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Bouteina BENNANI

 
Projet de jumelage entre les sages-femmes marocaines et néerlandaises : Renforcer la profession pour réduire la mortalité maternelle et néonatale
 
Afin d’atteindre les objectifs 4 et 5 du Millénaire pour le Développement qui est de réduire la mortalité maternelle et la mortalité néonatale, tout porte à croire que les Sages-femmes y seront pour quelque chose, du moins, pourront bientôt en avoir la responsabilité et commencent d’ores et déjà à s’y préparer. Cette profession noble de tous les temps est à encourager, à structurer et à légiférer pour la revaloriser et lui redonner la place qui lui est due. Au Maroc, les chiffres sont alarmants : chaque année, près de 12 000 enfants meurent en période néonatale immédiate et 24 000 deviennent handicapés. Des handicaps neurologiques sévères au coûts onéreux équivalent à 300 000 dirhams chaque année par enfant, seulement pour améliorer son confort. Les organisations et ministères nationaux et internationaux sont conscients et se rendent de plus en plus compte que tout est question de formation et de prise en charge précoce de la fille puis de la femme enceinte et du bébé.
Les associations marocaines des sages femmes s’activent et font des partenariats avec le Ministère de la santé et les associations de Sages-femmes au niveau international afin de renforcer leurs acquis et leur savoir mais aussi pour échanger leurs expériences mutuelles dans le domaine. Dans cette éthique, un projet de jumelage est entamé depuis 2012 dans ce cadre, une approche innovante, « twin2twin » ayant pour finalité de « Renforcer la profession sage-femme afin d’améliorer la santé des femmes ». Apprentissage, échange d’expériences, savoir-faire et sens de responsabilité sont d’apanage.
A cet effet, une conférence a été organisée à la résidence de l’Ambassadeur du Royaume des Pays-Bas au Maroc, Mr. Ron Strikker pour qui, ce projet de jumelage entre les associations de sages-femmes au Pays-Bas et au Maroc est un exemple de coopération et d’amitié entre les deux gouvernements et les populations et un signe fort de l’importance de cette profession.
Le jumelage en lui-même donne une certaine visibilité, à travers le départ des délégations de Sages femmes marocaines en Hollande. C’est un domaine de partenariat assez particulier outre que la coopération qui existe déjà entre le Maroc et la Hollande dans les domaines économique, sportif, culturel, social Il a pour objectifs la mise en exergue du rôle de la sage femme dans la réduction du taux de la mortalité maternelle et la sensibilisation des parties prenantes sur les retombées positives sur la santé reproductive.
Dans ce projet il y a d’autres synergies. La représentante du bureau de l’UNFPA au Maroc, la Présidente de l’ICM et la coordinatrice du projet de jumelage Konikliyke Nederlandse organisatie Van Verloskundigen (KNOV), prennent à coeur ces associations. Elles parlent de la philosophie de ce programme d’équipe, de l’entraide, de l’offre de services et de l’échange d’expériences. Un travail colossal dont le dessein est l’amélioration des capacités des sages-femmes pour un meilleur accès des femmes aux soins, aux droits et à une baisse de mortalité, car, le rôle des sages-femmes est au-delà des soins.
Si des progrès et des efforts ont été consentis au Maroc, dans le cadre des OMD, bien des disparités persistent entre les zones rurales et urbaines. Plusieurs recommandations ont ciblé l’objectif 5 lié au taux de fécondité des adolescentes, au mariage précoce. Et les sages femmes ont un rôle essentiel dans ce volet, car elles peuvent défier toutes les circonstances difficiles.
Tous les chiffres montrent un retard dans la baisse de la santé infantile et maternelle au niveau national. C’est pour cela que les associations prennent certaines  initiatives louables et participent à toute activité visant l’amélioration de la santé reproductive et infantile, comme tisser des liens de soutien et d’entraide avec les ONGs, participer à la mise en place de stratégies et à la protection des droits des femmes et des enfants
Pour ce qui est du « twin2twin », la première du genre, il s’agit de renforcer la profession pour le jumelage, d’autant plus qu’en Hollande, la prise en charge de la maternité est exceptionnelle, aux dires des sages-femmes qui ont vécu cette expérience aux Pays-Bas.

Le projet de jumelage

Le projet de jumelage entre l’Association Marocaine des Sages-femmes AMSF et l’association néerlandaise KNOV, tel que présenté par Mme Mlika Tibhiri de l’AMSF, ambitionne d’améliorer les soins de la mère et de l’enfant. Cette entraide entre deux organisations humanitaires est au service de la femme et de la santé reproductive et infantile. Le programme « twin2twin » étalé sur 4 ans (2 ans déjà) a été entamé en 2013. Les deux équipes de coordination, Hollandaise et marocaine comprennent des enseignants sages-femmes, des étudiantes sages-femmes, des praticiennes et des jumelles chercheuses. La deuxième année s’est démarquée par la formation, une réflexion profonde sur l’aspect culturel, l’évaluation des attentes des 2 jumelles ainsi qu’une recherche sur les projets qui répondent aux SF des deux pays. Au mois d’octobre 2014, neuf projets dans différents domaines, répondant aux objectifs ciblés des deux pays sont maintenant à la disposition des experts pour les évaluer.
Le projet de jumelage est une approche innovante qui pousse à réfléchir sur le rôle et les attentes des sages-femmes, sur la nécessité de la formation et de la formation continue pour mieux focaliser sur la femme, les enfants et les nouveau-nés.

La place de la sage-femme
au Maroc

Le quotidien des sages-femmes au Maroc a été mis en exergue par Mlle Hanane MASBAH, sage femme enseignante, à travers une présentation sur les réalités et les perspectives d’avenir. Un avenir qui dépend du développement social et économique de la population à travers, notamment, la réduction de la mortalité et la morbidité maternelles et néonatales. Plusieurs stratégies et programmes visant la mère et l’enfant ainsi que le plan d’action national 2012-2016 de réduction de la mortalité maternelle et néonatale ont été mis en oeuvre. Chaque jour, 2 femmes meurent et 266 nécessitent une intervention obstétricale d’urgence. Or, le décès de la mère équivaut dans la quasi-totalité des cas à la dispersion de tout un foyer. La place de la sage-femme dans la promotion de la santé maternelle et infantile a été démontrée. Tout entre  dans cette profession: Psychologie, disponibilité et sens de la responsabilité. La sage-femme contribue au niveau de la santé sexuelle et reproductive, dans la promotion de la santé, le management, la gestion technico-administrative, l’évaluation et la recherche.
Pour ce qui est des perspectives, certains projets fédérateurs pour le renforcement de la profession des Sages-femmes au Maroc sont en attente. A savoir, la révision du cursus de formation selon les normes LMD 5(Licence, Master, Doctorat)et l’APC. Mais aussi, prendre l’exemple de certains modèles internationaux en matière d’autonomie transdisciplinaire de la Sage-femme, de réglementation dans l’optique de réduire la mortalité maternelle et infantile.

L’association marocaine
des sages femmes

La vice-présidente de l’AMSF, Mme Ouzahra Nadia, nous parle de l’action au sein de l’association qui oeuvre au niveau national, régional et local dans les hôpitaux et les maisons d’accouchement. L’association, comme son nom l’indique, est en rapport avec tout ce qui est santé maternelle, infantile et néonatale. Elle est impliquée dans les stratégies du ministère de la santé, dans la mise en oeuvre des plans d’action nationaux et aussi dans l’accompagnement de la sage femme sur tout ce qui est réglementation, orientations et référentiel des activités. L’objectif est de faire revaloriser la profession de la sage femme, l’accompagner de par une formation continue pour la mettre au même niveau que la sage femme au niveau international. D’ailleurs, l’AMSF adhère à la Confédération Internationale des SF(ICM) et a les mêmes objectifs et les mêmes stratégies de travail. L’association s’attelle aussi à d’autres activités, à savoir, la lutte contre la violence à l’égard des femmes, le développement de la femme, la santé reproductive... Outre l’accouchement, le rôle de la SF, qui a terminé son cursus de trois ans dans des instituts publiques de formation aux carrières de santé, consiste à suivre de près et d’optimiser certaines maladies liées à la grossesse, contre le VIH :Sida, la lutte contre la violence .
Le jumelage avec KNOV, la seule association des SF en Hollande, entamé depuis deux ans, a permis de faire bénéficier 20 SF en 2014 pour assister au congrès triennal de l’ICM. Outre l’échange culturel, les SF marocaines ont partagé le quotidien des SF hollandaises au sein des structures d’accouchement, donc leurs valeurs, leurs cultures et l’échange de la vie au travail. C’est une richesse. En plus la perception de la profession a changé à travers ce jumelage, c’est un échange bénéfique entre les compétences marocaines et hollandaises. Le projet présenté par l’AMST consiste à renforcer les SF hollandaises en matière de communication avec la population marocaine en Hollande, surtout en matière de dépistage néonatal des malformations. Du fait que le problème se pose pour ce qui est des connaissances concernant la perception des musulmanes en matière de dépistage.
Le Maroc a acquis une certaine expérience dans ce volet. Si les femmes marocaines adhèrent au dépistage, en Hollande, les femmes ont une certaine réticence que l’on peut outiller par une argumentation scientifique et surtout religieuse et anticiper ainsi les problématiques auxquelles elles pourraient être confrontées.

A propos de l’ICM

L’ICM ou voix des SF dans le monde comprend 116 associations membres dans 10 pays et 300 000 SF qui ont une seule vision, pour que chaque femme enceinte et son nouveau-né aient des soins prodigués par une sage femme. Sa mission est de renforcer les associations membres et faire progresser la profession des SF selon trois piliers : éducation, formation, réglementation (législation) et pratique. Les soins devraient dépasser les grossesses, les accouchements et atteindre la période postnatale. Leur devise : Une formation, une rémunération adéquate, des mesures d’incitation appropriées financières et mieux rendre des comptes, c’est l’avenir des SF et des pays.

L’avis du médecin

Pr Driss Alaoui, Président de l’association « Al Hayat » chaîne de vie, présidée de façon honorifique par la princesse lalla Zineb, Présidente de la Ligue Marocaine de l’Enfance nous parle du rôle primordial des sages-femmes. « On perd malheureusement chaque année à peu près 12 000 enfants à la période néonatale immédiate et presque 24 000 ont des handicaps neurologiques sévères.
Or, quand le cerveau est détruit, quoiqu’on fasse, on peut quelque peu améliorer le confort de l’individu mais on ne peut jamais récupérer le plus indispensable, son cerveau.
Les séquelles sont lourdes et coûtent très cher. Le confort de cet enfant (un seul) handicapé par an tourne autour de 300 000 dirhams (pour seulement améliorer le confort), alors que, pour éviter aussi bien la mortalité que la morbidité, il suffit de respecter ce qu’on appelle les 4 chaînes de vie. L’association « Al hayat » essaie de promouvoir le respect de ces 4 chaînes de vie qui sont tout simplement : la chaîne de l’hygiène, autrement dit le respect du lavage à l’eau et au savon des mains jusqu’aux avant bras et leur assèchement ainsi que le nettoyage de la peau maternelle qui va être au contact du bébé mis au sein, et cette chaine ne coûte rien. La deuxième chaîne est celle de la température. Le bébé dans le ventre de sa mère est à une température qui varie entre 37,5 et 38 degrés, en naissant, il est placé dans une atmosphère souvent froide et mouillée. Si l’on ne prend pas la précaution de le sécher, de lui mettre un petit bonnet sur la tête et de le mettre peau à peau sur sa maman, il va perdre un demi degré par minute et au bout de 3 minutes il est en hypothermie, au bout de 7mn, il est mort. La troisième chaîne est celle de la respiration. Alors qu’il était dans une ambiance agréable à l’abri du bruit, de la chaleur, de la lumière et des risques infectieux dans le ventre de sa mère, le bébé sort immédiatement dans une ambiance violente et incommode et la première chose qu’il fait, c’est retenir sa respiration. Si on ne le stimule pas, d’abord el lui inspirant dans la bouche ensuite dans le nez, et en lui tapotant des pieds, il ne va pas respirer. Au bout de 3minutes, il est en situation d’anoxie qui provoque des séquelles neurologiques sévères s’il ne décède pas. La quatrième chaîne, c’est l’allaitement maternel dans la première demi-heure de vie. Dès que le bébé est né, à la première minute de vie appelée la minute d’or, il faut le mettre sur la poitrine maternelle et il va aller chercher le sein. Et c’est la meilleure façon de sauver la maman de la cause première de mortalité maternelle qui est l’hémorragie de la délivrance puisque le seul fait de prendre le mamelon maternel fait que la maman va secréter une hormone qui est l’ocytocine et qui va lui permettre d’éviter l’hémorragie de la délivrance qui est la première de cause maternelle. Cet allaitement maternel est essentiel pour le développement du bébé et il doit être exclusif pendant les 6 premiers mois. Avec ces 4 chaînes de vie, on diminuera la mortalité et la morbidité de 75% du taux global et l’on va aboutir au respect des objectifs du millénaire 4 et 5 pour le développement qui arriveront à terme fin 2015. Il y a encore du travail à faire. En termes de mortalité maternelle, on est à 112 pour 100 000 naissances et l’on devrait arriver à 50 pour 100 000 naissances. Et on est à 20 pour 1000 de mortalité néonatale et on doit arriver à 12 pour 1000. Certes, on a beaucoup progressé grâce au ministère de la santé et à la société civile. Depuis les années 60 à aujourd’hui, on a réduit par un facteur 3 le terme de mortalité maternelle. En terme de mortalité néonatale, on n’a pas beaucoup progressé, souvent on ne sait pas à qui appartient le nouveau né.
Il a été démontré que si l’on veut réduire aussi bien la mortalité maternelle que néonatale, il faut former les sages femmes. Et si l’on arrive à les motiver aussi bien moralement, intellectuellement que financièrement, et leur donner leur juste place, il n’y a plus rien à craindre. Toutes les études internationales ont montré que c’est la sage femme qui fait l’essentiel du travail et c’est elle qui est en première ligne. Nous sommes en train de lutter avec l’association marocaine des SF et l’association nationale des SF pour que cette fonction soit reconnue dans le système sanitaire du pays et ait un cadre de travail.
La sage-femme a une très bonne formation académique au départ mais dans l’activité quotidienne, elle subit des freins qui devraient être absolument levés. Qu’on le veuille ou non, 90% des naissances dans notre pays sont pris exclusivement par les SF. Bien sûr, La disponibilité d’autres spécialités, en particulier, les médecins gynéco-obstétriciens est essentielle. Mais, si on a une vision globale, la SF doit avoir une responsabilité sur toute l’évolution à partir de la jeune fille jusqu’à la femme enceinte, jusqu’à l’accouchement, cela relève de sa compétence. On considère que la SF est l’épine dorsale de la solution au problème de mortalité maternelle et morbidité.
30/11/2014
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