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        Culture

Par Hassan NOUR (Critique d’art)

 
L’Ecole Supérieure des Beaux Arts de Casablanca rend hommage au grand peintre Farid Belkahia
 
C’est avec beaucoup d’émotion et énormément de tristesse que l’Ecole Supérieure des Beaux Arts de Casablanca  a appris le décès de l’artiste peintre de renom Farid Belkahia qui vient de tirer de sa révérence des suites d’une longue bataille avec la maladie à Marrakech, dans la nuit du jeudi 25 septembre, à l’âge de 80 ans. Farid Belkahia, lauréat de l’École nationale supérieure des beaux-arts de Paris dans les années 50’s, qui, depuis son retour au Maroc, est directeur de l’École des beaux-arts de Casablanca de 1962 à 1974, s’engage aux côtés des intellectuels et des artistes pour travailler à la réappropriation du patrimoine marocain dans la création artistique. «Figure emblématique du mouvement de la peinture et des arts visuels au Maroc, il est particulièrement connu pour ses cuivres martelés et désoxydés des années 1970, ses peaux et pigments naturels des années 1980 à nos jours. Les formes sensuelles s’éloignent définitivement des représentations sombres des débuts “figuratifs”- un terme qu’il exècre – des années 1950 qui traduisaient une crise existentielle de l’aveu même de l’artiste», se souvient la critique d’art Dounia Benqassem, auteure du «Dictionnaire des artistes contemporains du Maroc» aux Éditions Africarts.
Sur ce départ, Abderrahmane Rahoule, directeur de l’Ecole Supérieure des Beaux Arts de Casablanca nous aconfié : «  Au nom de tous les acteurs de notre école, j’aimerai bien confirmer que Farid Belkahia nous a légué un immense travail, bien recherché et très créatif. Il est parmi les grandes figures de la peinture marocaine moderne. Son œuvre est partie intégrante du patrimoine national non seulement dans le domaine de la peinture, des arts plastiques mais du point de vue de notre culture visuelle en général également. Je souviens d’un bon directeur de l’Ecole des Beaux Arts de Casablanca de 1962 à 1974 où il rénove le concept de l’art et de son enseignement en s’entourant d’une équipe de pionniers. Il a été discret, toujours vivant et en plein recherches et créativités. Il avait lutté courageusement contre la maladie jusqu’au dernier jour. Il n’était pas seulement un artiste peintre mais un acteur associatif, pédagogue confirmé et un militant de la culture visuelle qui joint l’utile à l’agréable»,
Ainsi, toutes les équipes de cette école pilote au Maroc présentent leurs vives et sincères condoléances à la famille et aux proches de Farid Belkahia. Avec le décès de cet artiste disparaît une grande personnalité qui aura profondément marqué l’histoire de l’art au Maroc et qui aura été l’un des plus prestigieux représentants de la scène artistique nationale. En reconnaissance à son œuvre, une salle de l’école porte le nom de cet homme et artiste exceptionnel,
De son coté, le corps professoral nous a souligné : «  nous sommes très attristés par le départ de ce grand calibre de la peinture marocaine et nous savons quelle douleur va ressentir ses contemporains. C’est une grande perte pour les arts plastiques au Maroc. Farid Belkahia fut considéré comme l’un des précurseurs de l’art contemporain au Maroc. Il a eu le mérite d’imposer l’idée d’une peinture indépendante de l’héritage occidental et d’instaurer des valeurs contemporaines qui vont influencer des générations d’artistes au Maroc et lui valoir une présence internationale. Sans conteste, le défunt était un virtuose selon la majorité des artistes-peintres et critiques d’art de différentes générations. C’est un artiste novateur sûr de la nature et de la qualité de sa tradition, arabe et amazigh, islamique et méditerranéenne, immémoriale et tournée vers le futur, chevauchant l’Orient et l’Occident sur le même cheval - avec sensibilité, mais aussi, et très souvent, avec autorité. En somme, son œuvre figure en bonne place dans le patrimoine pictural marocain, et l’artiste lui-même parmi les figures de proue de la peinture au niveau national et international. Ses travaux gardent jusqu’à aujourd’hui une pureté de forme, une stylisation, un raffinement des couleurs. ».
Pour sa part, le corps estudiantin nous a confié : «  le défunt a été pour nous un rayon de soleil voire une référence incontournable. C’est une grande figure de l’art contemporain à nos yeux. Nous le regrettons très profondément. Nous prions sa famille de recevoir nos sincères condoléances. Il a vécu grand, est parti grand, restera grand dans l’histoire de l’art. Sa place y est immense. Il est l’un des plus grands artistes arabes. Son œuvre domine la scène artistique mondiale. Par son ampleur et sa singularité, elle est un pont intercivilisationnel. Farid Belkahia est l›honneur de l’enseignement artistique. Il est pour notre école un exemple de sagesse, de jouissance et de créativité».
Sur son parcours artistique, l’écrivaine Rajae Benchemsi, son épouse, a écrit : «Né en 1934 à Marrakech, imprégné d’art grâce à son père qui fréquente les milieux artistiques étrangers et se lie aux peintres Antoine Olek, Jeannine Teslar et Nicolas de Staël. Etudes à l’Ecole des Beaux Arts à Paris en 1959 et à l’Académie de Théâtre à Prague où il étudie la scénographie. De 1962 à 1974, Directeur de l’Ecole des Beaux Arts de Casablanca où il rénove le concept de l’art et de son enseignement en s’entourant d’une équipe de pionniers (peintres comme Melehi, Chebaa, Azema, Hamidi, Hafid ; historiens de l’art comme Toni Maraini et Bert Flint). En 1965, un an d’études à Milan, à l’Académie Brera où il côtoie des peintres tels que Castellani, Kounelis, Bonalumi et Fontana. En 1966, il participe à la revue Souffles. En 1969, première expérience de l’art dans la rue : il organise une grande exposition sur la place Jamaa-al-Fna à Marrakech. Il invite à l’Ecole des Beaux Arts des artistes de renom tels que Dimitrienko, César, Lurçat. Il se consacre à partir de 1974 complètement à ses arts en abordant différents matériaux. Le cuivre, qu’il martèle, moule, plisse. La peau, utilisée crue, lavée, traitée, séchée, tirée sur des formes en bois découpées. Utilisation exclusive de colorants naturels tels que le henné, le safran, l’écorce de grenade, le cobalt, la nila, le bleu de méthylène. La sculpture, presque toujours monumentale. La mémoire est l’inspiration transversale de son œuvre : repères historiques et culturels, correspondance de signes graphiques, référence à une symbolique universelle à laquelle se joignent des signes berbères, enjeux des origines identitaires, repères historiques et civilisationnels. Farid Belkahia est un voyageur qui sillonne le monde à la rencontre des cultures et des civilisations. Voyages au Moyen-Orient, dans tous les pays du Sahel, la Chine, l’Amérique Latine. En 1980, il décide de construire une maison en terre avec son ami l’architecte Abderrahim Sijelmassi…».
Par rapport à sa contribution à l’art contemporain, Salah Stétié, diplomate libanais, poète et critique d’art a écrit : « Novateur Belkahia ? Oui, avec décision, mais non de la tribu de ceux qui, pour renouveler les choses, commencent par casser la tradition dont, le voulussent-ils ou non, ils sont issus. Belkahia est trop sûr de la nature et de la qualité de sa tradition, arabe et amazigh, islamique et méditerranéenne, immémoriale et tournée vers le futur, chevauchant l’Orient et l’Occident sur le même cheval - avec sensibilité, mais aussi, et très souvent, avec autorité. Non l’autorité de la volonté, mais celle, énigmatique, de la fascination. Métier d’aveugle est le peinture. Et sur le fond de l’œil du peintre, au point dit précisément « aveugle », ce sont les images qui naissent, toutes les icônes, nourries de la substance noire insubstantielle, écran paradoxal et combien ambigu, philosophiquement parlant, de l’étrange machine à rêver que chacun est. ».

3/10/2014
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