Propos recueillis par Anas LAHRICHI
« Les médias peuvent contribuer au rapprochement comme à la distorsion entre les peuples » Entretien avec Abdelhak Azzouzi, directeur général de la Fondation Esprit de Fès : Désigné l’année dernière à la tête de la Fondation Esprit de Fès pour secouer le cocotier et donner un souffle nouveau à cette prestigieuse ONG nationale, Abdelhak Azzouzi croit dur comme fer dans le dialogue interculturel dans un monde asséché par la prédominance d’une mondialisation peu regardante sur le socle patrimonial des peuples du globe. Question : Encore une conférence à thématique « civilisation » ? Quelle plus - value attendre de l’édition de ce novembre 2009 ? Abdelhak Azzouzi : « Chaque année, nous organisons à Fès un forum sur l’alliance des civilisations. Celui d’aujourd’hui traite d’une thématique particulière. C’est-à-dire sur les médias et communication, enjeux et défis du 3ème millénaire. Il faut rappeler que les premiers forums avaient connu un succès considérable. A preuve le nombre de volumes édités et publiés chez l’Harmattan dans 70 pays. Et surtout c’est que ces forums tendent à devenir un référentiel aux quatre coins du monde parce que les déclarations des deux éditions précédentes servent de bases académiques référentielles institutionnelles pour plusieurs entités internationales comme l’ONU, la Ligue des Etats Arabes, la Conférence des Pays Islamiques, etc., ce qui est considéré comme une réussite remarquable pour le forum de Fès. Aujourd’hui, avec le Forum des Médias et compte tenu d’une mondialisation dévastatrice, on regarde ce qui se passe en Asie, USA, en Afrique, etc. dans la seconde qui suit un événement quelconque. Là, donc, il faut trouver des référentiels de l’éthique, une déontologie du métier parce que les médias peuvent contribuer au rapprochement entre les peuples, comme ils peuvent contribuer à cette distorsion entre les peuples. Donc, radios, presse écrite, chaînes satellitaires, etc. sont des variables et des éléments de base qui forment ce « village planétaire-Terre » mettant l’humanité sous le même toit. D’où la sensibilisation de ce forum et d’où son caractère véritablement scientifique, prospectif et perspectif. Q : Le nombre d’intervenants à ce forum est incalculable. Chacun d’eux aura-t-il le temps nécessaire pour détailler sa réflexion ? A. Azzouzi : La formule que nous adoptons associe diplomates, chefs d’Etat, journalistes, universitaires, philosophes, étudiants, etc. Mais ce n’est pas un mode traditionnel. C’est-à-dire que nous choisissons un très bon modérateur - une célébrité de préférence (comme Marc Sylvestre,...) - et le débat sera direct comme dans des émissions télévisées. Car l’essentiel ce sont les idées. A tâche pour l’intervenant de les justifier et d’émettre des recommandations. C’est d’ailleurs l’objectif de ces forums : sortir avec des recommandations directives. Les longs discours ne donnent pas des résultats immédiats. Nous voulons moderniser la participation et sortir le forum de son enfermement intellectuel vers des ouvertures scientifiques, académiques et conséquentes. Q : Quelles sont les grandes figures médiatiques qui ont été confiées à cet événement ? A. Azzouzi : Sans exception, nous avons invité tous les bons esprits, tous les acteurs des médias sont invités. Nous sommes une organisation de la société civile, donc apolitique. Toutes les télévisions de la Méditerranée ont été contactées par internet. Donc, il y aura un bouquet de chaînes pour assurer la couverture. Mais au-delà de cette couverture, le plus important est que ces chaînes - Al Jazeera, TF1, Al Horra, etc. - vont envoyer des speakers qui interviendront dans les débats. Comme ça, nous pourrons nous retrouver devant plusieurs points de vue, plusieurs expériences, qui profiteront aux recommandations et participeront à cet humanisme dont nous jouirons tous. Q : A titre d’exemple, est-ce que « Reporters Sans Frontières » sera de la partie ? - A. Azzouzi : Bien sûr, notre forum est ouvert à un public large. Les associations, les étudiants etc. peuvent venir. Nous ne faisons aucune limite à aucune institution. C’est un forum ouvert à un débat… ouvert. Q : A propos de débat, la salle aura-t-elle accès également à la parole, sachant que cette rubrique ne figure pas au programme ? - A. Azzouzi : Certes, nous ne l’avons pas mentionné. Mais c’est prévu. A la fin de chaque séance, nous consacrons au moins 45 minutes aux questionnements de l’assistance pour un débat avec le public au sens large. Question subsidiaire : En tant qu’acteur local de la promotion du projet de l’Union pour la Méditerranée, quelles sont les futures étapes du projet, plus spécifiquement celui qui concerne l’édification à Fès de l’Université Méditerranéenne (UMF) ? - A. Azzouzi : Vous savez, l’acquis projet « UMF » est là. Les 43 ministres des Affaires étrangères des pays membres réunis à Marseille (France) début novembre 2008 ont voté à l’unanimité le projet de l’Université de la Méditerranée à Fès. Il faut remercier Dieu que la situation fin 2008 – début 2009 au Proche Orient s’est estompée. Et qu’actuellement, des réunions au sein de l’UPM commencent à avoir lieu ici et ailleurs. Donc j’espère qu’avec une forte volonté politique méditerranéenne, cette université verra le jour rapidement. 13/11/2009 |