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Montréal-Mouna Achiri

 
Marocains du monde : L’édition numérique ou l’autre façon de lire un livre : Entretien avec Kamal Benkirane*
 
Kamal Benkirane, un nom qui commence à gagner ses éperons dans le cercle très select de la littérature et des arts québécois mais surtout dans le domaine de l’édition numérique. Ce féru de littérature, également conférencier, écrivain, poète et fondateur d’un orchestre de musique andalouse, est muni d’une longue expérience scripturale et une vision bienveillante de la diversité.
Portrait d’un artiste doublé d’un éditeur…numérique.

L’Opinion : Vous êtes écrivain, poète et éditeur. Comment voyez-vous le processus de l’écriture au Canada par rapport au Maroc ?

Kamal Benkirane : Au Maroc il n’y a pas assez de débouchés vis-à-vis de l’édition. Au Canada, le secteur est avancé et les opportunités de se faire lire ne manquent pas. Il suffit de vouloir les découvrir. Ceci dit ne peut pas éditer qui veut; le domaine est assez fermé mais il y a des possibilités de créer. Il existe des marchés et des salons du livre. Cette effervescence culturelle aide à créer un réseau de contacts qui aident à approcher l’éditeur.
Me concernant, la publication de mon premier livre s’était faite à travers un contact établi par une personne. L’accord a été immédiat, sans complication : « oui, oui, on va le publier, pas de problème ». Mon œuvre a trouvé ainsi sa place dans les rayons des librairies avec la poésie québécoise. Mes autres écrits ont connu le même acheminement.
Il suffit de travailler son manuscrit, et pas seulement en 6 mois ou une année mais en deux ou trois ans, le peaufiner et le polir jusqu’à la perfection  car il y a beaucoup d’exigence de la qualité.

L’Opinion : En tant qu’immigrant, pensez-vous que l’interculturalité, qui est au centre de vos écrits, a apporté quelque chose à votre façon d’écrire ?

Kamal Benkirane : L’interculturalité est non seulement un outil d’ouverture à la diversité et la compréhension de l’autre mais en plus elle facilite l’adhérence culturelle. Ainsi notre projet des « Mille et une soirées littéraires », proposé aux acteurs culturels québécois, a été accepté à l’unanimité. Il a été inauguré à la maison des écrivains avec la présence d’à peu près une dizaine d’officiels. C’est un projet de rencontres thématiques mensuelles autour des littératures spécifiques francophones existantes au Québec.
Noua avons commencé au mois de janvier par l’interculturalité en invitant Simon Harel, un grand monsieur des problématiques interculturelles, (NDLR : lauréat du prix Trudeau en 2009-2012) et de nombreux artistes intéressés par la question de la diversité culturelle. Nous sommes partis du constat qu’il y a des auteurs québécois de souche mais aussi des immigrants qui n’ont pas assez de visibilité, d’où notre intérêt pour la littérature de la migrance, pas dans le sens de la migrance périphérique mais de la littérature québécoise interculturelle. Nous amorçons un échange interculturel de différentes communautés dans un cadre littéraire comme vecteur de rassemblement.
L’Opinion : Et en ce qui concerne E-passerelle ?

Kamal Benkirane : Nous avons commencé en 2007 comme éditeur électronique. C’est une maison d’édition établie en ligne. Nous avons magnifiquement commencé avec un conseil d’administration composé de sept personnes de grande diversité reconnue par des instances qualifiées comme Radio canada. Nous avons été reconnus comme première maison d’édition électronique québécoise de consonance maghrébine. Nous avons commencé à éditer en version papier limitée, c’est-à-dire 50 à 100 livres d’auteurs de la relève puis nous avons mis leurs livres en version pdf , et cela a marché. La plupart des auteurs, qui ont opté pour la version numérique considèrent le processus comme un tremplin pour la publication dans certaines maisons d’édition comme l’Harmattan en France.

L’Opinion : Comment faut-il procéder pour lire un livre édité en ligne?

Kamal Benkirane : Pour commander, on passe majoritairement par le site web E-Passerelle. Je vous donne l’exemple du dernier ouvrage de Mostafa Benfares qui a publié dernièrement à l’Harmattan ; il suffit juste de cliquer sur son nom pour se retrouver sur le lien «  ajouter au panier » et payer par carte de crédit ou par mandat.

L’Opinion : Le projet marche ?

Kamal Benkirane : Tout à fait, quoiqu’au début, le procédé faisait hésiter par sa nouveauté, surtout qu’on a comme objectif d’être présent un peu partout au Québec. On a fait confiance à notre projet et on nous a soutenus. Puis nous sommes passés à une autre étape en étendant l’édition au niveau des évènements culturels et des rencontres littéraires. Nous avons alors relancé entre 2009 et 2010 les rencontres littéraires avec comme partenaire principal la maison culturelle Dar Al Maghrib qui nous a permis d’organiser la première rencontre sur la littérature marocaine, très médiatisée à l’époque. Nous avons essayé d’avoir un panel composé d’acteurs d’origine marocaine mais aussi sépharades.
L’Opinion : Qu’en est-il du coût du livre numérique par rapport au livre sur papier ?

Kamal Benkirane : Le livre numérique coûte presque la moitié de la publication sur papier. En plus qu’il offre beaucoup d’accessibilité. Les gens préfèrent payer moins, le livre numérique répond à ce besoin.
Nous vendons 5 livres sur papier gratuits au début à l’auteur, après, le tirage sur papier se fait à la demande de l’auteur.

L’Opinion : Vous avez à votre effectif d’autres ouvrages qui s’éloignent tout à fait de la poésie et de la littérature. D’abord un essai sur le décrochage scolaire…

Kamal Benkirane : C’est un ouvrage sur la culture de la masculinité au Québec. Comme j’enseigne au secondaire c’est un sujet très débattu à ce niveau. Mon essai traite de l’éducation sur la culture de la masculinité ; il y a un féminisme très prononcé ici qui n’est pas négatif car il met sur le même pied d’égalité la femme et l’homme.

L’Opinion : Vous avez aussi écrit « Lettre ouverte à un djihadiste »…

Kamal Benkirane : Je pense qu’au Québec il y a tout un acheminement extrêmement discréditant pour les arabo-musulmans dont nous faisons partie. Moi qui me suis établi ici au début des années 2000, il y a eu les attentats du 11 septembre, après les accommodements raisonnables, après c’était le tour de la Charte des valeurs, puis l’arrivée des prédicateurs, etc ; c’est un poids extrêmement lourd et négatif à porter et ça ternit notre image.
Moi j’essaie d’écrire de manière assez ironique parce que si on lit deux fois ce que j’écris je critique les arabo-musulmans mais aussi les autres. Je dis aussi qu’il faut mettre l’humanisme au centre de sa pensée, c’est ça ma théorie.
« Lettre ouverte à un djihadiste » s’adresse à ces harangueurs qui n’ont rien à voir avec l’Islam; qui ne sont que des criminels. Ce sont des gens extrêmement rigides sur la religion, sans théologie, sans spiritualité ni compréhension, ils ont créé un mouvement qui a été politisé. Quand j’ai écris ce billet c’était pour faire comprendre que les Arabo-musulmans n’ont rien à voir avec ce phénomène. J’essaie de leur dire que ce n’est pas cela l’Islam, c’est l’Islam tel qu’expliqué par Mohammed Arkoun, le grand islamologue, par Gilles Kepel, c’est l’islam des grands noms qui ont mis l’humanisme au centre de leur écriture et qui ont demandé à ce que l’historicité soit considérée comme un fondement. Quand on parle de la laïcité moi je dis que l’islam est déjà laïc ; il suffit juste de le comprendre.

*Essayiste, poète, écrivain et éditeur marocain
22/5/2015
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