Directeur : Jamal HAJJAM           Redacteur en Chef : Ahmed NAJI
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Ahmed NAJI et Asmaa RHLALOU

  Diplomatie marocaine
Les grands bouleversements géopolitiques imposent une nouvelle vision du monde
  L'adaptation au service de la continuité`
Quelle est la place du Maroc dans la nouveau contexte géopolitique régional et international ? «Nous ne sommes pas là pour changer les orientations globales de la politique étrangère du Maroc» a déclaré le chef de la diplomatie marocaine, M. Saâd Eddine El Othmani lors d'une conférence de presse où il a tenu à rassurer sur les intentions du nouveau gouvernement en matière de relations extérieures. Ce sera la dynamisation dans la continuité des relations avec les partenaires traditionnels du Maroc et les pays amis, la question de l'intégrité territoriale du Royaume restant la priorité et, pragmatisme oblige, la dimension économique devrait demeurer primordiale et serait même renforcée. Pour son premier contact avec les médias, après sa prise en charge du département des affaires étrangères et la tenue d'une série de rencontres avec les ambassadeurs des pays arabes, africains et asiatiques, M. El Othmani aurait réussi à faire bonne impression.
Le souci de préserver et d'améliorer les liens avec les pays de l'Union Européenne et de donner consistance à l'initiative de l'Union pour la Méditerranée est aussi louable qu'apaisant, mais ne va pas manquer d'exiger un renouvellement de la conception de ses liens et de grands efforts pour donner corps au projet méditerranéen que beaucoup de médias en Europe qualifient de mort-né. Le fait est là, les pays européens sont enfoncés dans une crise économique à la fois grave et profonde, le bout du tunnel n'est pas encore visible et de plus en plus de citoyens européens lorgnent du côté des peuples arabes révoltés pour en prendre exemple.
Toujours est-il que le recul du pouvoir d'achat des principaux clients du Maroc a de quoi nourrir de sérieuses inquiétudes. D'autre part, peut-on encore escompter un flux toujours plus important d'investissements directs européens et de délocalisations d'unité de production au Maroc sur la base de l'argument salarial ? Cependant, il y a également là une intéressante opportunité. Il est non seulement fort à parier que l'hémorragie de la matière grise marocaine vers l'Europe n'en sera que ralentie, pour le plus grand bonheur des opérateurs économiques nationaux en mal de compétences pointues et l'amélioration de la productivité, mais, vu le renchérissement du coût de la vie au nord du détroit, il est également possible de convaincre pas mal de retraités européens de venir couler leurs vieux jours sous des cieux plus ensoleillés et moins onéreux, ainsi que de petits porteurs de capitaux et de savoir-faire en quête d'un environnement propice pour déployer leurs activités.
Quelles opportunités offre, de son côté, un monde arabe toujours en plein chamboulement ? Bien malin qui pourrait prédire avec certitude pour le proche avenir la nature des relations interarabes, déjà mises à mal par les prises de position des uns envers les autres à propos des révoltes et des changements de régimes. Il s'agit maintenant, en tout cas, de fructifier le soutien apporté par le Maroc aux peuples frères qui se sont soulevés contre leurs dirigeants oppresseurs, sachant que la redistribution des cartes sur ce marché très porteur fera l'objet d'une concurrence acharnée. Et ce ne sont pas les seuls arguments économiques et autres avantages compétitifs qu'il faudrait faire valoir. Le politique devrait peser de tout son poids avec les nouvelles équipes dirigeantes.
A ce sujet, le Parti de la Justice et du Développement qui dirige l'actuel gouvernement pourrait valoriser au mieux des intérêts du Maroc sa proximité idéologique des nouveaux décideurs politiques en Tunisie, en Egypte comme en Libye. Le fait est que la chute des élites politico-économiques prédatrices dans certains pays arabes offre une occasion de diversification des débouchés pour l'appareil productif national qu'il faudrait saisir au vol.

Des opportunités à ne pas rater

La non-appartenance du Maroc à l'Union Africaine, dont Kadhafi, grand soutien des séparatistes polisariens était un des leaders, aurait été plus bénéfique que l'on n'aurait pensé. Misant tout sur les relations bilatérales à forte connotation économique, le Royaume s'est forgé au cours des dernières années en Afrique une réputation de partenaire solide et fiable et la notoriété de SM le Roi Mohammed VI n'est plus à faire auprès des peuples africains, grâce à ses visites et actions envers des pays africains amis. Banques, compagnies d'assurances et autres grandes entreprises marocaines sont déjà très présentes en Afrique subsaharienne et ne manquent pas d'afficher de grandes ambitions pour l'expansion de leurs activités dès à présent.
Tous les économistes s'accordent à dire que l'Afrique sera le grand marché du siècle, l'émergence d'une classe moyenne avide de consommation promettant de belles affaires à réaliser.
A un moment où les vieux repères politiques tombent en désuétude en Afrique, le dogmatisme idéologique et le populisme ethno-raciste, comme au Rwanda et en Côte d'Ivoire, ayant fini par céder le pas au pragmatisme économique, les peuples et pays d'Afrique sont en quête d'un modèle politique et socio-économique réussi à prendre en exemple, le Maroc étant très bien placé pour remplir ce rôle. De plus, la menace grandissante d'Al Qaïda en Afrique, palpable depuis quelques années dans les régions du Sahara, du Sahel et de la corne africaine à travers l'AQMI et les «Chababs» somaliens, et maintenant au Nigéria, à travers «Boko haram», nécessite une sérieuse coopération sécuritaire entre les pays concernés, ainsi qu'avec les Etats-Unis et les pays d'Europe, pour juguler et éradiquer ce mal. Là encore, le Maroc a une expérience certaine à faire valoir, aussi bien en terme de savoir faire que d'interopérabilité de ses forces armées avec les puissances occidentales. La participation des Forces Armées Royales à différentes opérations onusiennes de maintien de la paix, en Afrique et ailleurs, a toujours été remarquée, et unanimement saluée.
Après l'Europe, c'est l'Asie qui est le deuxième partenaire commercial du Maroc, mais les relations politiques avec les pays du continent le plus peuplé du monde sont loin d'être à la hauteur du volume des échanges. Au Moyen Orient, la marge de manœuvre du Royaume est plutôt limitée du fait du jeu des alliances. Aussi, il faudrait bien donner plus de consistance aux relations avec les pays arabes alliés dans la région. Faute d'adhésion pure et simple au Conseil de coopération du Golfe, du fait des réticences de certains pays membres, le mieux serait de forger une forme de coopération économique et commerciale plus renforcée avec les pays du Golfe, dans le modèle de l'accord d'association qui lie le Maroc à l'Union européenne. La menace de plus en plus pesante d'une guerre contre l'Iran menée en tandem par Israël et les Etats-Unis, dont la crise syrienne ne fait que renforcer le probable scénario, met les pays du CCG dans une position fort périlleuse. L'appui politico-militaire du Maroc à ses alliés du CCG à un coût qu'il faudrait bien amortir. Pendant ce temps, la Turquie cache de moins en moins ses ambitions politico-économiques dans la région. Pays membre de l'OTAN entretenant des relations à la fois avec Israël, l'Iran et les pays arabes, elle compte bien fructifier le rôle qu'elle s'est donnée d'intermédiaire obligé pour la gestion, plutôt que la résolution, des multiples conflits régionaux.

Le poids grandissant du BRIC

Avec la Chine, comme avec l'Inde d'ailleurs, l'importance des relations commerciales demeure en deçà du potentiel d'échanges existant et les modestes tentatives de renforcement des liens avec ces deux mastodontes démographiques et économiques n'ont malheureusement été qu'occasionnelles, ne débouchant pas sur un processus de rapprochement programmé comme c'est le cas avec les pays d'Europe et les Etats-Unis. S'il est vrai que ces pays constituent de féroces concurrents disposant d'un avantage comparatif salarial imbattable, il n'y en a pas moins de potentiels investissements des grandes entreprises de ces puissances régionales à attirer, l'avantage compétitif du Maroc à ce sujet étant sa position géographique, ancré en Afrique à deux pas du marché européen.
D'autre part, l'Inde, grand consommateur d'engrais et d'acides phosphoriques extraits des phosphates marocains, a une population à nourrir toujours plus importante, avec un pouvoir d'achat grandissant d'une fraction de la société. Les Indiens disposent également d'un réel savoir faire en matière de construction de micro centrales nucléaires, plus conformes aux besoins du Maroc en matière de production d'électricité. En outre, le marché marocain semble de plus en plus intéresser les grands groupes chinois et indiens qui y installent des succursales.
Si les Etats-Unis sont encore plus en crise que les pays européens, avec une aggravation sans précédent dans leur histoire de leur niveau d'endettement et un appauvrissement latent de la population, ce pays n'en demeure pas moins un grand marché et avec lequel le Maroc est lié par un accord de libre échange. Assoiffés de conquêtes de nouvelles parts de marchés, les entreprises américaines exportatrices sauront apprécier à sa juste valeur la plate-forme logistique que le Maroc est entrain de devenir à la croisée de l'Afrique, de l'Europe et du Monde arabe. Les Etats-Unis, l'un des plus importants fournisseurs d'armement du Maroc qui viennent d'ailleurs de commencer la livraison de chasseurs F-16 dans le cadre de la modernisation des Forces Royales Air, constituent par ailleurs un allié et un partenaire incontournable pour continuer à renforcer les capacités défensives du Royaume. Ainsi, un lot de chars M1 Abrams de retour d'Irak ferait actuellement le bonheur des FAR comme char de première ligne.
Quand au marché sud-américain, il reste entièrement à découvrir et à prospecter pour les opérateurs économiques marocains et le Brésil, poids lourd régional, serait un allié politique et économique de taille avec lequel il faudrait opérer un nécessaire rapprochement. C'est l'une des puissances économiques régionales émergentes qui sont entrain de redessiner entièrement la carte géopolitique mondiale, avec la Chine, l'Inde et la Russie. L'apparition en force sur la scène internationale de ce club de géants régionaux nouvellement industrialisés, qu'il est devenu convenu d'appeler le BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine), cause bien des soucis aux puissances occidentales vieillissantes et ce serait une grave erreur politique que de négliger cette nouvelle donne géopolitique.
La Russie de Poutine et Medvedev n'est plus celle d'Eltsine. Gorbatchev aura beau crier aux manipulations électorales, sa cote de popularité à l'étranger est inversement proportionnelle à celle dont il jouit dans son propre pays. Non seulement le libéralisme sauvage qui a permis l'émergence d'une classe de prédateurs ayant amassé en peu de temps d'immenses richesses pendant que le peuple russe s'enfonçait dans la misère n'est plus d'actualité, mais plus encore, la Russie cherche à retrouver son statut de puissance d'antan ayant son mot à dire sur tous les problèmes qui se posent à l'échelle internationale. Le blocage systématique des projets de résolution présentés par les puissances occidentales pour imposer un plus grand embargo contre l'Iran en est un signe frappant, autant que l'envoi récemment d'un porte avion russe au large de la Syrie, pour signifier à l'Occident que ça ne va pas se passer cette fois-ci comme en Libye. Toutefois, il faut souligner que la Russie ne cultive pas vraiment de nostalgie de l'ère soviétique, comme le démontre le piètre score réalisé par le parti communiste aux dernières élections législatives dans ce pays. Le pragmatisme est désormais de rigueur et nul préjugé idéologique n'est plus à craindre de la part des dirigeants du Kremlin. En tout cas, pour le Maroc, qui cherche par tous les moyens à mettre un terme définitif à l'affaire du Sahara, la Russie, membre permanent du Conseil de sécurité, est un interlocuteur obligé dont il vaudrait mieux faire un partenaire.
Par ailleurs, le marché russe pourrait constituer un nouveau débouché pour les produits agricoles marocains, surtout les agrumes, et une réédition de la construction d'un satellite d'observation avec le soutien de la Russie, comme ce fût le cas pour «Zarqae el yamama», pourrait ouvrir de nouvelles perspectives de coopération technologique avec ce pays qui reste, malgré l'écroulement de l'URSS, une grande puissance politique et militaire. Quelques batteries de S-300 pour renforcer la défense contre aérienne marocaine ne serait pas de refus, ce pays disposant de la meilleure technologie mondiale en la matière. L'arsenal marocain est déjà doté de missiles de défenses aériennes de fabrication russe, dont le TOR-M1.
L'évolution des paramètres géopolitiques étant mue par une dynamique non-linéaire, une refonte périodique de la vision du monde et de la conception des relations extérieures du Maroc en fonction des nouvelles donnes internationales, tout en restant attaché aux valeurs qui ont toujours guidé la diplomatie marocaine, s'impose donc comme une nécessité stratégique pour être en phase avec les grands événements qui refaçonnent régulièrement la carte géopolitique mondiale plutôt que de les subir. Un renouvellement de vision et de conception qui pourrait se faire valoir à la faveur du récent changement à la tête de la diplomatie marocaine.
M. Othmani semble déjà porteur d'un nouveau style en matière de communication aussi bien avec les représentants du peuple au parlement, à en croire ses récentes déclarations à la presse, qu'avec les médias. Saura t-il convaincre les députés de soutenir une conception renouvelée de la diplomatie marocaine, plus adaptée aux profonds changements en cours à l'échelle mondiale ?


23/1/2012
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