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N. BATIJE

 Conseil de Bank Al-Maghrib
Taux directeur maintenu à 2,25%
 Production céréalière en berne
Le Conseil de Bank Al-Maghrib a tenu le mardi 19 mars sa première session de l’année 2019. Une session au terme de laquelle le Wali de la Banque Centrale a tenu sa traditionnelle conférence dominée cette année par les explications concernant le maintien du taux directeur au taux inchangé de 2,25%.
Egal à lui-même dans sa vivacité de corps et d’esprit, le premier banquier du Maroc qui semblait comme d’habitude hors de l’emprise du poids des ans, a expliqué que cette décision résulte d’un certain nombre de considérations dont l’analyse  des trajectoires à moyen terme moyen terme de l’inflation, de la croissance et des comptes extérieurs.
Au-delà des chiffres et du diktat des modèles et de résultats de modélisation, force est de constater, une fois de plus, que le Wali de la Banque Centrale trouve toujours le juste mot pour convaincre et surtout placer, convictions à l’appui, ses propos dans le contexte dicté par la conjoncture.
Dominée par l’aura indéniable de cet homme, qui avait été primé à Bali en tant que l’un des meilleurs gouverneurs de Banques Centrales au monde, la conférence de presse a permis de traiter en détail les contours de l’évaluation fournie par Bank Al-Maghrib.
Celle-ci part du constat que l’inflation, tirée essentiellement par les fluctuations des prix des produits alimentaires réputés volatils, a terminé l’année 2018 avec une moyenne de 1,9%. Tandis que les prévisions font état d’une décélération de cette même inflation à 0,6% en 2019 et à 1,1% en 2020.
Les mêmes prévisions, et suite cette fois aux données climatiques disponibles au 10 mars, évoquent une révision à la baisse de la production céréalière qui tournerait autour de 60 millions de quintaux et un recul de la valeur ajoutée agricole de 3,8%. Ce qui ferait que la croissance nationale, située, fort probablement,  à 3,1% en 2018, demeurerait limitée à 2,7% en 2019 avant de s’accélérer à 3,9% en 2020. Des taux qui ne permettront pas de résorber de manière conséquente le taux de chômage qui demeure essentiellement un phénomène urbain et touche 43,2% de la population jeune allant de 15 à 24 ans.
Au niveau des comptes extérieurs, les données provisoires, telles que relatées par M. Jouahri, font ressortir, au titre de 2018, une certaine dynamique des exportations dont notamment les phosphates et dérivés, la construction automobile et les produits agricoles et agroalimentaires. Cette dynamique est conjuguée à un alourdissement de 18,3% à 82,2 milliards  de la facture énergétique.
Et ce, au moment où les recettes de voyage ont progressé de 1,5% à 73,2 milliards de dirhams,  les transferts des MRE ont reculé de 1,7% à 64,8 milliards de dirhams et les IDE ont atteint 46,1 milliards, soit à peu près l’équivalent de 4% du PIB.
Dans ces conditions, et en tenant compte des sorties prévues du Trésor à l’international en 2019 et 2020 de l’ordre de 11 milliards chacune, les réserves internationales nettes passeraient de 231 milliards de dirhams en 2018 à 239 milliards en 2019, avant de revenir à 236 milliards en 2020. Ce qui permettra de continuer à assurer la couverture d’un peu plus de 5 mois d’importations de biens et services.
D’autre part, l’exécution budgétaire s’est soldée par un creusement du déficit à 41,4 milliards ou l’équivalent de 3,7% du PIB contre un objectif de 3% retenu dans la loi des finances.
A moyen terme, et hors éventuelles privatisations, le processus de consolidation budgétaire devrait, selon les prévisions de Bank Al-Maghrib, ralentir et le déficit qui devrait s’établir à 4,1% du PIB en 2019 passerait à 3,5% du PIB en 2020.
N. BATIJE

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*Trois questions à M. Abdellatif Jouahri, Wali de Bank Al-Maghrib :

«Nous ne sommes pas sous le diktat du FMI» 


Question :  La première phase de la réforme du régime de change, entamée il y a quinze mois, est qualifiée de réussite. Dispose-t-on à l’heure actuelle des pré-requis nécessaires pour entamer une  seconde phase beaucoup plus avancée dans le processus de  flexibilisation du dirham ?
 
Réponse :  Le FMI estime que nous pouvons passer à la seconde phase. De notre côté, nous estimons que lorsque nous disposerions des conditions requises pour ce passage, nous le ferons. Nous ne sommes pas sous le diktat du FMI. Il est vrai que les pré-requis sont réunis en termes de réserves de changes, de  soutenabilité budgétaire et de résilience des banques, mais nous devons également être parfaitement convaincus que les opérateurs économiques, les petits et moyens opérateurs qui sont en relation avec le marché extérieur ont parfaitement assimilé la réforme et pris les dispositions nécessaires pour utiliser l’ensemble des outils mis à leur disposition en ce sens.
Gardons surtout à l’esprit que cette réforme de change flexible a été initiée pour deux raisons principales : absorber les chocs exogènes et soutenir la politique de compétitivité du gouvernement et des opérateurs marocains. Aujourd’hui, nous ne sommes nullement face à ce genre de choc et l’enjeu pour nous consiste à ce que les choses soient bien assimilées, bien acceptées. Et ce sont d’ailleurs les mêmes arguments que nous avons opposé au FMI.

Question : Ne pensez-vous pas qu’en pareille conjoncture économique, une révision du taux directeur à la baisse pourrait être un levier favorable à la relance de l’économie via notamment l’encouragement de l’emprunt et des crédits?
 
Réponse : Ce sont des choses que nous avons examiné en interne. Mais je tiens à préciser que nous disposons de plusieurs modèles de court et de moyen termes similaires à ceux qu’utilisent les banques centrales les plus développées. Et ce sont justement ces modèles qui déterminent le taux directeur  qui est compatible avec l’ensemble des données qui y ont été introduites ou qui, du moins, donnent une première indication. Mais ce n’est pas suffisant. Ce qui est important c’est comment vous analysez en tant qu’expert l’ensemble de ces données et surtout à moyen terme. D’autant plus que toute baisse du taux directeur ne concerne pas uniquement les conditions de crédit qu’appliquent les banques aux clients, mais également les conditions de rémunération de l’épargne.
 
Question : Est-ce qu’on peut avoir une idée sur le point de vue de Bank Al- Maghrib sur le nouveau modèle de développement et est-ce qu’il n’y a pas de déconnexion entre la sphère monétaire et celle réelle ou productive?
 
Réponse : Parler de ce modèle prendrait beaucoup de temps. La politique monétaire est l’un des piliers du modèle que le Maroc envisage de mettre en œuvre et il n’y a aucunement de déconnexion dans la mesure où nous finançons les banques qui, à leur tour, financent l’économie. De la même manière, nous interdisons aux banques de financer des opérations  de spéculation ou de portefeuille pour justement éviter ce genre de pratiques. Pour nous, les banques financent logiquement la sphère réelle. Et aucun problème ne se présente à ce niveau.

 
 




 
21/3/2019
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