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Saïd AFOULOUS

 Réédition du premier livre de collecte et de traduction des quatrains publié en 1896
Les quatrains de Sidi Abderrahmane el Mejdoub : Le succès story d’une œuvre majeure du patrimoine oral marocain
 
Qui ne connaît pas les quatrains de Sidi Abderrahman el-Mejdoub ? C’était le livre oral le plus populaire au Maroc mais aussi au Maghreb. Pendant quatre siècles, il aura circulé de bouche à oreille, mémorisé grâce aux conteurs et troubadours des places publiques comme Jamaa Lafna. Grâce aussi et surtout à la force d’attrait exercé aussi bien par le contenu des quatrains fait de sagesse, fruit d’une profonde expérience humaine que par la musique avenante pour l’oreille fondée sur l’assonance et l’allitération grâce aux quatre hémistiches donnant lieu au procédé mnémotechnique connu pour aider à la transmission par mémorisation. La mémoire collective retient aussi et surtout ces quatrains de Sidi Abderrahmane el Mejdoub parce qu’ils incarnaient la voix des opprimés avec des thèmes pour dénoncer le mal, l’injustice, les fléaux du siècle causés par l’Homme et la nature, la bêtise, l’hypocrisie, la souffrance, la misère etc. Pour dénoncer aussi le pouvoir despotique en usant de la satire, de l’humour noir, de l’imprécation. Le mejdoub c’est une forme de mystique, fou de Dieu, qui porte son regard de moraliste sur la société pour la décrire librement, la prendre à partie avec une prise de parole exceptionnelle.
«Quiconque parle de la vérité on lui défonce le crâne».
«Celui qui tient à parler selon la justice / Doit mettre un bâton dans sa ceinture».
«J’ai crié un cri à faire pitié / J’ai réveillé tout ce qui dormait / Les gens compatissants se sont levés / Les brutes ont continué à dormir».
Bien avant les salafistes réformistes du XXème siècle, Sidi Abderrahman el Mejdoub s’en prend au culte des saints :
«Labourez votre grain et criblez-le / En été faites le prélèvement de la dîme / Donnez votre aumône (aux pauvres) ne la faites pas attendre / A aucun saint si ce n’est au Prophète ne donnez d’offrande religieuse».
La forte présence de ce livre oral dans le Maghreb ne manquera pas d’interpeller la curiosité et de susciter l’intérêt. Ce fut le cas du Comte Henry De Castries (1850-1927), un Français qui rencontre au XIXème la présence des quatrains si bien implantés dans la culture orale populaire en Algérie, qu’il commence à les rassembler et à les étudier en apprenant l’arabe classique et l’arabe parlé. Ce faisant, il fait la connaissance d’un auteur marocain digne d’intérêt, un moraliste ayant vécu au XVIème siècle, mort et enterré à Meknès et dont l’œuvre est si particulièrement présente partout dans le Maghreb occupant une bonne place dans le patrimoine oral. L’ensemble de la recherche s’effectue donc en Algérie sous colonisation française et l’ouvrage paraît regroupant 156 quatrains en 1896 à Paris sous le titre «Les Gnomes de Sidi Abderrahman El Mejdoub». Pour la première fois, les quatrains sont reproduits en arabe marocain et traduits, expliqués en français dans le même livre de manière érudite en relevant des similitudes avec le fond culturel du pourtour méditerranéen. L’auteur en effet ne manquera pas de faire le lien avec la culture grecque, les Livres sapientiaux, d’où son choix du terme Gnome pour parler de quatrains lapidaires souvent fruits d’improvisation pour donner une pensée brève, une morale concise mais frappante. Dire beaucoup avec une économie de mots extrême.
En décrivant les quatrains, Castries relève les thèmes récurrents du Mejdoub :
«… les vérités sur lesquelles il revient le plus volontiers sont la fragilité de la destinée humaine, l’infidélité de l’amitié dans le malheur, le mépris qui s’attache à la pauvreté, comme tous les moralistes atrabilaires, le mejdoub maudit les vices de son temps...».
Cet ouvrage pionnier, en inspirera d’autres bien plus tard. D’abord un chercheur algérien, Mohammed Ibn Azzouz El Hakim qui rassemble les quatrains et les traduit en espagnol («Pensamientos y maxims de Sidi Abderrahman el Mejdoub» Institut de los estudios Africanos, Madrid, 1956). Ensuite «Les quatrains de mejdoub le sarcastique» de Jacqueline Scelles-Millié (1966 Maisonneuve Larose) avec la collaboration de Boukhari Khélifa. Un travail qui replonge toujours du côté de l’Algérie. Ce nouveau travail de recherche reprend en partie le travail de Castries et l’autre travail de traduction des quatrains en espagnol par Mohammed Ibn Azzouz El-Hakim. En 1967, Tayeb Saddiki crée la pièce «Diwan Sidi Abderrahmane Mejdoub» qui fait date et où les quatrains du Mejdoub sont remis au goût du jour. Il publie la pièce de théâtre en 1973. Il y eut enfin «La Tradition orale du mejdoub, Récits et Quatrains» d’A. L. de Prémare (1986 Edisud) où la recherche est cette fois-ci entièrement dirigée en territoire marocain dans la tribu des Masmouda dont Sidi Abderrahmane el Mejdoub est originaire. A. L. de Prémare, sur 201 quatrains rassemblés, ne reprend qu’une vingtaine des auteurs précédents, De Castries et Scelles-Millié, ce qui fait qu’il présente pas moins de 180 quatrains du Majdoub inédits, donc jamais relevés par les chercheurs précédents.
A chaque fois, les chercheurs découvrent de nouveaux quatrains et établissent un corpus des «quatrains reconnus» différenciés des apocryphes, nombreux témoins du succès du style fascinant du Mejdoub.
Toute cette traversée du livre oral vers l’écrit et la traduction est rappelée à l’occasion de la réédition des «Gnomes de Sidi Abderrahman El Mejdoub» de Henry de Castries par Abdelhaï Sadiq, enseignant chercheur (Université Cadi Ayyad Marrakech) (entretien ci-contre). En effet, Sadiq dans une présentation de la réédition offre un éclairage intéressant sur cet intérêt international pour une œuvre majeure du patrimoine oral marocain inscrite dans une dimension maghrébine, africaine et méditerranéenne. Le livre de Castries n’a jamais été réédité depuis 1896 date de sa première édition, nous précise Abdelhaï Sadiq.
En plus des trois travaux de recherche cités, il y a bien sûr la présence de l’édition populaire qui circule depuis des décennies, un opuscule avec sur la couverture le dessin d’un errant, cheveux longs, muni d’un bâton, une image populaire consacrée du mejdoub.
Sidi Abderrahmane el Mejdoub a vu le jour à Tit, ancien bourg atlantique situé entre El Jadida et Azemmour. Il meurt à Meknès où se trouve son mausolée. Il avait vécu une période des plus troubles et particulièrement sombre du Maroc, le XVIème, juste après la chute de Grenade et les expulsions des Andalous et l’occupation des côtes marocaines par les Ibériques, avec un pouvoir central au Maroc déchiré entre les Wattassides au nord à Fès et les Saadiens au sud. Il est probable que les quatrains doivent leur particularité en grande partie à la spécificité de l’époque. Aujourd’hui, l’œuvre qui passionne les chercheurs et artistes et qu’on ne finit pas de redécouvrir, demeure intemporelle parce que très humaine et universelle, prônant amour, amitié, patience et appelant au dialogue.



18/1/2014
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