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        Dossier
  Mohammed Benabdenbi, président du Centenaire du Port de Casablanca :
«Nous croyons fermement que la réussite sera au rendez-vous grâce à la conjugaison des efforts de tous»
 
Mohammed Benabdenbi, ingénieur de l’Ecole Centrale de Paris, consultant dans le domaine maritime et portuaire, est président du Centenaire du Port de Casablanca. Dans l’entretien suivant, il nous explique les objectifs d’une célébration qui cherche à fédérer toutes les bonnes volontés et qui veut s’inscrire dans la pérennité. Entretien.
 
L’Opinion: Un si grand événement devrait être préparé longtemps à l’avance alors qu’on apprend que votre association est de création toute récente, juste en décembre 2012. Quand est-ce que vous avez commencé les préparatifs du centenaire ?  

Mohammed Benabdenbi: Si l’association est récemment créée, l’idée par contre n’est absolument pas récente. Elle date plutôt de quelques années et elle a suivi son cours. Nous avons voulu donner une dimension importante à ce projet que nous ne considérons pas uniquement comme une festivité éphémère. La date de décembre de constitution de l’association marque en réalité l’accord de la haute autorité du pays, SM le Roi Mohammed VI, qui a bien voulu accorder son Haut patronage à la manifestation. Mais l’idée et les préparatifs existaient bien avant.
 
L’Opinion: Quels critères de choix du comité d’organisation ?
 
Mohammed Benabdenbi: Un projet aussi important nécessite des contributions et l’adhésion de tous. Nous avons fait appel à toutes les bonnes volontés. Un événement pareil nécessite la conjonction et l’apport des énergies de tous les horizons qui convergent vers la réalisation des objectifs du centenaire. Donc, nous sommes ouverts à toutes les suggestions. La création de l’Association sert bien sûr à porter le projet mais surtout à veiller à assurer sa pérennité. Bien entendu, dans tout événement, il y a le noyau dur constitué par les personnes très proches du milieu portuaire puisque l’idée a émergé de ce côté-là. Mais au fur et à mesure, toutes les bonnes volontés, tous les apports, étaient les bienvenus. Aujourd’hui encore, nous demandons à ce qu’il y ait une contribution, la plus large possible. Pour une raison très simple, nous croyons fermement que la réussite d’un tel projet ne peut être assurée que s’il est effectivement le projet de tout le monde et non pas d’une partie quelconque, d’une autorité portuaire, d’un opérateur ou d’une association professionnelle etc.
Ça doit être le projet de tout le monde, des forces vives au niveau du secteur portuaire mais aussi au niveau de la ville au niveau institutionnel, au niveau des associations. Pendant des mois, nous avons pris notre bâton de pèlerin. A chaque fois qu’on nous dit qu’une telle personne peut être intéressée, peut contribuer dans ce projet par des informations, des documents, nous n’hésitons pas à prendre contact avec elle. Ce qui est rassurant, c’est qu’à chaque fois qu’on a tapé à n’importe quelle porte, nous avons bénéficié d’un accueil très favorable. Tout le monde applaudit à l’idée et affiche la volonté ferme de contribuer. Un constat qui n’a fait que nous prodiguer davantage de conviction pour travailler sur ce projet. Nous croyons fermement que la réussite sera au rendez-vous grâce à la conjugaison des efforts de tous.
 
L’Opinion: Vous avez parlé d’un ouvrage sur le port. Est-ce qu’il est en chantier ou est-ce qu’il s’agit de l’idée d’un projet seulement ?
 
Mohammed Benabdenbi: L’ouvrage est bel et bien en chantier et il va nécessiter quelques mois pour sa réalisation. C’est une réalisation parmi d’autres qui va contribuer à la pérennité du projet du centenaire. L’objectif de l’ouvrage c’est de décrire l’histoire de la ville et du port de manière à servir de référence, de catalyseur justement pour le projet. Il s’agit d’un ouvrage très important dont les travaux sont en cours et où prennent part d’éminents chercheurs de diverses spécialités dont des historiens, sans parler des fondations et aussi des particuliers qui détiennent des fonds documentaires très précieux.
 
L’Opinion: Vous parlez d’une célébration qui ne se limitera pas à des festivités éphémères et laissera aussi des réalisations concrètes comme un centre de documentation, un musée etc. De quoi s’agit-il ?
 
Mohammed Benabdenbi: Il s’agit en fait d’un complexe maritime et portuaire qui peut être représentatif non seulement pour la ville de Casablanca, mais aussi au niveau national. Aujourd’hui, nous manquons de ce genre d’outil, un centre qui cristallise la convergence de différents efforts et qui diffuse par effets réfléchissants les résultats. Ça va être d’abord un centre documentaire. Lorsque nous avons commencé à réfléchir, à travailler sur le projet, il y avait toujours de la matière. Nous sommes allés à la pêche de l’information je dirais. Comme on dit, et c’est une tautologie, nous sommes d’une tradition orale qui perdure, nous n’écrivons pas beaucoup et lorsqu’on écrit on n’archive pas, d’où l’idée de mettre sur pied ce centre documentaire qui va recueillir l’ensemble des documents rassemblés. Nous avons découvert des plans anciens, des originaux appartenant aux premiers ingénieurs qui avaient travaillé sur l’ouvrage du port. Tout cela va être rassemblés et mis à la disposition du public.
 
L’Opinion: Enfin des archives qui ont échappé à la destruction comme cela a été soulevé à la conférence de presse, ou le destin aussi des grues Titan vendues parait-il en pièces détachées alors qu’elles auraient pu être conservées comme pièces faisant partie intégrante de l’histoire du port.
 
Mohammed Benabdenbi: Vous savez, si on devait conserver tout le matériel qu’on utilise pour quoi que ce soit, on n’aurait...
 
L’Opinion: Pas de place où le mettre ?
 
Mohammed Benabdenbi: En effet (rires). Il y a l’idée de vieillissement mais aussi l’idée d’obsolescence de matériel ne répondant plus aux besoins. Sincèrement, ce qui est important c’est de regarder vers l’avenir. Bien sûr, on ne bâtit pas l’avenir sans un regard sur le passé. Ce qui est important c’est la démarche positive. On est aujourd’hui dans une situation donnée, il s’agit de savoir comment faire pour améliorer, créer de la richesse au niveau économique, social etc. C’est ce qui est important. Comme a dit Kennedy, la question n’est pas de savoir ce que l’Amérique peut faire pour moi, mais plutôt ce que moi je peux faire pour l’Amérique.
 
L’Opinion: En plus du fond documentaire, que va-t-il y avoir au centre ?
 
Mohammed Benabdenbi: Il est prévu d’y aménager un musée. C’est fondamental pour la mémoire afin de pouvoir transmettre l’histoire à nos enfants. La ville de Casablanca manque cruellement de ce genre de structure. Aujourd’hui on reçoit des touristes nombreux. Vous savez que le port de Casablanca reçoit plus de deux cent cinquante mille touristes croisiéristes par an. Ce n’est pas rien. Il y a aussi la population de la ville et il n’y a pas un endroit où aller pour se rendre compte de notre histoire maritime et portuaire. C’est pourtant fondamental. C’est pour cela que le projet du musée est sur les rails. Là aussi nous lançons un appel à toutes les bonnes volontés au cas où il y a des informations, des documents pour enrichir et renforcer ce projet. Tout le monde est appelé à y contribuer.
 
L’Opinion: Est-ce que le lieu est déjà désigné ?
 
Mohammed Benabdenbi: Il y a plusieurs propositions mais aucune décision définitive n’a encore été prise. Ce que je peux dire c’est que les Casablancais vont être agréablement surpris.
 
L’Opinion: Peut-on avoir une idée sur la situation géographique du projet à l’intérieur ou à l’extérieur du port ?
 
Mohammed Benabdenbi: Ça ne peut pas être à l’intérieur, tout simplement parce que l’accès au port est réglementé. Ça ne peut donc être qu’à l’extérieur mais relativement proche du port.
 
L’Opinion: Qu’en est-il des visites que vous comptez organiser au port ?
 
Mohammed Benabdenbi: D’abord un constat à faire: le simple citoyen casablancais ou autre ne connaît pas le port de Casablanca. Pour lui, c’est une boîte noire, il ne sait pas ce qui s’y passe. L’idée donc c’est que le port s’ouvre sur la ville, sur la population de la cité. L’accès au port est réglementé pour des raisons de sécurité. Du coup on ne peut ouvrir les portes du port à tout venant. Il y a des normes internationales, des règlements très précis. Par conséquent, on ne peut pénétrer comme ça dans des zones spécialisées du port. La question que nous nous étions posée c’était comment procéder ? Nous nous sommes dit que nous allons réaliser des visites organisées. Nous avons choisi de cibler dans un premier temps dix milles personnes pendant les trois mois d’avril, mai et juin. La moitié des bénéficiaires sont des élèves des écoles primaires, collèges et lycées de la ville publics et privés grâce à un partenariat avec l’Académie de l’éducation. Il s’agit de prendre en charge des groupes en visite à l’intérieur du port pour voir les installations portuaire avec explication, mise à disposition de documents mais aussi des visites à bord de navires pour se rendre compte concrètement de ce qui se passe au port. La deuxième chose c’est que si le port ne peut pas réellement ouvrir ses portes à tous par l’organisation de visites, il y a possibilité pour que le port aille lui-même vers la ville, à la rencontre des citoyens. C’est pour ça que nous organisons des expositions en plein air pour expliquer le port, son histoire, comment il est organisé. Il va y avoir un village aménagé à cet effet à côté du port, il est actuellement en train d’être mis en place avec des chapiteaux. C’est là que seront présentés non seulement les terminaux et les activités du port mais aussi les hommes et les femmes du port, les opérateurs, la stratégie portuaire nationale. De même la vision du port de Casablanca car c’est bien de montrer l’histoire, le présent du port mais il faut aussi échanger avec les forces vives sur la vision, quelle mission, comment peut-on envisager l’évolution. Il va y avoir des expositions itinérantes. Il s’agit d’aller vers les universités, les établissements scolaires, les associations de quartier pour exposer chez eux dans la proximité. Il va y avoir des conférences, des tables rondes, des expositions au niveau de l’aéroport et des gares pour ouvrir le port sur la ville et la ville sur le port.
 
L’Opinion: Au fil des décennies l’accès au port a changé. Comment s’est effectuée cette évolution ?
 
Mohammed Benabdenbi: En effet, il y a cinquante ou soixante ans, le port était situé pratiquement à l’intérieur des villes et généralement au centre-ville. Et les ports à cette époque n’avaient pas des activités très spécialisées. Ils possédaient nombre de zones où il y avait des échanges assez forts avec la ville. Du fait de l’évolution du mode de transport et de technologies de manutention, on a vu apparaitre les conteneurs qui n’existaient pas auparavant. Si on visite le port on se rend compte de la réalité du conteneur qui est une grosse boîte en métal qui a trois mètres de large, deux mètres soixante de hauteur et douze mètres de longueur et qui pèse jusqu’à quarante tonnes. Elle est manipulée d’un seul coup alors qu’avant on manutentionnait avec des sacs à dos d’hommes, des colis. Aujourd’hui c’est tellement mécanisé et pour déplacer cette boîte de 40 tonnes il faut des engins immenses, très grands, de quarante mètre de hauteur. Alors l’organisation à l’intérieur du port qui consiste à transporter, manutentionner, charger est devenue très compliquée et surtout présente beaucoup de risques. A tel point que même les professionnels du port n’ont pas le droit d’accéder à toutes les zones du port. Il n’y a que ceux qui travaillent et qui détiennent des badges d’accès spéciaux, qui ont le droit d’accès en suivant un circuit précis etc. Sinon c’est la catastrophe. Donc avec le développement des techniques de manutention, des transports le port est obligé de se spécialiser pour devenir carrément un immense complexe d’usines aujourd’hui et on ne peut pas se promener dans des usines comme ça ! (rires). Du coup on vérifie et en conséquence l’accès devient de plus en plus difficile. Aujourd’hui il y a une demande de connaître le port, il y a une évolution en ce sens et ce qu’on peut faire en terme d’ouverture c’est juste ce qui est possible.
 
L’Opinion: Ce qui veut dire ?
 
Mohammed Benabdenbi: Par exemple le terminal à conteneurs ne sera jamais ouvert au public, c’est pratiquement impossible. On peut aller partout dans le monde, c’est strictement interdit, c’est même criminel de laisser le public s’y aventurer parce que les accidents adviennent vite et des accidents très graves. Par contre, ce qui est prévu aujourd’hui c’est de requalifier certains sites du port, c’est-à-dire faire évoluer l’activité à l’intérieur de ces sites, des activités mécanisées, industrielles à outrance etc. Des sites qui sont déplacés vers des zones bien précises tandis d’autres sites on les transforme en zones d’animation, de loisirs pour la croisière. Ces derniers sites on les ouvre sur la ville. C’est ce qui est programmé et qui va se faire pour le port de Casablanca. Justement lors des expositions qui vont être organisées tout cela va être montré avec l’évolution et les mutations à venir.
 
L’Opinion: Le port c’est aussi une trentaine de milliers de personnes qui s’activent quotidiennement tous secteurs d’activité confondus et on compte aussi des femmes dans des postes de responsabilité...
 
Mohammed Benabdenbi: En effet c’est environ 30 mille personnes qui s’activent dans le port chaque jour tous domaines confondus et dans nos expositions nous allons rendre hommage aux femmes et aux hommes qui travaillent dans le port. Vous savez qu’il y a au port des femmes techniciennes, qui réparent des portiques, des engins et aussi des femmes chefs d’escale. Nous allons leur rendre hommage avec photos, descriptifs pour échanger avec la population qui n’est pas censée connaître une telle évolution et c’est très important.
 
L’Opinion: Pourquoi le port de Mohammedia n’a pas été associé alors que ce fut un départ simultané entre Casablanca et Fedala ?
 
Mohammed Benabdenbi: On ne peut pas tout faire d’un seul coup et comme vous avez dit tout à l’heure il faut une longue préparation, des mois sinon des années, pour un si grand événement. Cette approche est à espérer qu’elle puisse être transposée à tous les ports du Maroc. Cela dit, le choix du port de Casablanca a été décidé pour une raison simple, c’est d’abord parce c’est un port polyvalent on y trouve tout, cela en plus de son importance historique, de son image etc.
23/3/2013
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