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Ahmed NAJI

 Entre difficultés socioéconomiques et politiques et menaces aux confins Sud du Royaume
Consolider le front intérieur face aux défis extérieurs
 
Quelle image donne actuellement le Maroc de lui-même sur la scène internationale ? Si l’armée marocaine étale aux yeux du monde tout le professionnalisme et la détermination de ses soldats, à travers sa participation remarquée à des missions onusiennes de maintien de la paix, et que la diplomatie du Royaume s’est rarement montrée aussi efficace qu’elle l’est aujourd’hui, affichant fièrement le retour du Maroc au sein de l’Union Africaine comme son plus beau succès récent, les observateurs étrangers ne vont, toutefois, pas manquer de remarquer que sur le plan intérieur, le tableau est loin d’être aussi rose.
L’actuelle campagne de boycott de produits de consommation a eu, entre autres conséquences, de mettre à nu le décalage considérable entre, d’une part, une bonne partie des élites politiques et économiques nationales, qui entretiennent d’ailleurs d’incestueuses relations, et, d’autre part, la masse des citoyens, classes sociales les plus défavorisées et les moins favorisées confondues.
Les coups répétés portés au pouvoir d’achat et au niveau de vie des populations, le peu de cas fait par les gouvernements Benkiran et Othmani de leurs attentes et revendications, la réponse « musclée » apportée aux manifestations populaires d’Al Hoceïma et Jerada, les propos injurieux tenus par des responsables publics et privés envers les boycotteurs, ainsi poussés à radicaliser leur position, suivis de risibles tentatives de calmer les esprits par des discours « formatés », perçus par les citoyens comme une insulte à leur intelligence, le cumul de toutes ces bêtises de gouvernance et de communication a créé un gouffre entre gouvernants et gouvernés et fragilisé le front intérieur.

Maintenir le cap dans la tempête
Tous les pays du monde, à l’exception de la Corée du nord qui vit en quasi-autarcie, ne peuvent plus opérer de strictes distinctions entre leur situation politique, économique et sociale interne et le contexte international du moment. Mondialisation marchande et technostructures de connectivité font qu’il devient de plus en plus difficile de s’isoler pour régler ses problèmes intérieurs ou de se mettre à l’abri des influences extérieures.
Le contexte international présent exige du Maroc de vite résorber ses contradictions internes pour espérer traverser sans dégâts les turbulences géopolitiques qui agitent la planète, voire en tirer profit pour se positionner au mieux sur la carte du monde multipolaire longtemps en gestation et fraîchement né de la débâcle des Etats-Unis et du camp occidental en Syrie.
Le Maroc n’est plus éloigné du champ de bataille moyen-oriental, comme le prouve l’implication récemment révélée du Hezbollah libanais et de l’Iran dans le conflit au Sahara. Il n’en a pas moins d’autres chats à fouetter que de s’embourber dans les affaires de l’Orient compliqué. Empêcher les mercenaires polisariens d’Alger de continuer leurs provocations aux confins sud et sud-est du Royaume demeure l’objectif premier. Cette partie se joue surtout au niveau du Conseil de sécurité et dans les couloirs du bâtiment des Nations Unies à New-York, ou seul l’appui de la France est vraiment acquis pour le Maroc.

Les routes de commerce vers l’Afrique
Comme le président Donald Trump n’a pas les moyens de rendre l’Amérique puissante à nouveau (Make America great again), il en est arrivé à saboter les relations commerciales et racketter même ses alliés. Pour le Maroc, ce partenaire ressemble de plus en plus à un ours blessé dont il vaut mieux ne pas trop attirer l’attention. Heureusement qu’il reste encore des personnes de bon sens au Pentagone pour éviter que le conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, ne fasse des siennes pour conforter ses amis algériens, en rappelant à qui de droit la position géostratégique du Maroc et l’importance d’en préserver le partenariat.
La Grande Bretagne, qui a recommencé à regarder par delà les océans, depuis le référendum sur le Brexit, cherche à redéployer ses réseaux commerciaux et financiers vers l’Asie, avec un intérêt néanmoins non dissimulé pour l’Afrique, ce qui explique le réchauffement des relations entre Rabat et Londres. De toute manière, avec les éruptions successives d’indépendantisme en Ecosse et les difficultés à tracer une frontière avec l’Union européenne en Irlande, le séparatisme n’est pas vraiment en odeur de sainteté sur les bords de la Tamise.
La Chine semble, par contre, réellement frustrée de ne pas parvenir à étendre concrètement son projet de nouvelle route de la soie en Afrique. Même si le Maroc n’apparaît pas sur la carte des pays de transit devant bénéficier d’infrastructures à construire dans le cadre du projet chinois de « la ceinture et la route » (en ce qui concerne l’Afrique, « la ceinture » chinoise va du détroit de Bab El Mandeb, le long de la Mer rouge, jusqu’au canal de Suez et Port Saïd en Egypte, et « la route » de Djibouti, sur le Golfe d’Aden, et l’Ethiopie, jusqu’au Nigéria, sur la façade atlantique du continent), la Chine n’en a pas moins ressentie la capacité effective et actuelle du Royaume a constituer une porte d’accès assurée vers l’ouest du continent. Et comme Pékin souffre également de poussées de fièvre séparatiste au Tibet et Xinjiang, là encore, le polisario a peu de chance de s’y faire entendre.

Relativité de l’alliance
et de l’adversité
Le cas de la Russie est assez particulier. Son champ de vision géopolitique, de ce côté de la planète, s’arrête présentement à la Méditerranée. Et même si le séparatisme tchéchène a laissé de mauvais souvenirs sur les bords de la Volga, comme l’Algérie est l’un des bons clients de ses systèmes d’armes, Moscou fera tout pour la ménager, en veillant à ce que le polisario ne soit pas laminé au Conseil de sécurité des Nations Unies. Les liens particuliers qu’entretient le Maroc avec les Etats-Unis d’Amérique, l’Arabie saoudite et les Emirats Arabes Unis, dans le contexte de leur adversité déclarée envers la Syrie et l’Iran, qui eux sont des alliés de la Russie, fait que Rabat ne peut mieux espérer que de tempérer le clivage avec Moscou.
La partie est cependant jouable pour la diplomatie marocaine dans le sens où l’état de déliquescence avancé du système politique algérien n’a pas dû échapper aux Russes. Ces derniers se sentent vexés des désidératas exprimés par leurs alliés algériens, proportionnellement égales à leur ingratitude quand il s’agit de s’entendre sur les prix du gaz ou d’octroyer à la marine militaire russe des facilités de port. Si ce n’était la proximité de Rabat avec Washington, Paris et Londres, le libéralisme politique et économique du Maroc et le pragmatisme de ses dirigeants correspond mieux à la vision que Moscou se fait de ses potentiels partenaires.
L’idéal, dans le contexte actuel, est d’arriver à faire accepter à la Russie une déconnexion entre leur traitement de la crise ouverte du Moyen Orient et celle de la situation de guerre froide en Afrique du nord. Un peu à l’image de ce qui se passe actuellement entre Moscou et Téhéran, en grande partie d’accord concernant la Syrie, en grande partie en désaccord concernant Israël, chaque problème étant traité séparément. Il faut, cependant, garder à l’esprit que les Russes peuvent, de temps en temps, avoir des accès d’hypocrite humanisme à l’occidental, comme on l’a vu dans leur soutien, passager, aux revendications séparatistes des Kurdes de Syrie.

Quel ciment pour le front intérieur ?
Pour réussir n’importe laquelle des démarches diplomatiques suscitées, qui nécessitent une très grande plasticité pour ne pas dire de véritables numéros de contorsionniste, un minimum de cohésion interne est exigé. La stabilité politique est l’une des cartes maîtresses dans le jeu du Maroc, ce qui devrait amener les décideurs politiques à négocier au mieux la paix sociale, en réprimant les appétits mercantiles excessivement voraces. Parce qu’à l’image de ce qui se passe dans la majorité des pays avancés ou peu sur la voie de la démocratie, le Maroc connaît une polarisation sociopolitique de plus en plus nette entre un courant oligarchique, de mieux en mieux connecté à la dynamique mondialiste, et un courant populaire, qualifié par les premiers cités de populiste, dont les préoccupations sont plutôt centrées sur les difficultés internes.
Quand les premiers, aux comptes bancaires bien garnis à l’étranger, adoptent le discours patriotique pour faire taire les seconds, ça sonne tellement faux qu’ils se font vertement tancés. On n’en est même arrivé à se poser la question de savoir si la fidélité de l’élu doit aller à l’appareil du système politique en premier, ou plutôt aux électeurs qui accordent audit appareil sa légitimité. Même si dans une démocratie représentative l’élu n’est pas tenu par un mandat impératif par ses électeurs et demeure libre de ses choix, en son âme et conscience, la substance de la démocratie demeure la volonté du peuple.
Laisser cette fracture sociopolitique s’élargir, c’est non seulement courir le risque d’une explosion sociale, mais aussi de fragiliser le front intérieur face aux menaces extérieures. Il est temps que les gouvernants se rendent compte que ce qui est en jeu avec cette campagne de boycott, dans les circonstances socioéconomiques actuelles, est bien plus que les prix du lait, de l’eau minérale et du carburant. Il s’agit de deux visions de société qui s’affrontent et de ce processus dialectique va surgir un Maroc re-profilé, mieux ou moins bien armé pour affronter les défis extérieurs, selon la pertinence des choix effectués.

Ahmed NAJI
24/5/2018
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