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        Dossier

Entretien réalisé par Saïd AFOULOUS

 
Rachida Roky, Présidente du Réseau de la lecture au Maroc :  : Plusieurs causes à l’inappétence à la lecture chez les jeunes
 
Le Réseau de la lecture au Maroc, une ONG récemment créée, est un collectif d’associations, comme son nom l’indique, qui milite pour enraciner le fait de lecture dans la vie courante des Marocains. Au Maroc, c’est un fait qui passe pour admis, que les Marocains lisent peu. Chaque année et depuis des lustres, on fait quasiment le même constat en élaborant des explications sur les causes et des propositions pour sortir du tunnel.
Généralement on fait savoir que la question des structures d’accueils avec des bibliothèques de proximité dans les quartiers des villes est primordiale. Comme est primordiale la question des terrains de sports, jardins et autres équipement pour la vie des quartiers. Pour la présidente du Réseau de lecture au Maroc, Rachida Roky, enseignante à la Faculté des Sciences Université Hassan II Casablanca (département biologie) et qui donne un cours de bioéthique au département philo de la Faculté de lettres de Ben Msik, la question primordiale se trouverait plutôt dans l’animation permanente autour du livre et de la lecture pour inciter les jeunes à lire. Aussi en investissant le champ de l’éducation, où les programmes de l’Education nationale ne tiennent pas la lecture comme une préoccupation majeure. A quoi bon attendre que les bibliothèques publiques ou ce qu’on appelle aujourd’hui médiathèques voient le jour comme d’autres équipements de proximité ? Il faut d’abord que le fait de la lecture devienne de l’ordre du quotidien familier parmi les plus jeunes.
C’est dans ce cadre qu’une caravane pour la lecture première du genre est organisée durant toute l’année 2014 par deux ONG, le Centre Génération 21 pour la citoyenneté et la démocratie et le Réseau de la lecture au Maroc dans le cadre de l’INDH pour la seule ville de Mohammedia. Il s’agit tout au long de l’année d’investir successivement quinze établissements scolaires mais aussi des espaces publics, jardins, la gare ferroviaire et des souks.
 Avant l’événement de la caravane, le Réseau de la lecture au Maroc s’est fait connaître par des manifestations spectaculaires avec organisation de séances de lecture dans des places publiques jardins, campus universitaire. Aussi par des activités régulières de rencontres avec des auteurs. Ce fut le cas tout récemment avec Fatiha Morchid poète, romancière, pédiatre de profession sous le thème « médecins écrivains » pour évoquer le phénomène de médecins poètes écrivains depuis Ibn Sina jusqu’à l’époque actuelle (mercredi 5 mars à la Faculté de médecine de Casablanca). De même le Réseau organise avec le Centre Génération 21 en partenariat avec la Médiathèque de la Mosquée Hassan II à Casablanca une rencontre à l’occasion du 8 mars autour des femmes poètes pour des récitals de poésie et des très jeunes lectrices appelées à témoigner sur leur expérience originale avec la lecture. Au cours d’une intervention au dernier Salon du livre de Casablanca Rachida Roky a pu relever la nécessité de donner plus de valeur à la présence du lecteur comme partie prenante essentielle parmi les différents partenaires du domaine du livre et de la lecture. Entretien :
 
Comment le Réseau de la lecture
au Maroc a vu le jour ?
 
-Au début nous travaillions d’une manière informelle par des initiatives personnelles mais il nous fallait un cadre légal soit une association nationale pour pouvoir développer des partenariats notamment avec la Jeunesse et Sports, l’INDH etc. L’Association Réseau de la Lecture publique a donc été créée récemment. Avant nous avions créé des antennes dans des villes. L’une des premières à voir le jour c’est l’association Réseau de lecture de Sefrou qui existe depuis une année. A la dernière fête des cerises on était déjà constitué. Moi-même je suis originaire de Sefrou. A l’origine j’ai demandé à mes étudiants universitaires à la Fac des Sciences Ain Chok de revenir dans leur lycée pour créer des clubs de lecture. L’un d’eux, Taoufiq, a fait le pas pour créer un club de lecture dans son lycée Oued Eddahab à Casablanca et depuis ça fonctionne bien. Un ancien collègue de Sefrou, ma ville natale, m’a dit de donner l’exemple moi-même. Donc nous avons créé le premier club de lecture dans mon ancien établissement scolaire de Sefrou. Il y a des éléments très dynamiques de cette première association dont Mohamed Kamal Lemrini est le président.
 A Mohammedia un premier réseau s’est constitué autour des professeurs Khadija Ouahid, Manouzi et Aarif. Après d’autres personnes sont venues rallier le mouvement à la suite de manifestations spectaculaires dans les jardins publics ou les campus universitaires pour la sensibilisation sur la lecture. Des échos s’en font sur la toile avec des vidéos où des jeunes témoignent sur le plaisir de lire. Les médias s’y intéressent. Tout le monde s’enthousiasme pour l’idée et il y eut ainsi constitution du Réseau national de la lecture publique avec d’autres associations similaires à Casablanca, à Fès, Marrakech, Agadir.
 Nous avons insisté sur une chose, c’est la nécessité de la présence dans nos rangs des jeunes qui se trouvent représentés aujourd’hui dans le bureau national.
 
Votre action se fait-elle autour autour de structures culturelles, bibliothèques ou autres ?
 
-Si la structure existe pourquoi pas, mais on peut s’en passer car notre fonction c’est l’animation du domaine de la lecture. Du coup on peut organiser des manifestations dans des espaces publics ouverts jardins ou autres. Mais on investit volontiers des structures comme le cas de la Médiathèque de la Mosquée Hassan II à Casablanca qui offre un espace vraiment très approprié ce qui nous permet d’organiser régulièrement des ateliers de conte, des rencontres des enfants deux fois par semaine et avec des auteurs une fois par mois. Ainsi une rencontre avec l’écrivain marocain Anis Rafii est prévue le 15 mars courant.
Pour le cas de la ville de Sefrou notre Réseau de lecture est parmi les animateurs les plus dynamiques menant ses activités dans une structure qui s’appelle le Centre de qualification des jeunes relevant de l’INDH de création récente. Il est bien équipé, moderne avec de la musique, du théâtre et aussi une petite bibliothèque.
 La structure peut exister donc bel et bien mais encore faut-il y ramener les jeunes des quartiers ce qui n’est pas évident. Il se trouve que la bibliothèque de ce centre de Sefrou est fermée et que les livres ne sont pratiquement pas utilisés! C’est contre de telles situations que notre réseau peut faire œuvre utile.
 
Pourquoi une si redoutable inappétence
à la lecture au Maroc ?
 
-C’est toute une accumulation. Le plus important c’est que le ministère de l’Education nationale au niveau du primaire n’a pas de programme sérieux pour la question de la lecture. Du coup les jeunes ne reçoivent pas de message sur l’importance de la lecture dès leur plus jeune âge. On a eu tendance à schématiser en disant que les Marocains par nature n’aiment pas la lecture. Ce qui se passe en réalité c’est qu’on n’éduque pas à la lecture depuis les premiers pas à l’école. J’aimerai éclaircir un point à ce propos : l’éducation à la lecture est essentielle et elle relève des prérogatives du ministère de l’Education nationale et non de la Culture dont la responsabilité importante vient après pour ce cas de figure. Notre activité vise à pousser les décideurs au niveau de l’Education et aussi local à donner au domaine de la lecture l’importance qu’elle mérite. En investissant des écoles c’est aussi pour s’interroger sur la bibliothèque scolaire qui est fermée ou inexistante. Nous défendons aussi l’idée la bibliothèque de classe. L’enseignant peut avoir en main près de cinquante livres qu’il fait circuler entre les élèves en créant de l’émulation dans leurs rangs. Cela va donner un encadrement plus important et en proximité. Par exemple dans une bibliothèque on peut trouver une personne pour encadrer tous les visiteurs et adhérents, soit un effectif au-dessus des forces et moyens d’une seule personne. Par contre la bibliothèque de la classe c’est autrement plus efficace. Beaucoup de problèmes peuvent être dépassés par un peu de motivation non pas matérielle mais tout au plus psychologique, et aussi un peu de formation. Je pense que les enseignants si on les rassemblait dans une rencontre autour de la lecture et l’importance de la bibliothèque de classe, je suis presque sûre qu’au moins 50% vont prendre l’initiative de créer leur bibliothèque de classe. Depuis notre création en tant que réseau nous n’avons pas été à l’intérieur des  établissements scolaires, il n’empêche que des enseignants nous contactent souvent et nous confient leur intérêt pour s’associer au mouvement. Souvent des enseignants me contactent pour exprimer leur désir de créer un club ou réseau de lecture. Il ne faut donc pas perdre espoir dans la capacité des enseignants à prendre l’initiative pour participer efficacement au changement. Notre espoir c’est de développer ces rencontres pour rassembler les gens de l’éducation, les enseignants, les conservateurs de bibliothèques, les activistes de la lecture pour débattre entre eux comment inciter les jeunes à la lecture.
 
Quelles manifestations ont le plus concouru à faire connaître votre mouvement ?
 
-Je ne peux pas dire vraiment quel événement en particulier mais je pense que la permanence du travail est ce qui a compté le plus. C’est vrai que la lecture sur les places publiques comme idée originale a fait que les medias se sont plus intéressés à ce mouvement. Seulement c’est là juste une façon de motiver et d’attirer l’attention. Car pour la lecture, le travail de fond doit être effectué en priorité dans les établissements scolaires et les universités.
 
Qu’avez-vous conçu dans ce sens ?
 
-Nous avons beaucoup d’idée. Pour le moment nous venons de mettre en place un projet ambitieux de « caravane de la lecture » conçu et organisé par le Réseau de Lecture du Maroc et le Centre Génération 21 pour la citoyenneté et la démocratie. C’est un grand projet financé par l’INDH à Mohammedia et organisé sous l’égide du ministère de la Jeunesse et Sport. Une bonne partie d’établissements scolaires de Mohammedia vont pouvoir en bénéficier de cette action, il s’agit au total de quinze établissements scolaires, cinq primaires, cinq collèges et cinq lycées. Les activités de la caravane de la lecture à Mohammedia s’étalent sur l’année 2014. La délégation a déjà adressé des correspondances aux établissements concernés et le lancement officiel est prévu la semaine prochaine. Pas moins de douze activités ludiques sont prévues.
Il est vrai que l’idée de la caravane de la lecture va concerner d’autres villes et préfectures. Par exemple à Sefrou le Réseau de lecture local est en train de mettre en place le projet pour une caravane de la lecture dans les établissements scolaires de la ville dans le cadre toujours de l’INDH. A Casablanca une caravane de la lecture est prévue à Ben Msik car nous avons une équipe à Ben Msik qui s’en occuper.
 La caravane ne concerne pas uniquement des établissements scolaires car elle va investir les espaces publics notamment les jardins. Dans ce cadre nous avons fait acquisition de tentes, des lots de livres qui ont bouffé 50% du budget. Il y aura de la musique, du théâtre. Pour Mohammedia nous avons choisi deux jardins publics l’un au quartier populaire Alia et l’autre le Parc des Villes jumelées ainsi que la gare ferroviaire avec son grand hall où nous allons organiser une activité de lecture. Il est prévu aussi une activité à la maison de bienfaisance, de même dans les souks un dans un quartier populaire et Marjane. L’idée c’est d’avoir une présence à chaque fois dans un espace différent. Il est à espérer que cette opération se généralise un peu partout dans toutes les régions du Maroc.
 Nous voulons qu’on retienne ce message important : c’est que nous ne défendons pas la lecture comme un simple divertissement juste pour passer le temps. La lecture n’est pas simplement un loisir, c’est aussi et surtout une culture, une méthodologie, des valeurs. C’est pour défendre des valeurs de tolérance, de dialogue, de liberté de penser, de respect des différences etc.
 
Vous avez parlé de la mise en relation des intervenants autour du domaine de la lecture. En quoi consiste votre intervention sur ce point ?
 
-Nous avons développé un projet en partenariat avec la Jeunesse et Sport, Le Centre Génération 21 et le Réseau de lecture au Maroc. Il s’agit d’un programme d’ateliers de formation des « leaders de la lecture » dans cinq régions du Maroc au cours de l’année 2014 à Mohammedia, Saadia, Asilah, Agadir et Imouzzer. L’objectif c’est former les leaders de la lecture.
Ce sont des personnes bénévoles qui auront pour activité d’animer les clubs de lecture. il s’agit des personnes qui ont des dons, qui lisent beaucoup par inclination et qui doivent acquérir grâce aux ateliers en question des compétences en communication pour pouvoir transmettre leur amour de la lecture aux autres.
Parallèlement aux compétences en communication, les leaders de la lecture doivent être formés pour avoir les moyens de monter des projets et pour acquérir un savoir-faire technique en matière photos, vidéo, bande dessinée tous ces moyens qui doivent être mobilisés pour la sensibilisation sur le domaine de la lecture. Nous avons des formateurs spécialisés pour encadrer ces ateliers.
 
Finalement c’est tout faire avec juste
du bénévolat ?
 
-Contre toute attente il y a beaucoup de volontaires qui souhaitent s’impliquer dans ce programme. D’autres peuvent rallier par la suite le mouvement en prenant le train en marche, ils sont les bienvenus. Vous savez ce que nous voulons ? C’est tout simplement une Intifada de la lecture ! (Rires). C’est possible avec un peu de volonté et de bonnes idées.
 
9/3/2014
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