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Ahmed NAJI

 
Fonctionnaires et autres employés, vous êtes avertis : M. Benkirane vous dit qu’il n’y aura pas d’augmentation de salaires
 
Fonctionnaires et salariés marocains, tenez-le-vous pour dit : le chef du gouvernement n'a nulle intention d'améliorer vos rémunérations. Malgré tous les efforts de vos représentants, le message n'est pas passé. Le gouvernement est prêt à sacrifier le bien être des travailleurs marocains sur l'autel de l'orthodoxie financière. Si les comptes sont bons, peu importe le sort des citoyens, peut-on déduire de sa récente intervention en séance plénière du parlement.
Est-ce de l'aveuglement, dû à une profonde méconnaissance des conséquences sociopolitiques des décisions prises sur le plan économique ? L’exécutif a déjà pris la mauvaise décision de restreindre les investissements publics au nom des sacro-saints équilibres budgétaires, privant l'économie marocaine, de la sorte, d'un important stimulateur de la croissance. Car ce ne sont pas les 4 à 5% de hausse du PIB qui vont permettre d'absorber ne serait-ce que les nouveaux venus sur le marché du travail, compte non tenu du stock existant de chômeurs. Et le voilà à refuser d'améliorer le pouvoir d'achat des fonctionnaires et salariés, serrant ainsi la bride à la demande intérieure.
Si les citoyens mettent à la tête de l'exécutif des hommes politiques et non pas des technocrates, c'est justement parce que les premiers ont une vision globale de la situation du pays, ne se contentant pas de prendre en considération l'état des finances, mais tiennent également compte des équilibres sociopolitiques. Une croissance économique sans création d'emplois, des richesses qui se créent mais des inégalités qui se creusent, des résultats financiers qui s'améliorent mais des tensions sociales qui s'aggravent, ça peut faire sourire des comptables de satisfaction, mais ça donne la chair de poule aux hommes politiques perspicaces.
Nul ne conteste le bien fondé du respect des équilibres macroéconomiques. C'est une évidence à propos de laquelle n'existe aucune divergence. Cependant, restreindre les investissements publics et brider la demande intérieure, par la hausse des prix et la stagnation des salaires, revient à étouffer l'économie. C'est une politique à courte vue. Booster la création des richesses et veiller à une juste redistribution permet non seulement de dynamiser la croissance et améliorer le bien être des citoyens, mais aussi de ramener au vert les comptes de la nation, du fait de la hausse des recettes de l'État.
Insuffisance ou populisme ? M. Benkirane met l'accent sur les catégories sociales les moins favorisées, en feignant d'ignorer que la partie inférieure des classes moyennes est de moins en moins à l'abri de la vulnérabilité, du fait du démantèlement des subventions aux produits de première nécessité. Peut-on imaginer une amélioration du sort des populations les plus démunies en poussant les classes moyennes inférieures à l'appauvrissement ? Cela revient à jouer ces classes sociales l'une contre l'autre, dans une perspective souvent électoraliste. Sans tenir compte de la stabilité sociale.
S'il faut bel et bien sortir de la pauvreté les populations qui en souffrent, ce n'est sûrement pas en mettant à genoux les classes moyennes. Elles sont les véritables piliers de l'édifice social de la nation.

En vérité, l'impuissance mise en avant par M. Benkirane au parlement n'est pas celle du Maroc à mieux payer ses travailleurs, mais plutôt la sienne, incapable qu'il s'est montré jusqu'à présent de passer du statut de simple comptable, coincé dans le solde des débits et crédits, à celui de véritable dirigeant politique, aux ambitions qui égalent au moins celles que nourrissent les Marocains pour leur pays.

28/5/2015
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