances pour l’ensemble des Marocains. Nous nous attachons aussi à rendre opérationnel le principe constitutionnel de corrélation entre responsabilité et reddition des comptes.

Mesdames, Messieurs, 
La Constitution assigne à l’Administration publique une mission fondamental : être au service des citoyens en leur assurant un égal accès à ses services et en veillant à ce que ses prestations couvrent de manière équitable et continue l’ensemble du territoire national. 
Par ailleurs, la Loi place les services publics sous l’autorité des ministres, étant donné que l’Administration est à la disposition du gouvernement. De plus, la Constitution fait obligation aux fonctionnaires de se conformer aux exigences de qualité, de transparence, de responsabilité et de reddition des comptes. Ce devoir constitue une condition indispensable pour établir une relation de proximité avec les citoyens, être à l’écoute de leurs doléances et satisfaire avec efficacité leurs besoins légitimes. 
A cet égard, Nous appelons à la célérité la plus grande pour que soit adoptée la Charte des services publics, prévue par la Constitution. Revêtue d’un caractère contraignant, elle doit devenir la référence fondamentale en matière de bonne gouvernance, de gestion des administrations publiques, des collectivités territoriales et des services publics. 
Notre vœu est que cette Charte soit l’expression franche et vigoureuse de Notre nouveau concept d’autorité qui englobe, in extenso, les administrations et les services publics, tous paliers et toutes catégories confondus, et, au premier chef, le système de la haute fonction publique.
Mesdames, Messieurs,
L’impératif d’une gestion efficiente des ressources et la satisfaction nécessaire des exigences du développement global posent avec acuité la question fondamentale de l’efficacité de l’Administration publique et des établissements de l’Etat. Pour un traitement judicieux de cette question, deux démarches sont indispensables: une révision des méthodes de travail des structures administratives et une refonte des modalités de gestion des ressources publiques, en vue d’une utilisation optimale des moyens en place. 
Vous n’êtes pas sans savoir que le défi de l’efficience accompagne irrémédiablement celui de la compétitivité. En effet, la valeur et l’efficacité des administrations se mesurent aujourd’hui à l’aune de leur contribution à renforcer la compétitivité de leurs pays respectifs et ainsi à les mettre en capacité de livrer la rude bataille de captation des investissements, des compétences et des capitaux. Cette efficacité dépend aussi de l’aptitude des organes administratifs à ouvrir de nouvelles perspectives de développement économique et social, à créer des opportunités d’emploi, notamment au profit des jeunes.
Au regard de ces multiples enjeux, la réforme globale et intégrée de l’Administration publique s’impose sans délai. En effet, à l’impératif d’assurer en permanence la bonne marche du service public s’adjoint la nécessité de veiller à la qualité des prestations publiques. Outre un renforcement de sa dimension régionale, la gestion des ressources humaines doit être optimisée en créant les conditions de la déconcentration administrative et en donnant la priorité aux exigences de compétence et d’efficacité. 
En tant que mode pratique et efficient de gouvernance territoriale, la régionalisation avancée est le socle sur lequel l’Administration doit s’appuyer pour offrir au citoyen les prestations et les services de proximité dont il a besoin et pour le rapprocher des centres de décision. Or l’opérationnalisation optimale de ce chantier structurant n’est possible qu’au prix d’une implication active de tous, notamment l’Administration publique, centrale et locale.
Comme nous l’avons fait précédemment à de multiples reprises, Nous soulignons et appelons de nos vœux la nécessaire adoption de la Charte des services publics, dans la mesure où elle permettra un réaménagement et une redistribution des compétences entre le Centre et les différentes entités territoriales. 
Par ailleurs, l’Administration devrait disposer, à tous les paliers, de ressources humaines qualifiées. Il est, par conséquent, primordial de relever le défi de la formation et de la mise à niveau continues des membres du personnel administratif, cadres et agents. De plus, les recrutements doivent être effectués en parfait accord avec les besoins réels de l’administration concernée et en fonction des qualifications requises pour les postes à pourvoir. Dans la même veine, il faut veiller au strict respect des critères de compétence, de mérite et d’égalité des chances au cours de ces processus d’embauche.
Par ailleurs, outre la mise en place de conditions et de cadres de travail appropriés, le recours à une panoplie de mesures incitatives et disciplinaires est nécessaire pour assurer des niveaux élevés de rendement professionnel. 
Il faut aussi s’attacher à former de nouvelles générations de responsables qui seront à terme insérés dans les différentes administrations et les divers services publics. Pour cela, il est important de pouvoir attirer des compétences hautement qualifiées, dotées d’un sens élevé des responsabilités et pourvues d’aptitudes avérées de communication, de planification stratégique et d’efficacité dans la gestion des projets. Ce sont de tels critères fondamentaux qui doivent présider aux procédures de nomination aux fonctions supérieures.
De plus, ce grand chantier de réforme nécessite l’amélioration des structures organisationnelles, le développement des méthodes de gestion, la moralisation du service public et le perfectionnement du cadre juridique. Pour cela, il est souhaitable et utile de s’inspirer du modèle managérial du secteur privé, ainsi que des meilleures pratiques internationales dans ce domaine.
A cet égard, l'utilisation des nouvelles technologies est un facteur clé pour améliorer le travail administratif. Il convient, par conséquent, de tendre vers une généralisation de l’administration électronique par la fourniture de services à distance et la facilitation, pour les différents départements, de l'accès commun aux informations.

Mesdames, Messieurs,
En dépit des efforts consentis et des tentatives de réforme et de modernisation que Nous souhaitons mener à bien, l’Administration marocaine ne pourra se hisser au niveau d’efficience et d’efficacité souhaité, si ne s’opèrent pas un changement des mentalités et une rupture avec des postures, des pratiques inavouables qui nuisent à l’Administration et à son personnel. Nous pensons bien évidemment à la corruption, la prévarication, l'abus de pouvoir et l’absence de discipline dans l’exercice professionnel.
L’objectif recherché ne pourra être atteint qu’au prix d’une amélioration et d’une simplification des procédures administratives et d’une application stricte des règles régissant la nomination aux postes de responsabilité et les services publics. Il faut aussi garder en vue la nécessaire corrélation entre responsabilité et reddition des comptes. 
Il va sans dire que la réussite escomptée de la réforme reste tributaire d’une réelle volonté collective et de la capacité à surmonter les contraintes et les obstacles qui entravent l’évolution de notre modèle administratif et de notre schéma de développement. On peut citer la persistance d’attitudes réfractaires au changement et à la réforme, chez certains responsables qui craignent de perdre leurs privilèges; on peut également citer parfois leur manque de compétence et d'audace qui explique leur réticence à engager le processus de réforme.

Mesdames, Messieurs,
Vous savez à quel point que Nous avons à cœur de voir l'Administration accomplir ses missions au service du citoyen et jouer un rôle constructif et productif dans le développement de notre pays. Or la réforme de l'Administration et la remise en question du système de la Fonction publique ne sont pas seulement synonymes d’un redressement des services du secteur public. L’élan réformateur implique aussi la recherche des meilleurs moyens de mettre à contribution le secteur privé, en s’efforçant, au mieux de l’intérêt du pays, d’assurer équilibre et synergie entre les impératifs purement administratifs et les exigences proprement dites du développement. 
Nous avons bon espoir que ce Forum national de la haute fonction publique soit un moment fort qui mette en avant les nouveaux principes de gouvernance publique et fasse des propositions avant-gardistes sur les modalités de gestion efficace de la chose publique. Le modèle managérial souhaité reposera sur une contractualisation de la relation de travail dominée par les maîtres mots que sont l’engagement à atteindre les objectifs tracés et l’obligation de rentabilité et de résultat. Il devra également faire prévaloir la logique du service public, où prédominent les principes d’intérêt général, d’intégrité, de justice spatiale et de cohésion sociale. 
Nous espérons aussi que ce forum sera une occasion idéale pour formuler des recommandations, pour prendre des résolutions pratiques, déterminantes et applicables, en prélude à la mise en chantier de la réforme souhaitée. Ces décisions marqueront concrètement le point de départ pour mettre en marche le passage graduel d'un modèle de la fonction publique axé sur la gestion des carrières à un autre, tout nouveau, fondé sur la gestion des compétences. Il s’agira ainsi d’un modèle administratif efficace s’harmonisant avec le modèle de développement recherché et répondant aux impératifs de l'étape présente et à venir.
Nous bénissons vos efforts et implorons le Très-Haut de couronner de succès les travaux de votre forum. 
Wassalamou alaikoum warahmatoullahi wabarakatouh".

1/3/2018
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