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Entretien réalisé par Saïd AFOULOUS

  Entretien avec Ali Atmane auteur de «Prisonnier de guerre des bagnes de l’Algérie et du Polisario» qui vient de paraître en version espagnole
«C’est parce que j’ai été écœuré par la désinformation des médias espagnols que j’ai décidé de traduire mon livre»
 
Ali Atmane, 64 ans, pilote de chasse de métier dans l’armée de l’air marocaine, ancien prisonnier de guerre ayant passé 26 années dans les camps de Tindouf (de 1977 à 2003) avait sorti un livre «Prisonnier de guerre des bagnes de l’Algérie et du Polisario» six année après sa libération, témoignage brûlant contre ses geôliers et tortionnaires, récit hallucinant de ses pérégrinations entre les hauts responsables militaires algériens et ceux du Polisario (voir compte rendu paru dans L’Opinion du 16-1-2010 : http://www.lopinion.ma/def.asp?codelangue=23&id_info=15707&date_ar=2010-1-23%200:11:00).
Dans ce livre, l’auteur dénonce les violations par l’Algérie des conventions de Genève sur les droits des prisonniers de guerre et les crimes commis contre les prisonniers dans des camps de concentration où il y a avait aussi des civiles. Il montre en filigrane cette époque de guerre meurtrière entre 1977 et début 80 où le Polisario était surarmé par l’Algérie, les Russes et la Libye et pouvait pénétrer facilement à l’intérieur du territoire marocain grâce à d’énormes moyens logistiques ultramodernes, tandis que le Maroc, face à cette coalition algérienne, libyenne et russe, était privé d’aide militaire de son allié les USA, encore gravement traumatisés par la guerre du Vietnam.
Le même texte de témoignage poignant vient d’être traduit en espagnol pour pouvoir toucher des lecteurs espagnols souvent désinformés par des livres tendancieux, nous dit l’auteur. Il s’en explique dans l’entretien suivant:
 
L’Opinion: Pourquoi vous avez tenu à traduire votre texte en espagnol avant l’arabe ?
 
Ali Atmane: C’est venu comme ça, sur un coup de tête, avec le cours des événements. J’étais écœuré franchement quand je voyais des médias espagnols, surtout à la suite des événements de Laayoune, se déchaîner contre le Maroc. C’est là que j’ai décidé de traduire ce texte en espagnol.
J’avais aussi pris l’initiative d’organiser un sit-in devant l’Ambassade espagnole à Rabat le 9 décembre 2010. J’avais tout organisé, j’ai appelé les anciens prisonniers du Polisario, un nombre conséquent a répondu à l’appel. Qu’on se le dise, je n’ai jamais reçu aucune subvention ni aide publique ou privée d’aucune sorte.
 
L’Opinion: C’était donc une démarche spontanée ?
 
Ali Atmane: Totalement et c’est parce que j’étais scandalisé de voir les médias espagnols se déchaîner contre notre pays au moment même où la population espagnole n’avait à sa disposition et n’a encore à sa disposition que des livres, des écrits tendancieux algériens, du Polisario ou pro-Polisario qui pratiquent la désinformation et diabolisent le Maroc. J’ai donc fait traduire mon texte en espagnol qui vient de sortir d’imprimerie pour essayer de l’adresser aux lecteurs espagnols. Mon espoir c’est de contribuer à l’amélioration de l’information sur ce qui s’est réellement passé dans les camps de Tindouf et en Algérie. Des éléments fiables dont je porte témoignage de mes vingt-six années de détention.
 
L’Opinion: Quelles démarches prises pour la traduction en espagnol ?
 
Ali Atmane: J’ai tout d’abord cherché à travers Internet, en vain. J’ai été ensuite au ministère de la Culture et c’est là qu’on m’a fourni une liste de contacts avec des coordonnées. J’ai appelé le premier de la liste et c’était la bonne personne demandée, il s’agit de Ismaïl El Outmani, qui est universitaire à la Faculté de lettres Université Mohammed V à rabat, écrivain et qui s’intéresse à des travaux de traduction.
 
L’Opinion: Est-ce que cette version espagnole du livre va être distribuée ?
 
Ali Atmane: Je n’ai pas trouvé de distributeur malheureusement. Au Maroc ce n’est pas la peine d’essayer me semble-t-il, parce qu’il n’y a pas un important lectorat hispanophone. J’ai pourtant tenté de contacter l’Ambassade d’Espagne à Rabat où j’ai déposé un exemplaire du livre en espagnol et aussi les Instituts Cervantès. Jusqu’à présent je n’ai reçu aucune réponse. Je suis en train d’essayer de trouve un moyen de le faire distribuer en Espagne.
 
L’Opinion: Quel bilan et quels échos pour la version en français parue en 2009 ?
 
Ali Atmane: Il y a eu de bons échos surtout au début. Ça s’est bien vendu, les gens qui ont lu le livre se sont étonnés de voir une réalité qu’ils n’auraient jamais pu imaginer. J’ai reçu de nombreuses fois des appels téléphoniques de gens que je ne connaissais pas qui ont lu le bouquin. J’étais agréablement surpris parce que je comprenais de leurs propos qu’ils ont vraiment lu le livre. D’anciens militaires aussi qui se disaient étonnés de ma mémoire après tant de souffrances dans le bagne de Tindouf, c’est parce que je cite des faits avec une certaine chronologie. En réalité, la version parue n’est qu’une partie d’un texte plus long.
 
L’Opinion: L’effort d’écriture n’a donc pas été vain ?
 
Ali Atmane: Non, non, absolument pas, tout au contraire, ce livre a fait son chemin et il reste encore à faire. Après ce travail, je me sens vraiment soulagé. C’est une formidable cure psychologique depuis mon retour des camps en 2003. Il y a même un sentiment de satisfaction après un devoir accompli. Ç’aurait été une honte pour moi d’avoir vécu et mené une vie aussi dure, aussi atroce étalée sur un quart de siècle et de ne pas apporter un témoignage. J’ai eu l’obligation de vivre ça et je n’ai pas le droit de le garder pour moi.
 
L’Opinion: Dans un entretien précédent vous aviez parlé d’une suite de ce livre...
 
Ali Atmane: Oui je suis toujours en train de travailler dessus. Ça traîne, je n’ai plus la même disponibilité qu’auparavant. Il s’agit d’un livre de témoignage où je veux mettre en exergue les souffrances des familles des détenus du Polisario, le rôle de la femme dans des situations complexes. D’autre part, montrer la mentalité des Marocains en ce qui concerne le prisonnier de guerre ; toute une histoire de la perception du statut du prisonnier et de l’accueil qu’on lui réserve à son retour.
 

 

«Prisionero de guerra en los presidios de Argelia y el Polisario » de Ali Atmane, traduction du français à l’espagnol par Ismaïl El Outmani.
 
 
2/1/2012
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